Chantrel, p
2. G. CÎOYA.U, Di^inarck el l'Eglise^ t. l, p. ii6 Cf. Kohut, Die Hohenzollern und die Freiinaurerei, Herlin, 1909, p. I25 189 ; Bismarck, Geidrescken und Trinnerancji'ii, t I, p. ao/i, traci. française, t. I, p, 2G1-264.
3. Cité par Deschamps, les Sociclés secrètes et la société, t. II, p. Ai3.
6oo
niSTOTRÊ GlfiN^RALE DE l'eGLISK
AnaTyse
des
Lois ie mai.
Elles
constituent
«ne violation
flagrante
de la
Constitution.
à la suite d'un échange de lettres entre le pape Pie IX et l'ennpereur Guillaume, publiait les lignes suivantes : « Quand sont ainsi en présence deux antagonistes : l'empereur, qui, en sa qualité de francmaçon, estime et protège l'Ordre, et le pape, qui le maudit, la francmaçonnerie doit se mettre du côté où elle est comprise et aimée *. » Les lois dites de Mai, ainsi nommées parce qu'elles furentpresque toutes votées en mai 1878, en mai 1874 et en mai 1876, ont été justement comparées, dans leur ensemble, à la Constitution civile du clergé votée en 1790 par l'Assemblée constituante française. Les quatre lois publiées le i5 mai 1873 étaient relatives à l'éducation du clergé, à la discipline ecclésiastique, à l'intervention de l'Etat dans la nomination de tous les curés. En vain fit-on remarquer que ces lois étaient en contradiction formelle avec deux articles de la Constitution : l'article i5, qui reconnaissait « aux Eglises évangélique et catholique romaine le droit de s'administrer elles-mêmes », et l'article i8, qui leur reconnaissait également « le droit de nomination et de confirmation aux emplois ecclésiastiques )). Le chancelier répondit avec insolence que les articles i5 et 18 de la Constitution ne consacraient pas une liberté fondamentale, rnais seulement un modiis vivendi, octroyé à l'Eglise par l'Elat, et que celui-ci restait maître de modifier à sa guise 2. En 187/1, les lois du 11 mai 1878 furent complétées par trois nouvelles lois, votées les 4» 20 et 21 mai. Une loi du 4 mai, dite loi du « bannissement », permettait aux tribunaux de condamner à la prison et môme à l'exil les prêtres destitués de leurs fonctions par le gouvernement s'ils exerçaient des lonctions ecclésiastiques. La loi du 20 mai attribuait à l'Etat des droits exorbitants sur les évêchés catholiques vacants. Celle du 21 mai réglait d'une manière arbitraire et tyrannique la nomination des clercs ^. Enfin, en 1876, une loi du 22 avril, supprimant les traitements ecclésiastiques en Prusse, et une loi du 3i mai, ordonnant la dis|:)ersion de tous les ordres religieux, sauf ceux qui étaient voués aux soins des malades, et donnant même au roi le droit desup-
I, Cité par Desch^mps, les Sociétés secrètes et la société^ t. II, p. ^i^.
2 Discours de Bismarck du 10 mars 1878. Sur les lois de mai de 1878, voir GoYAU, op. cit. y t. I, p. 3o8-/io8. Voir un résumé de ces lois dans Ghantrel,
3 Voir les textes complets de ces lois dans Ghantrel, p. 274-278. On trouvera la texte de toutes les lois de mai dans Lefebvre de Béuaine, Léon XIÎI et Bismarck^ Paris, 1899, p. 227-249
LE CONCILE DU VATICATf A LA MORT DE PIE IX 6oi
primer ces derriieis par voie d'ordonnance spéciale, vinrent mettre le comble à la pcrséculion.
Au cours des discussions de ces diverses lois, les chefs du Centre, Windthorst en particulier, quoique certains du vote final, avaient défendu pied à pied les droits de l'Ej^dise. « Je le sais, s'écriait Windthorst, au milieu des débats des lois de mai 1873, plusieurs Dérbration» d'entre vous désireraient bien nous voir, nous, catholiques, employer windthorst des moyens illégaux de résistance. Eh bien ! nous ne les emploierons ba résistance pas. Mais il y a une résistance passive, pleinement justifiée Celle-là, nous devons la pro tiquer, nous le voulons ; et, contre elle, tôt ou tard, se briseront tous vos projets ^. y) — « Vous voulez nous enlever" .ios prêtres, disait-il en 1874, et vous croyez pouvoir nous en envoyer de faux. Quelle erreur est la vôtre ! Voulez-vous contrarier nos sentiments ? Soit 1 Mais vous n'arracherez pas la foi de nos âmes. Prenez nos églises ; nous prierons chez nous 1 Chassez nos prêtres ; nous prierons tout seuls ! »
L'attitude des catholiques répondit à ce fier langage, « Dans un Courageuse élan admirable, fidèles et clergé, résolus à ne pas se laisser absorber * ^^ par le protestantisme, décidrrent de résister jusqu'au martyre. Sur catholiques, des milliers de prêtres, une douzaine à peu près se résignèrent à devenir a curés d'Etat ». Quant au peuple, la persécution réveilla et aviva sa foi. L'épiscopat et le clergé regardèrent les lois de mai comme non avenues, et opposèrent un non possumus formel aux prétentions de l'Etat. Le résultat ne se fît pas attendre. Tous les séminaires furent fermés ; les couvents, de même. Des évêques furent jetés en prison. Le 3 février 1878, l'archevêque de Posen, le cardinal Persécutior Ledochow^ski, fut arrêté brutalement et subit une dure détention de violente plus de deux ans. Le 7 mars, l'évêque de Trêves, le vénérable MgrEberhardt, prit le même chemin, et eut la gloire de mourir sur le grabat misérable d'une prison, à la suite de mauvais traitements. Le 3i mars, ce fut le tour de l'archevêque de Cologne, Mgr Melchers, qui ne sortit des mains du geôlier que pour prendre le chemin de l'exil. La résistance, calme et froide, exaspérait le gouvernement. Les évoques restèrent inébranlables, comme les confesseurs de la foi des premiers temps du christianisme. L'évcque auxiliaire de Posen, Mgr Janiszewski, avait pris en main l'administration du diocèse lorsque le cardinal Ledocho^vski fut enlevé à son troupeau. Il fut arrêté le 27 juillet. Huit jours après, l'évêque de Paderborn fut également jeté en prison. Puis, le 18 mars 187^, le même sort échiit à
HISTOIRE GENliUALE DE L EGLISE
Puissance du Centre.
Progrès de la foi en Allemagne.
Recul de Bismarck
celui de Muuster, et, le 19 octobre, à l'évêque auxiliaire de Gnesen, Mgr Cybichowski. Des centaines de prêtres furent emprisonnés, bannis, spoliés, réduits à la famine et à la misère. La persécution violente dura au delà de sept ans. Elle produisit l'effet opposé à celui qu'attendaient ses promoteurs. Elle trempa les catholiques allemands, et fut le ciment qui donna au Centre cette cohésion par laquelle il devint, malgré ses éléments disparates, le parti le plus puissant du Reichstag. Lors des élections de 1871, les catholiques avaient envoyé 67 députés au parlement. A la fin du Kiiltiirkampf, Windthorst disposait d'une armée triple. Il s'était produit en Allemagne ce phénomène étrange, que la proportion des députés catholiques était supérieure à celle de la population catholique ^ ».
Le prince chancelier s'avisa que son ministre des cultes avait fait décidément trop de zèle Le 3 juillet 1879, le trop fameux Falk dut donner sa démission. D'autre part, le gouvernement prussien se sentait envahi par le socialisme ; il avait besoin de nouveaux appuis. Dans un discours célèbre, Bismarck s'écria : « La lutte civilisatrice m'a privé du secours naturel du parti conservateur... Mais je ne tiens pas les conflits pour des institutions durables Les conflits cessent dès qu'on a commencé à se connaître dans des travaux communs ^. » Ce n'était pas la fin du Kallurkampf, mais c'était le prélude d'une paix relative.
1. A. Kannengieser, Catholiques allemands, p. 3o-32. — Les catholiques, d'ailleurs, n'avaient pas été seuls à s'alarmer. Les protestants croj'ants, notamment les conservateurs, s'étaient aperçus que, derrière le catholicisme, c'était le christianisme tout entier qui était visé. « Que furent, en effet, la campagne contre l'école confessionnelle et la campagne en faveur du mariage civil, sinon deux tentatives, réussies du reste, contre le confessionnalisme^ protestant ou catholique, et par conséquent contre le christianisme lui-même ? « Les pasteurs luthériens, déclarait Bismarck, le i^»' janvier 1872, ne valent pas mieux que les catholiques. » C'est donc très justement que le député {)rotestant Bruel dénonça, à propos des lois sur l'inspection scolaire, le danger qu elles faisaient courir à l'une et l'autre confession. (( C'est une loi païenne, dcclara-t-il tout net ; elle répond à l'idée païenne de l'Etat-Dicu »... Chrétien, Bismarck l'était à sa manière, qui ne voulait pas être gênée par Dieu, mais fortifiée par lui pour le service de l'Etat Autant dire que le christianisme prenait, chez le chancelier, la forme du germanisme. )) (Paul Gaultier, le Germanisme contre le Christianisme ^ dans le Correspondant du 25 mai 1917, p. 788.