‹ Histoire générale de l'Église (volume 4)Chapitre 323 sur 374 · I. CuAKTnBL, p. G · texte numérisé non relu

I. CuAKTnBL, p. G

LE CONCILE DU VAT4CAIf A LA MORT DE PIE IX

Notre-Dame de Genève, il s'était occupé activement d'oeuvres de presse, et s'y était nnontré polémiste infatigable. En i85i, il s'était agrégé à un groupe de prêtres, constitués en association, pour évangéliser le canton de Genève. En i852,il fonda une revue mensuelle, les Annales catholiques de Genève, destinée surtout à la controverse avec les protestants ^. En même temps, il parcourait les grandes villes de l'Europe, quêtant pour ses œuvres, et revenant à Genève, pour y bâtir, avec le produit de ses quêtes, des églises et des écoles. En 1867, il créa à Genève un journal bebdomadaire, devenu depuis quotidien, le Courrier de Genève, en vue de stimuler les calboiiques dans la lutte. Après la prise de Rome, au 20 septembre 1870, il fut un des premiers à flétrir l'entrée des troupes piémontaises dans la Ville éternelle. « Pic IK est prisonnier au Vatican, s'écriait-il, et l'Europe se tait 1... Aurions-nous cru que notre siècle si fier verrait de telles ignominies ^ ? » Pendant la guerre franco-allemande, il organisa, avec le concours de plusieurs publicistes catboliques de divers pays, la Correspondance de Genève, qui, pendant plus de deux ans qu'elle vécut, fut l'organe international le plus répandu pour kl

défense du Saint-Siège.

Le nouveau prélat ne dissimulait pas, du reste, ses grands projets. Il le faisait même avec une ardeur que d'aucuns trouvaient intempestive. Le 3o octobre i864> en prenant possession de l'église de Notre-Dame, i.' s'était écrié : « Je vais marcher sur des charbons ardents ; mais il est dans ma liature d'aimer les situations nettes et claires... Le Saint-Père pouvait d'un seul coup créer un évêché de Genève, rele- \(iT de fait l'ancien diocèse. Il le pouvait en vertu des traités de i8i5 ; i! le pouvait eu vertu des lois fédérales et cantonales qui garantissent la liberté des cultes. C'esH par ménagement que Pie IX n'a créé qu'un évêque auxiliaire... Je suis sans traitement, sans évêché ; mais quand je n'aurai plus rien à donner, je prendrai le bâton de pèlerin, j'irai mendier dans les grandes cathédrales de l'Europe^.» Le même jour, tou«s les curés du canton lisaient en chaire une Lettre pastorale au sujet des élections des députés au Grand Conseil.

La promotion de l'abbé Mermillod à l'épiscopat avait été notifiée ofiiciellcmcHtau Conseil d'Etat, qui l'avait enregistre sans protestation ; et, pendant sept ans, les autorités de la République helvé-

II flétrit

l'entrée

à Rome

des armées

piémontulsas.

Il se propose

de travailler

au relèvement

de l'ancien

diocèse de Genève " (i864).

Irritation des autorités protestantes de la Suisse.

I. Dom (iRosPBLLiBR. Inli'oduction aux oeuvres du cardinal Mermillod, p. 10.

a. Cma.ntuel, Annales, p. 68j .

3. d'Aghigenïk, le cardinal Mrrniillod, un vol. in-8û, Paris, i8o3, p. 28-29.

Go6

Premier

conflit

entre, le

gouvernement

et MgrMer-

millod 'juin 1872).

Destitution de Mgr Mer-

millod,

par le Conseil

d'Etat

(septembre

Mgr Mermi llod, vicaire apostolique de Genève (16 janvier 1873).

Exil du prélat

(11 février

tique ne soulèveront aucune objection contre le nouvel état de choses. Mais l'irritation produite dans les milieux protestants par l'activité incessante de Mgr Mermillod grandissait visiblement. Au mois de juin 1872, le prélat ayant pourvu à une cure de campagne et notifié cette nomination au gouvernement, celui-ci affecta de ne tenir aucun compte de celte notification, et s'adressa directement à l'évêque titulaire, Mgr Marilley, qui résidait toujours à Fribourg. On luidemanda si la mominalion avait été faite par son ordre on du moins avec son agrément. Mgr Marilley ne vit pas le piège. Le prélat — pourquoi ne pas le dire ? — gardait dans un recoin de son cœur une goutte d'amertume pour le démembrement de son diocèse. Il eut le tort de le laisser voir aux magistrats de Genève. Il leur déclara que, sur la demande du souverain pontife, il s'était déchargé sur Mgr Mermillod de toute l'administration spirituelle des catholiques de leur canton. Au surplus, il ne voyait pas de difficultés à la nomination faite par son auxiliaire.

« Cette lettre, interprétée par la malveillance, devenait, aux mains du Conseil d'Etat et de son chef, la preuve manifeste des menées souterraines de la curie et de Mgr Mermillod. C'était bien l'évêché de Genève que l'on voulait rétablir à la sourdine. Tout était permis pour réprimer un tel attentat. Le 3o août, un acte du gouvernement enjoignait à Mgr Mermillod de s'abstenir de toute fonction épiscopale. Quelques jours après, un arrêté du Conseil d'Etat destituait le prélat de ses fonctions de curé et de vicaire général ; un autre arrêté interdisait aux prêtres du canton toute relation hiérarchique avec lui. C'était la guerre ouverte qui commençait*. » Mgr Agnozzi, nonce du Saint-Siège à Berne, proposa vainement au Conseil d'Etat de Genève d'engager des pourparlers en vue d'un accord. Le souverain pontife se décida alors à soumettre la chrétienté de Genève au régime des pays infidèles en nommant Mgr Mermillod vicaire apostolique. Ce fut l'objet d'un Bref du 16 janvier 1878.

A cette nouvelle, le président Carteret entre en fureur. Il fait sommer, une seconde fois, Mgr Mermillod de renoncer à toute fonction ecclésiastique, et, sur le refus de l'évêque, le 11 février 1878, il le fait arrêter par la police, qui le saisit dans son appartement, le jette dans un fiacre et le conduit à la frontière. Un décret du Conseil d'Etat lui interdit de remettre le pied sur le territoire suisse 2.

1. P. BuRNicHON, S. J., dans les Etudes, t. LXXIV, p. 446-447-

2. Voir les détails de cette arrestation et de cette expulsion, dans Gha:ntrel, p. 777-778.

« Mgr Mermillod établit sa demeure dans ce village de Ferney que le séjour de Voltaire a rendu fameux. 11 y passa dix ans. S'il ne pouvait aller à Genève, Genève allait à lui. D'ailleurs, rien ne l'empêchait de faire le tour du territoire confié à sa sollicitude pastorale. Le canton de Genève, formé de deux bandes étroites le long de la pointe du Léman et ensuite du Rhône, est comme un coin enfoncé Installé

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dans la terre de France. Sans sortir de la terre française, le vicaire frontières

apostolique pouvait apercevoir tous les clochers, faire entendre sa ^le la Suisse, . , . y ^ c .'y '1 Continue

voix aux populations accourues a la trontiere sur son passage, ^^^ apostolat.

administrer la confirmation, en un mot remplir un ministère que

la persécution rendait plus éclatant et plus fructueux ^ »

Qu'allait faire le Conseil d'Etat pour se venger ? Au Reichstag allemand, le minisire Falk venait de déposer, le 8 janvier 1873, ses fameux projets de lois persécutrices. Le présidant Carteret ne tfbuva rien de mieux à faire que de marcher sur ses traces. « La République suisse, — écrivit peu de temps après le journal français le Temps, — pouvait imiter le système de sa grande sœur de l'Atlantique; elle a préféré imiter l'Allemagne et faire des lois de combat. » Le 19 février, le Grand Conseil vota un projet de réorganisation de La Loi de l'Eglise catholique. Le 3o mai, la Suisse eut sa Loi de réorganisa/ ion de'^rÈqlise de f Eglise catholique, comme la France avait eu sa Constitution civile catholique du clergé, comme l'Allemagne avait ses Lois de mai, comme l'Au- o ™*^ * / )> triche allait avoir ses Lois confessionnelles. Suivant la tactique ordinaire, les articles i et 2 garantissaient « la liberté de conscience » et le f< libre exercice du culte ». Mais Tarticle 6 déclarait qu'il appartenait au Grand Conseil de u supprimer des cures ou d'en créer de nouvelles » ; l'article 19, que « la surveillance de la vie religieuse et du service divin » était du ressort des Conseils de paroisse ; les articles 25 et 26, que « pour faire partie du clergé, le prêtre catholique devrait le demander au Conseil exécutif». Les articles 29 à 33 réglaient l'élection du curé par l'assemblée paroissiale à la majorité des voix, et Farlicle /|8 soumettait tous les mandements et ordonnances de l'autorité supérieure ecclésiastique au placet de l'Etat ^.

Pour celte « Eglise catholique nationale», il fallait des prêtres. A Organisation l'honneur du clergé de Genève, il ne se produisit pas dans ses rangs ^^atholiaue** une seule défection. On fit appel aux apostats du dehors. L'ancien nationale ».

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