‹ Histoire générale de l'Église (volume 4)Chapitre 322 sur 374 · Chantrel, p · texte numérisé non relu

Chantrel, p

S'il est un fait aujourd'hui prouvé avec évidence par l'histoire, c'est que Bismarck, en poursuivant le Kulturkampf en Allemagne, ne perdit jamais de vue l'œuvre d'un Kulturkampf international. « Ce fut lui, écrit l'historien de VAlteniag/ie religieuse, ce fut lui seul qui fit effort, à certaines heures, pour acclimater dans l'Europe entière l'idée d'une guerre universelle contre Rome, et pour imposer cette idée aux diverses souverainetés^. » Nulle part, le plan du chancelier ne se réalisa plus complètement qu'en Suisse. « Il y a, en effet, plus qu'une coïncidence entre les lois de mai édictées à Berlin et la guerre déclarée aux catholiques par les gouvernements de Berne et de Genève. Personne ne s'y est mépris ^. »

Par la vaillance légendaire avec laquelle ses fils ont défendu l'indépendance de leur pays contre l'étranger, et par leur attachement passionné aux libertés civiles et politiques, la Suisse mérite son renom de « terre classique de la liberté » ; mais, sur le terrain religieux, nulle part, depuis Calvin, le protestantisme ne s'est montré plus intolérant. Le pacte fédéral de i8i5, en stipulant, de la manière la plus formelle, le respect des institutions catholiques, semblait avoir mis fin à ces traditions de tyrannie religieuse. Nous avons vu, plus haut, comment, dès 1819, la vieille animosi té huguenote se réveilla. En 1870, après la victoire de la Prusse, qui fut considérée comme celle du protestantisme sur le catholicisme, et sous des influences germaniques dont il est facile de trouver les traces, l'esprit de persécution se déchauia. « A Genève, on était prêt. Le plan de campagne avait été élaboré à loisir. Le 23 octobre 1871, le gouvernement annonça au Grand Conseil, cest-à-dire à la Chambre des députés, le prochain dépôt d'un projet de loi sur les fabriques, « lequel aurait pour résultat, disait-il, de démocratiser l'Eglise catholique ^ ». Ce fut à cette occasion que Carteret, président du Conseil d'Etat, autrement dit, chef du pouvoir exécutif, prononça la fameuse phrase : u Ce qu'il nous faut, c'est que l'Eglise catholique s'en aille avec le bâton et la besace ». En arrivant au pouvoir, cet homme avait déclaré qu'il avait

L'Eglise catholique en Suibse.

Le

Kulturkampf international.

Que faut-il entendre parle

libéralisme de la Suisse ^

Le président Carie ret.

I. G. GoYAU, Dismarch et V Eglise^ t. l. p. 22, cf. Paul Gaultier, loc. cil» a. P. J. BuRMGHON, dans les Etudes du ao février iS08, p. 4^7. 3. BuRMCHON, op. cit., p. 442.

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î/influence un mandat, celui àe combattre les « agitations confessionnelles ».

clc 13. irsnC"

maçonnerie Quand on sc rappelle que la Suisse était, depuis le commencement du

et de siècle, le rendez-vous des sociétés secrètes, on conjecture, avec de

° * grandes probabilités, d'oii pouvait lui venir son mandat ; et quand on étudie ses formules, on conclut avec certitude qu'il les tenait de l'Allemagne.

Premières lois Les premiers coups furent portés contre les congrégations rcli-

contre les • •

conoTé''ations gîeuses. Une loi du 3 février 1872 les astreignit à demander Fautori-

religiciises sation de l'Etat. Quelques mois après, le 29 juin 1872, le gouvernement prenait un arrêté d'expulsion contre les Frères des Ecoles clitcliennes, interdisait l'enseignement aux Filles de la Cbarité, et défendait à toutes les communautés religieuses de s'adjoindre de nouveaux membres.

Ces premières mesures n'étaient que le prélude d'un exploit plus retentissant.

Le 25 septembre 186/4, Pie IX, déjà restaurateur de la biérarchie catholique en Angleterre et en Hollande, et désirant compléter goii œuvre par la résurrection du siège de saint François de Sales, avait nommé, comme auxiliaire à MgrMarilley pour le canton de Genève, un jeune prèlre, déjà connu par son zèle, déjà célèbre par les ser- MgrMer- mons qu'il avait donnés à Turin, à Vienne, à Paris et à Rome. Tl millod. s'appelait Gaspard Mermillod. Il était né d'une humble et chrétienne famille, dans la petite ville de Carouge, aux environs de Genève, et avait exercé dans cette dernière ville, de 1847 à 1867, les fonction» de vicaire de la paroisse Notre-Dame ; de 1857 à i864, celles d'administrateur de la même paroisse. En lui conférant le carac- II (?«!tnonfimé 1ère sacré de l'épiscopat, le souverain pontife lui avait adressé ces auxi laire paroles : « Allez, montez sur le siège de saint François de Sales ; Mgr Marilley allez vers cette Genève qui n'a pas craint de s'appeler la Rome pio- ^^^ '864)™''^^ testante, et convertissez- la K »

Une pareille exhortation avait causé une vive émotion parmi les protestants de la Suisse et du monde entier. Le f< triangle protestant », Vive émotion Berlin, Londres, Genève, déjà mis en péril à Londres par le mouve* d^e^Genève" ^ ïï^^nt d'Oxford, allait il subir un nouvel assaut à Genève ? Le nouveau prélat n'était pas seulement un orateur éloquent ; c'était un Œuvres homme d'action, un militant, ses ennemis disaient : un combatif. hteTueT" ^^^ le début de son ministère, pendant la péaode de soû vicaiiat à

millod.

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