‹ Histoire générale de l'Église (volume 4)Chapitre 347 sur 374 · Baumard, Un siècle de VEglise de France, p · texte numérisé non relu

Baumard, Un siècle de VEglise de France, p

rienne. En i8/|5, une mission anglicane puséyste, sous la direction du prédicant Badger, était venue s'établir à Mossoul, pour y combattre l'influence française. Mais la protection accordée par l'archevêque de Cantorbéry et l'évêque de Londres à cette entreprise puséyste, causa du scandale en Angleterre. Badger quitta Mossoul à la (în de i8/i4. Des missions organisées par les Américains à Mossoul, en Mésopotamie, dans le Kurdistan turc, n'eurent pas plus de succès. Les distributions d'or, faites à profusion, nuisirent à leur cause bien plus qu'elles n'y aidèrent. « Cette religion n'est pas une religion, disaient les nestoiiens en parlant du protestantisme, Mgr Audu,

c'est plutôt le renversement de toute religion » K Le catholicisme, patriarche

,iT-<ocoi -i de Babylone.

au contraire, gagnait beaucoup de prosélytes. En i853, le patriarche

chaldéen de Babylone, Mgr Audu, écrivait que « trente-cinq mille brebis avaient été ramenées au bercail », Malheureusement le commencement de schisme qui se produisit dans l'Eglise de Chaldée Commencevint interrompre le cours de ses heureuses destinées. Nous avons vu °^'}*

plus haut quelle lut 1 attitude du patriarche Audu au concile du Vatican. 11 y avait défendu avec énergie les anciens usages de son Eghse relativement à l'élection des évêques. La nomination faite, d'autorité, par Pie IX, de deux prélats, l'avait vivement froissé. Néanmoins sa soumission au dogme de l'infaillibilité et aux autres dogmes proclamés par le concile avait été complète 2. Il avait seulement ajouté qu'au point de vue disciplinaire il tenait à faire la réserve, jadis proclamée par le concile de Florence et non abolie par le concile du Vatican : suivis omnibus jaribus et privilegiis pairiarcliaruni. Le cardinal Barnabo avait enregistré sa déclaration, en lui faisant observer que le concile, en décrétant l'autorité immédiate du pape sur toute l'Eglise, n'avait pas excepté l'Eghse orientale, mais que cette autorité serait toujours exercée en tenant compte des circonstances particulières ^. Or, en 1873, des difficultés s'étaient présentées, toujours à propos d'élections épiscopales, entre la Propagande et le patriarche. Celui-ci refusa de se soumettre aux décisions de Rome, qu'il déclara arbitraires, et entraîna avec lui plusieurs évêques, les principaux personnages de la nation et les moines de Raban Orniez, Le 24 mai 1874, de sa propre autorité, il consacra

I. Marsha.ll^ les Missions chrétiennes ^ trad. L, de Waziers, a vol. in-8°, Pacis, 1SÙ2, t. Il, p. 1 18- 119.

u. GaA]5DERATH, t. 111, 2* partie, p. a68, 3. Ibid.

llist. gén. de l'E-liie VIU 4,

6 Ai

Les missions en Arménie.

ncufévoqiies. Une lettre que lui écrivit Pie IX, le i6 septembre 1876, fut regardée par lui comme non avenue, parce qu'il la considéra comme inspirée au pape par la jalousie des dominicains. Mais Soumission 1-orsque, en 1877, ^^ souverain pontife le mit en demeure d'oblemdu patriarche, j^.j.gj, i^ g^g ordres OU de se séparer de l'Eglise, le vénérable prélat, qu'animait un profond sentiment de piété et de dévouement à l'Eglise^, n'hésita pas à se soumettre. Il eut alors la douleur de voir plusieurs de ses fidèles et de ses prêtresse soulever contre lui. Son successeur, Mgr Abolian, élu le 28 février 1879, acheva de rétablir la paix dans l'Eglise chaldéenne. On sait d'ailleurs avec quel soin le pape Léon XÏII prit à cœur d'accorder aux Eglises orientales tous les privilèges fondés sur des traditions respectables et compatibles avec les droits essentiels du Saint-Siège.

Bien autrement grave fut la crise qui éclata en Arménie.

Les catholiques d'Arménie avaient passé par des fortunes diverses. Ceux qui, pour échapper aux persécutions desTurcs, s'étaient réfugiés en Autriche, eurent le meilleur sort. Ceux qui s'étaient fixés en Russie se virent organisés sur le modèle de l'Eglise moscovite et ne purent jamais se mettre en rapport avec un missionnaire catholique. Nous avons vu comment les Arméniens catholiques de Turquie, d'abord placés sous la dépendance du patriarche schismalique, étaient parvenus à s'afTranchir -. En i85o, le catholicisme avait fait de tels progrès, que Pie IX autorisa l'archevêque Hassoun à ériger six évêchés suffragants : ceux de Brousse, d'Angora, d'Artwin, d'Erzeroum, de Trébizonde et d'Ispahan. Seize ans plus tard, Hassoun était élu patriarche par les évêques de son district. Pie IX, qui connaissait le dévouement au Saint-Siège du nouvel élu, profita de cette nomination pour opérer dans l'Eglise arménienne une réforme décidée depuis longtemps. Par sa bulle Reversurus, du 12 juillet 1867, destinée à devenir fameuse dans l'histoire des Eglises orientales : i'' il réunit en une seule les deux circonscriptions ecclésiastiques de Gonstantinople et de Cilicie et fixa la résidence du patriarche à Gonslantinople ; 2" il décida qu'à l'avenir les élections au patriarcat et aux sièges épiscopaux seraient faites par les évêques à l'exclusion des laïques et que le patriarche élu ne pourrait être intronisé ni faire

La bulle Reversiirus (12 juillet

i. Dans son allocution consistoriale du 28 février 1879, Léon XIII l'appelle i4atistes (jaemexiniias pietatis et religionis sensus ornabat. [Acta SS. Leonis XIll, t. I,

2 Voir plus haut, p. i54-i55.

OEUVRES ET MISSIONS CATHOLIQUES SOUS LE PONTIFICAT DE PIE IX 6'l3

aucun acle de juridiction avant d'avoir reçu confirmation de son

élection par le pape ; 3° il stipula que l'intervention des évoques dans

l'élection à un sièj^e épiscopal consisterait seulement à proposer au

pape trois candidats, entre lesquels le pape ferait son choix, se

réservant d'ailleurs la faculté de choisir un prêtre en dehors des trois

proposés si ceux-ci ne lui paraissaient point assez capables ou dignes.

Des protestations se produisirent. Les protestataires soutinrent que

le pape avait outrepassé ses droits et amoindri ceux de la nation.

Une intervention de Mgr Valerga, délégué du pape, rétablit une paix

momentanée en 1868, en donnant au clergé et au peuple une part

dans l'élection des deux évêques qui assistaient le patriarche. Mais

dans une assemblée synodale, inaugurée le 5 juillet 1869, une révolte

ouverte éclata. Le patriarche fut hautement accusé d'avoir trahi, au

profit du pape, les droits séculaires de l'Eglise arménienne. Un mois

après, Mgr Hassoun ayant dû se rendre à Rome pour le concile,

l'audace de ses adversaires s'accrut. L'administrateur patriarcal, Le schism»

Mgr Gasparian, se mit lui-même à leur tête. Un nouvel administra- armémpa.

teur, envoyé de Rome, ne fut pas reçu ; la bulle Reversuras fut

brûlée publiquement. Un nouveau patriarche, Badhiarian, fut élu.

Le grand vizir Aali pacha entra en négociations, pour apaiser le diffc-

rend, avec Mgr Pluym, puis avec Mgr Franchi, délégués du pape ;

mais son successeur, Mahmoud pacha, favorisa les dissidents. Le

patriarche Hassoun fut exilé. En juillet 1872, il partit pour Rome.

11 y resta jusqu'en février 1874. A cette époque, il put rentrera

Constantinople, mais non encore recouvrer la possession des biens

dont les dissidents s'étaient emparés. Cette restitution ne fut faite

qu'à son successeur Mgr Azarian, élu en 1887. Depuis lors, le

schisme a disparu ^.

Ce n'était pas, hélas ! le seul fléau que l'Eglise eût à combattre en L'intluence

Arménie. De toutes les nations orientales, il n'en était pas de plus proiesianie

.,,,.. ®" Arménie,

travaillée par la propagande protestante. « Les sociétés américaines

s'étaient établies en Arménie après la guerre de iSbf\. Elles ne s'étaient pas contentées d'y former des pasteurs et des maîtres arméniens, pour l'apostolat de l'Arméuie. Les enfants des familles les

1. La bulle ih'vcmurus^ destinée aux Arméniens, annonçait que ses prescriptions seraient très prochainement étendues à tous les palriarchals orientaux. Mais les troubles soulevés en Arménie par cette bulle et ceux que provoqua en Chaldée l'ex tension des mômes mesures, décidèrent le pape à ne pas donner suite à son projet. Voir, sur ce point, De Angelip, Priclectiones Juris canonici, t. I, pars prima, p. i3i-i3a.

plus considérables avaient coutume de chercher en Europe, suiloul à Paris, une éducation plus complète ; les conseils des maîtres américains poussèrent cette élite vers Londres. Les Anglais, s'ils ne faisaient pas cesser les maux de l'Arménie, proclamaient au moins ses droits '. n Cette union de peuples attachés à la fois au gouvernement libre etàla Réforme, travaillerait au profil du protestantisme. Ou ne saurait nierl'importance dece mouvement. Mais, malgré tout, (( l'influence des prêtres catholiques zélés de la nation arménienne et celle de nombreux missionnaires latins, jésuites, franciscains, capucins, dominicains, assomptionnistes, ont produit des résultats très consolants, qui, avec le temps, ne feront que s'accroître ^ ». Un séminaire arménien, érigé à Rome en i884, contribuera encore à resserrer l'union de l'Arménie catholique avec le Saint-Siège.

Les missions

d'Extrême-

Orioot.

Les missions des Indes.

Le schisme de Goa.

Si, des pays d'Orient, aous passons aux régions communément désignées sous le nom d'Extrême-Orient, nous rencontrons encore, à côté de l'infidélité, païenne ou musulmane, la redoutable concurrence du protestantisme.

Dans l'Hiudoustan, à l'avènement de Pie IX, le mal était double. D'une part la substitution de l'influence anglaise à l'influence portugaise favorisait le développement du protestantisme ; d'autre part, les manœuvres de la cour de Lisbonne, qui se vengeait de ses échecs politiques en empiétant sur le domaine religieux, et en soutenant le clergé schismatique de Goa, entravaient l'action du Saint-Siège et, par là même, de l'apostolat catholique ^. Le 9 mai i853, Pie IX, en un langage sévère, rappela les schismatiques à l'obéissance ; mais la Chambre des députés de Lisbonne, par un vote du 20 juillet, déclara que l'acte du pape était invalide, parce qu'il était dépourvu du placet royal, et que les ecclésiastiques rebelles avaient bien mérité de la patrie. Le traité conclu, le 20 février 1857, entre le cardinal prononce di Pietro et le ministre Fonseca- Magalhaes, porta que les diocèses de Goa, Cranganor, Cochin, Meliapour, Maccala et Macao seraient délimités, et que le pape donnerait une nouvelle bulle de

1, E. Laut, op. cit. y p. 209-210.

a. R. Janin, dans les Echos d'Orient, de janvier 1916, p. 3a,

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