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LE COtClTE DU VATICAN A LA MORT DE PIE IX 585
lendemain de la guerre ils avaient oublié l'œuvre du relèvement de leur pays pour ne songer qu'à la restauration du pouvoir temporel du pape. L'assertion est doublement injuste. Les catholiques avançais, patriotes pendant la guerre, ne le furent pas moins après la défaite ; et si Jules Favre, ministre des affaires étrangères, avait fait savoir à Pie IX que la P'rance serait, bcureuse de le recevoir dans l'île de Corpe, il avait, en même temps, félicité Victor-Emmanuel de « l'heureux événement qui délivrait Rome ». ^ Mais le roi d'Italie n'ignorait pas que les fidèles, dans un cantique devenu très populaire, demandaient à Dieu de « sauver Rome et la France ». Il savait que les journaux cnlboliques français reprochaientamèrementau gouvernement italien d'avoir profité des malheurs de leur pays pour s'emparer des Etats pontificaux. Il avait vu le gouvernement français lui-même témoigner sa reconnaissance à Pie IX d'avoir été le seul souverain qui s'inéressât publiquement aux malheurs de la « Fille aînée de l'Eglise» *. Il se souvenait qu'un des membres les plus influents du Parlement français, Adolphe Thiers, avait toujours regardé le pouvoir temporel comme nécessaire à l'indépendance du Saint-Père ^. Le roi d'Italie pensa que le moment était venu de rassurer les catholiques, ou du moins les puissances, sur la situation faite au pape. Il présenta aux La Loi Chambres, fit voter et sanctionna, le i3 mai 1871, la loi dite des (13*^8^1871) garanties^ par laquelle l'Etat italien reconnaissait l'inviolabilité de la personne du pape et sa qualité de souverain, lui concédait la jouissance des palais du Vatican, du Latran, de la chancellerie et de la villa de Gastel-Gandolfo, garantissait la liberté des conclaves et des conciles, renonçait à tout contrôle sur les affaires ecclésiastiques et assurait à la cour pontificale une dotation annuelle de 3. 226.000 fr. La loi était muette sur les débris de souveraineté promis parla capi* tulation de Rome sur la Cité léonine *.
1. Lecanuft, L'Eglise de France sons la iroisihme Rf^publlfjiie, t. I, p. 89. <( Je crois, écrivait encore Jules Favre, que si vous n'allez pas à Rome, la ville tombera au pouvoir d'agitateurs dangereux. J'aime mieux vous y voir. Nîais il est Lien entendu que la France ne vous donne aucun consentement. » Be.1lLfort, Hist. de Vinv. des Etais pontificaux, p. 486.
2. Telle était l'expression employée dans une dépêche ofTiciclle adressée au cabinet italien. Gambelta, en la lisant, dit à M, de Chaudordy : « Expédiez-la, mais il est inutile de la publier ». (Ernest D.\udet, Hist. diplom. de V alliance franco^ russe p. 53 )
3 Voir l'opinion très nette de Thiers au 3/om/^iir dans le compte rendu des •éances des i^el 16 avril i865.
4. Voirie lexle intégral de la Loi des Garanties dans Ciiamtrel, p. ôoa-5o4.
HISTOIRE GKNFRM.E pE 1, CGMSE
Le pape efuse d'accepter celle oi.
Vrai
caractère
de cette loi.
Jugement
d'Emile
OJlivîer
sur cette loi.
Le roi Victor- Emmanuel M tourne vers rAilemagn».
Le pape n'accepta point cette loi. Aucun gouvernement ne la reconnut. Faite par le Parlement italien, en dehors d'un concours quelconque soit du pape, qu'elle prétendait traiter en roi, soit des autres puissances, cette loi n'avait aucun des caractères d'un contrat synallagmatique. C'était un acte unilatéral, un règlement que le vainqueur prétendait imposer au vaincu. 11 n'avait ni la forme d'un concordat, ni même celle d'un traité de paix, d'une capitulation. C'était un expédient, dont un homme d'Etat italien a été obligé d'avouer le vrai caractère. « Il fallait, a écrit M. Minghetti, ôter aux esprits sincères la crainte que l'Italie, en allant à Rome, ne voulût toucher à l'indépendance spirituelle du chef de la religion catholique. Il fallait encore mettre à néant cet autre soupçon, que le gouvernement italien pût un jour se servir de la papauté comme d'un instrument pour ses vues politiques ^ » Ce but a-t-il été atteint ? Ecoutons ce que disait, en 1879, Emile Ollivier : <( La loi des garanties n'a rassuré personne. Le conseil d'Etat, a-t-on dit, Ta déclarée partie intégrante de l'ordre constitutionnel. Quelle valeur a une déclaration de ce genre ? Qui empêchera un nouveau ministère d'obtenir une déclaration contraire, ou qui obligera les députés à en tenir compte ? L'indépendance du chef de la religion catholique est à la discrétion d'une voix de majorité dans un parlement italien... L'abolition de la loi des garanties est précisément le mot d'ordre du parti garibaldien... En même temps que les attaques contre les garanties se multiplient, fei conduite du gouvernement devient plus âpre. Depuis qu'il est à Rome, au lieu de ménager le pape, il ne cesse d'être provocateur. Sans parler du misérable sort fait aux congrégations religieuses, le droit à'exeqaaiar, réservé au gouvernement, ne devient il pas la négation du droit de libre nomination reconnu au pape 2? )) Emile Ollivier fait ici allusion aux nombreuses expulsions lie congrégations religieuses, à leur dispersion et à leur spoliation. Pendant les dix-huit premiers mois de l'occupation de Rome, trentedeux couvents furent expropriés 3.
En même temps, sous prétexte que les catholiques de France préparaient l'avènement du comte de Chambord, et que celui-ci annonçait qu'un de ses premiers soins serait de restaurer le pouvoir tem-
I. MiHCHBTTi , De VEglise et de VEtat, trad. E. de Laveleye, p. 54. a. E. Ollivier, VEglise et l Elat au concile du Vatican, l. II. p. li']8-!\So. 3. Voir la liste de ces couvents et leur nouvelle afTeclatioD dan» Cuartrel, p. 58'; 588.
porel ^, le roi Victor -Emmanuel s'écartait de la France et se tournait vers l'Allemagne. Ses envoyés se rencontrèrent à Gastein avec Bismarck et de Beust, et y jetèrent les bases de la Triple Alliance. En février 1872, le prince Frédéric-Charles séjournait à Rome, chassait avec la famille royale, se répandait en propos agressifs contre la Fiance, m Ne sommes-nous pas derrière vous ? disait-il à Visconti- Venosta. Si l'Italie était attaquée par la France, elle serait soutenue par l'Allemagne *. »
Le 12 avril 1872, Pie IX, répondant à une adresse des catholiques italiens, s'exprimait ainsi : -( Chaque jour aggrave l'affliction que nous ont apportée les événements du 20 septembre 1870; et chaque jour les conséquences funestes de cet attentat apparaissent plus cruelles. » Lelendemain, iSavril, recevant, dans la salle du Consistoire, quatre cents étrangers, venus de France, d'Autriche, d'Allemagne, d'Angleterre, d'Espagne, d'Italie, de Portugal, de Belgique el d'Amérique, il eut un mot pour chacun de ces pays, et l'on remarqua l'accent de tristesse du pontife quand il parla de l'Italie, de la « pauvre Italie » ; son accent de profonde émotion quand il parla de la France, « ce pays habité par tant d'âmes généreuses, cette France féconde en tant et tant de bonnes et saintes œuvres qu'il serait trop long de les énumérer ^. » A la fin du mois de novembre 1872, à l'occasion de la présentation d'un nouveau projet de loi contre les ordres religieux et de l'érection d'un temple protestant à Rome, le pontife renouvela ses plaintes*. De 1878 à 1876, de nouveaux
Premiàru
origine
de la Triple
Alliance.
Plaintes de Pie IX..
Projet de loi
contre
les ordres
religieux
(novembre
I. Le 8 naai 1871, le conate de Ghambord, dans un de ses manifestes, écrivait : « On dit que l'indépendance de la papauté m'est chère... On dit vrai ». Et, le 3i juillet suivant, Louis Veuillot écrivait dans l'Univers : « La vingt-cinquième année de Pie IX est une merveille, qui en annonce une autre, celle de sa délivrance par le Roi très chrétien ».
a Voir les curieuses correspondances de l'Univers à ce sujet (fin février 187a). Cf. Lecanuet, op cit.^ t. I, p. 109
3 Chamtrel, p. G32 633. C'est dans cotte allocution que se trouvait ce passage, si commenté par la presse : « Je prie pour que certains partis, exagérés de part et d'antre, disparaissent pour jamais. Il v a un parti qui redoute trop l'inlluence du p po. . Il y a un autre parti, opposé à celui-ci, lequel oublie totalement les lois de la charité. » En lisant ce passage de Tallocution, Louis Veuillot s'écria : a Voilà une bénédiction qui entre en cassant les vitres 1 j» Et il écrivit dans son journal : a Notre aflf ire à nous est d'obéir... Si donc le Juge estime que notre œuvre ne peut plus lecevoir de nous le caractère que réclame l'intérêt de l'Eglise, nous disparaîtrons ». Quelques semaines plus tard, répondant à une lettre du rédacteur en chef de l'Univers, Pie IX lui déclara que, « tout en regrettant chez lui quelques excès de zèle, il l'engageait à continuer le combat ». (Voir François Veuillot, Lout» Veuillot, un vol., Paris, igiS, p i3i-i3a.)