Léon Gautier, Portraits littéraires, p
4 Les œuvres du P. Faber se composent des ouvrages suivants : le Précieux Sang, Bethléem (a vol.), le Saint-Sacrement (3 vol.). Conférences spirituelles, le Créateur et la créature^ Tout pour Jésus, Progrès de Idme, Au pied de la croix, Delà dévotion au Pape, De la dévotion à l'Eglise.
5. G. DE Pascal, Mgr Gay d'après sa correspondance, un vol. in-ia, Paris, 1910.
en dix-huit mois, sans compter les traductions en langues étrangères. Par l'ordre classique qui règne dans ces deux volumes, l'abbé Gay remporte sans contredit sur le P. Faber ; mais sa phrase a je ne sais quoi de tendu, d apprêté, qui ne permet pas toujours, à la première lecture, de goûter tout ce qu'il y a de profondeur, de chaleur et de vie dans sa pensée. Le public ne saura que plus tard, après sa mort, par la publication de sa correspondance, tout ce qu'il y a eu de spontanéité, de simplicité, d'harmonie gracieuse et douce dans son âme. Pourtant, qui l'approfondit, le devine. Le caractère propre de l'ouvrage de l'abbé Gay sur la Vie et les Vertus chrétiennes^ c'est l'union intime de la théologie dogmatique et de la théologie mystique. Avant lui, plusieurs auteurs les avaient unies en les juxtaposant; chez lui, elles sont fondues. Dans la même formule, dans la même expression, le théologien reconnaît sa doctrine et le mystique son expérience intime. Plus que tout autre, le savant et pieux auteur a pu réaliser cet idéal, car cette compénétratioii du dogme et de la piélé a constitué sa vie intime. Elevé dans une famille étrangère aux croyances chrétiennes, il est venu au catholicisme paisiblement, sans secousse, en suivant les inspirations les plus profondes de sa raison et de son cœur. Parvenu à la vérité totale, il a converti tous les membres de sa famille par le seul rayonnement de sa vie intérieure, par ce qu'il a été plutôt que par ce qu'il a dit ; et c'est sans doute la difficulté qu'il a éprouvée à traduire en formules intellectuelles ce qu il a senti comme une vie, qui donne parfois une telle tension à son style. « Les livres, écrit il, ne vont au fond de rien^. » « La formule est une maison que notre condition terrestre rend précieuse, peut-être indispensable. Que de gens tendent à transformer cette demeure en prison ^ ! » Mais la lecture attentive d'un livre aussi profond que le sien, fait transparaître la vie à travers la formule, parce que la formule, chez ce mystique qui est un théologien, est sortie de son âme et garde encore comme un écho de l'émotion dont elle a vibré. C'est ainsi que ses dix-sept traités sur la vie chrétienne en général, sur les vertus qui en sont le fruit, sur la vie religieuse, sur les obstacles que la vie et les vertus chrétiennes rencontrent ici bas, deviennent des aliments pour la pensée comme pour le cœur. Le mystique est-il autre chose qu'une âme qui, par une grâce toute spéciale de Dieu, sent ce
I. Mgr Gay, Correspondance, 2 vol. iu-8% l^aris, 1899,1. 11, p. 5o. a. Ibid.^ p. 69.
HISTOIRE GÉwéRALl DS L*éOLlSR
que le simple fidèle croit, ou plutôt qui sent par le cœur ce qu'il sait par l'esprit, où [lôvov (xadcùv, aXkd kolï nuôùiv ta Qûol , «uivaat l'expression célèbre de l'Arcopagite * ?
Lc8 œiivre* de zèle.
Les missions étrangères.
Comment
l'Eglise
Ml missions, K désormais à lutter contre la propagande protestante.
C'est donc bien à tort qu'on a souvent représenté le xi\* siècle comme caractérisé par l'élimination de toute métaphysique, à plus forte raison de toute spéculation théologique e* de toute tendance mystique *. L'immense succès des ouvrages du P. Faber et de l'abbé Gay sont des démentis formels apportés à une pareille assertion. Le XIX' siècle a eu ses mystiques, comme il a eu ses miracles à Lourdes, comme il a eu ses saints et ses saintes à la vie débordante de surnaturel, tels que le curé d'Ars, comme il a eu ses missionnaires et ses martyrs.
Le pontificat de Pie IX est précisément marqué par une expansion particuKère des missions étrangères et du zèle apostolique, expansion que le pontrficat de Grégoire XVI avait efficacement préparée.
L'Eglise, au cours des siècles, a compté trois grands mouvements d'expansion évangélisatrice. kux premiers siècles, elle a suivi et parfois devancé les aigles romaines, pour prêcher l'Evangile au monde antique ; aux xv* et xvi* siècles, elle a suivi et souvent devancé les grands explorateurs européens, et s'est empressée d'aller planter la croix dans toutes les terres neuves où l'amour de l'or poussait les nouveaux conquérants. Vers le milieu du xik® siècle, la grande évolution de la politique coloniale dont nous avons eu déjà l'occasion de parler, devient, pour le zèle apostolique de l'Eglise catholique, un nouveau stimulant. Sans doute la vertu d'apostolat reste toujours, pour l'Eglise catholique, comme l'a proclamé Lacordaire du haut de la chaire de Notre-Dame, une « vertu réservée » ; le protestantisme, au point de vue religieux, continue à se désagréger, et le schisme grec, en tant qu'Eglise, ne sort pas de son immobilité ; mais l'un et
I. Dents l'Aréopagitb, Des noms divins, ch. ii, S IX-, Mighb, P. Gr., t. III, col. 647. « Ce que nous croyons par la foi, dit sainte Thérèse en parlant des états mystiques, l'âme le perçoit ici par la vue. » [Château intérieur, VII* demeure, ch. ler.)
a. On connaît la vogue de la théorie dite des « trois états » d'Auguste Gomt*. Voir Fagubt, Politique» et moraUstes du XIX* siècle, 35â-358,
ŒUVRES ET MISSIONS CATHOLIQUES SOUS LE PONTIFICAT DE PIE iX 63'J
l'autre, comme religions nationales, suivent le mouvement de pénétration que TAnglelerre, l'Allemagne et la Russie poursuivent dans les diverses parties du monde, et s'y implantent sous la protection des autorites civiles et militaires de ces Etats. Le catholicisme va-t-ii perdre le fruit de ses longs travaux?
Sur les frontières orientales de l'Europe, le schisme grec, qui ne faisait qu'un avec l'empire moscovite, guettait depuis longtemps Constantinople, cette « clé de deux mondes », et convoitait la domination ou du moins le protectorat des nations balkaniques. Les Lieux Saints seraient-ils plus en sûreté entre les mains du Saint Synode que sous l'autorité du Sultan? Tout faisait supposer le contraire. Mais la prééminence de la Russie ou de la Turquie à Constantinople était une question d'ordre politique dont le Saint-Siège n'avait pas à s'occuper directement. D'autre part, au point de vue religieux, l'Eglise catholique avait, depuis longtemps, renoncé à toute œuvre directe de conversion des Grecs et des Turcs ; les préjugés des premiers étaient si profonds et le fanatisme des seconds si violent, qu'on pouvait craindre que toute tentative de ce genre n'aboutît, sans profit pour la foi, qu'à un redoublement d'intolérance et d'hostilité.
Une démarche faite par la Sublime-Porte, en janvier 1847, *^ lendemain de l'élection de Pie IX, donna quelque espoir aux catholiques. L'ambassadeur du sultan à Vienne se rendit à Rome pour présenter ses hommages au Saint-Père. C'était la première fois qu'un diplomate ottoman demandait une audience au vicaire de Jésus- Christ. L'audience eut lieu le 20 janvier 1847. Les paroles échangées furent vagues, mais empreintes de sympathie de part et d'autre ^ Quelques mois après, le 28 juillet. Pie IX, par sa Lettre apostolique NuUa celebriory annonça son intention de rétablir le patriarcat latin de Jérusalem avec résidence obligatoire -. Dans le consistoire secret du*4 octobre, il éleva à cette haute dignité le P. Joseph Valerga, missionnaire à Mossoul depuis i84i ^. Le 6 janvier 1848, il adressa à tous les chrétiens d'Orient une longue et éloquente Lettre, leur annonçant l'envoi d'un ambassadeur pontifical à la Sublime-Porte, rappelant les grandeurs passées des Eglises orientales et conviant les chrétientés séparées à l'unité *. Pie IX ne pouvait se faire illusion :
Les rnissionf d'Orient.
La quMtioQ
d'Orient
au point de vue
religieux.
Rétablissement d'uB patriarche permanent à Jérusalem (a3 juillet
1. Gha.ntrel, Annales ecclésiastiques, année 1847, p, 6. a. Ibld., p. II.