I. Annales, t. XXI, p
a. Ibid., t. XXVII, p. 'o3.
3. La France obtint l'insertion de la clause suivante : « Les passeports des missionnaires catholiques seront conférés par la Légation de France seule ». C'était la reconnaissance du protectorat de la France leule sur les missions catholiques. ^ oir Georges Cogordan, les Missions catholiques en Chine et le protectorat de la France ^ dans la Revue des Deux Mondes du i5 décembre ii886.
<3EIIVI\ES ET MISSIONS CATHOMOUES SODS LE PONTIFICAT DE PIE IX Ô'iQ
la fourberie des sectaires chinois. Deux ans ne s'étaient pas écoulés Reprise
. . , . des
depuis la signature du traité de Tien-tsin, que les persécutions reconn- persécutions mençaient. En iS(j'2, le P. Néel, des Missions étrangères, était (1860-1878 condannné à nnort et exécuté. En i865, le P. Mabilleau était massacré au Su-lchuen oriental, et le mandarin, appelé, refusait de se porter à son secours. En 1869, le P. Rigaud était tué en même temps qu'une dizaine de fidMes pendant qu'il était à genoux devant l'aulel de son église. De 1873 à 1878, les massacres se multiplient avec une particulière férocité. Ce n'est plus seulement tout chrétien, c'est tout Européen qui est menacé. Cependant, si ce régime de terreur paralysait les faibles, les âmes nobles, à la vue des vertus surhumaines, du désintéressement absolu témoignés par les martyrs catholiques, se prenaient à aimer une religion qui produisait de tels héroïsmes. Au milieu même des persécutions, les missionnaires conservaient l'espoir de voir le christianisme se propager dans ce vaste empire. Ils n'abandonnaient ni leurs missions, ni leurs orphelinats, ni leurs collèges, qui ne cessaient de prospérer; si bien qu au lendemain de la mort de Pie IX, Léon XIHput ériger plusieurs nouveaux vicariats ou préfectures apostoliques *.
Courage
des
missionnaires.
De toutes les missions, c'est celle du Japon qui réser\'ait au Saint- Père les consolations les plus grandes. C'est au Japon que les chrétiens avaient jadis subi les persécutions les plus violentes ; et les chefs de ce vaste empire, au moment où Pie IX fut appelé au souverain pontificat, faisaient toujours observer avec la plus impitoyable rigueur la terrible formule de l'édit de i64o : « Tant que le soleil échauffera la terre, que nul chrétien ne pénètre au Japon. Quand ce serait le roi, d'Espagne ou le Dieu des chrétiens, il le payera de sa tête ^. »
En 1844, après la conclusion du traité dit de Lagrené, qui proclamait la liberté religieuse en Chine, l'amiral Cécille forma le projet d'ouvrir des relations avec la Corée et le Japon. Il débarqua, dans une des îles Riou-Kiou, au sud du Japon, un jeune missionnaire, le P. Forcade, depuis évêque de Nevers, ensuite archevêque d'Aix, et un
Missions du Japon.
Premièreg
lenlalives
de pénétration
1. Acta Lconis XIII ^ t. I, p. 67 ; t. III, p. i^o, ag5, a. Voir Histoire générale de il'Jglise, t. ^ I, p. 193.
Période
d'attente
C>nstitution
poliliqae
et religieuse
de l'empire
japonais.
caléchisle cl)inois, les présentant aux autorités comme deux interprètes qui allaient apprendre le japonais dans l'île. Mais ils y furent si étroitement surveillés et gardés, qu'ils ne purent s'aboucher avec les indigènes, lesquels avaient défense de leur pailer sous peine de la vie. Ils durent se rembarquer. D'autres missionnaires eurent le même sort. Le P. Colin, nommé pro-vicaire, qui fit deux cents lieues, par des chemins horribles, afin de pénétrer au Japon par le nord, mourut épuisé de fatigues en arrivant en Mandchourie. En i855, trois missionnaires parvinrent à s'établir dans une bonzerie, dans une des îles Riou-Kiou. Cette fois, ils réussirent à instruire et à baptiser un jeune homme, leur domestique. Mais, le lendemain de son baptême, le jeune néophyte disparut, probablement assassiné ; et, peu après, le roi de Nafa porta une loi punissant de mort quiconque embrasserait le christianisme. L'expédition de la flotte franco-anglaise en Chine, de 1867 à 1860, eut une influence sur les relations de l'Europe avec le Japon. Un traité de i858 ouvrit au commerce certains ports de l'empire et admit la présence d'un consul général de France à Yedo. Dans ces ports ouverts au commerce, quelques missionnaires s'établirent ; et l'on toléra même la construction de plusieurs églises à l'usage des catholiques européens ; mais l'entrée en fut sévèrement inteidite aux Japonais. Le gouvernement fit arrêter cinquante-cinq indigènes qui s'étaient permis de les visiter. Ja .lais pays, semblait-il, n'avait fait une opposition plus irréductible à la prédication de l'Evangile. Pourtant, le jour delà grande évangélisation du Japon approchait. Il arriva à la suite d'événements que nous allons raconter avec quelques détails, car ils constituent un épisode unique dans l'histoire de 1 Eglise.
Pendant cinq ans, de 1860 à i865, les missionnaires, privés de tout moyen d'apostolat direct, n'eurent pas autre chose à faire que de prier et de se sanctifier, tout en étudiant soigneusement la langue, les mœurs, l'organisation politique, sociale et religieuse du peuple qu'ils se préparaient à évangéliser. La population leur parut douce, intelligente, sympathique, mais tremblanle sbus l'autorité, souvent trâcassière, des seigneurs et des lettrés. Les seigneurs se divisaient en deux classes : les daïmios, appartenant à la classe supérieure, qui avaient des châteaux- forts et levaient des armées, et les samouraï, qui formaient une noblesse inférieure. Au sommet de la hiérarchie, le mikado, souverain légitime, résidant à Tokio, avait un pouvoir plus nominal que réel ; imuiédiatemeut au-dessous de lui, le taïcoun ou
OEUVRES ET MISSIONS CATHOLIQUES SOUS LE PO?<TIFICAT DE PIE IX 65l
shogoun, chef derarislocralie, remplissait à peu près le rôle des maires du palais sous les derniers rois mérovingiens. La religion nationale était le shinioïsme, qui honorait comme dieux les ancêtres du mikado ; mais, à mesure que le pouvoir du mikado s'était aiïaihli, le bouddhisme, importe de Chine au vi" siècle, avait supplante le shintoïsme, qui n'était plus guètc qu'une liturgie nationale. Pendant que les missionnaires notaient tous ces détails, la population et les autorités, de leur côté, observaient soigneusement leur vie, leurs coutumes, et, dans la mesure possible, leurs habitudes religieuses.
Or, le 17 mars i865, vers midi, les missionnaires de Nagasaki Découverte
11,1. 11^' ^^ ^''oi^
virent entrer dans leur eghse un groupe de douze a quinze personnes, chrétientés
hommes et femmes, dont l'attitude religieuse les frappa. Une femme secrètes . , , , . , •. • 1 i-i « • *u Japon
âgée s avança vers eux, et, la main sur la poitrine, leur dit a voix ,'mar8i865).
basse : « Notre cœur est le même que le vôtre ». Elle ajouta : u Où est l'image de sainte Marie ? » On conduisit les visiteurs devant l'autel de la Sainte Vierge. Ils tombèrent à genoux. Il n'y avait pas à s'y tromper ; c'étaient des chrétiens. Dans des entretiens secrets avec eux, les missionnaires apprirent que, depuis deux cents ans, dépourvus de prêtres, privés de tous les sacrements, excepté du baptême, dont le rite et la formule s'étaient religieusement conservés, ils avaient gardé la foi catholique, attendant, pour se confier à eux, des prêtres en qui ils reconnaîtraient ces trois signes : la dévotion à la Vierge Marie, le célibat et l'obéissance au chef de Rome. Ils avaient au Japon trois centres : le premier, dans la vallée d'Urakami, près de Nagasaki ; le second à Ornura, au nord de Nagasaki, et le troisième dans les îles Soto, à l'ouest de la même ville.
les missionnaires catholiques avaient pour supérieur un saint Lq
prêt e, le P. Petiljean, qui, dans les postes qu'il avait occupes suc- '^- Peiiijean. cessiveinent de professeur au petit séminaire, d'aumônier de religieuses et de cure dans le diocèse d'Autun, avait conquis partout, par son zèle et sa bonté, les sympathies unanimes. Au Japon, dont il devait être le premier évêque, il rencontra aussitôt les mêmes témoignages d'estime et de respectueuse confiance. Sous sa direction, la chrétienté d'Urakami devint bientôt, suivant les expressions de l'historien de l'Eglise du Japon, u une pépinière d'apôtres en même temps qu'un vaste catéchuménat » *. Des bonzes
I. F. Marnas, la Religion de Jésus rcssuscilée au Japon, 2 vol. iu-î>, l*aris, 1807, t. I, p. 578.
HTSTOTRE OÉN^H ALE T)ï! I,*ÉOT.ÎSE
Déchaînement
<le la
persécution
(i4 juillet
Courageuse
conduite des chrétiens.
La révolution japonaise de 1868.
eux-mêmes demandaient à s'instruire de la religion chrétienne.
Les autorités, d'abord, ne parurent pas s'émouvoir. Craignaientelles des représailles de la part des gouvernements européens, ou, par un raflinement de perfidie, voulaient-elles inciter les chrétiens à se déclarer, pour les mieux connaître ?
Quoi qu'il en soit, dans la nuit du i3 au i4 juillet 1867, sans que rien eût fait prévoir un pareil événement, toutes les chapelles de la vallée d'Urakami furent pillées par des émissaires du gouvernement, et soixante-quatre des principaux chrétiens furent arrêtés. D'où venait ce brusque attentat? On sut bientôt que la politique était pour une bonne part, sinon dans l'attentat lui-même, du moins dans la soudaineté de son exécution. Dans le conflit qui mettait aux prises les partisans du mikado et ceux du shogoun, les premiers reprochaient, aux seconds d'ou>Tir trop facilement l'empire aux étrangers, et faisaient appel, pour soutenir leur cause, au vieux patriotisme japonais. En prenant l'initiative de la persécution contre les chrétiens, \emikado prétendait gagner ou retenir plus facilement à sa cause les patriotes de l'empire.
Les tortures commencèrent. Elles, furent d'une cruauté inouïe. Oa tordait les membres des victimes, on leur serrait progressivement la gorge jusqu'à les étouffer, et, ce faisant, on leur promettait leur délivrance immédiate s'ils consentaient à abandonner « la religion des étrangers » pour revenir au culte de leur pays. Dès le premier jour, un chef ayant cédé, beaucoup suivirent son exemple. Mais un jeune homme, d'apparence timide, de tempérament maladif, Zen-Yémon, par sa constance inébranlable, releva le courage de ses frères. Sept fois, on le fit comparaître et torturer ; sept fois, il refusa de renier (( la religion de Jésus ». Par crainte, sans doute, d'une répression des puissances européennes, on n'osa pas le mettre à mort. Son exemple fit rougir les apostats, qui se rétractèrent en foule. Depuis lors, le courage des chrétiens d'Urakami ne se démentit plus. Celui des chrétiens d'Omura, poursuivis peu de temps après, fut également admirable.
Mais, sur ces entrefaites, le 3 janvier 1868, une révolution politique s'effectuait au profit d\i ']eune mikado Montzu-Hito ; \e shogounal était aboli, le parti de la noblesse écrasé. A la première heure, oa put croire que ce triomphe du parti qui témoignait particulièrement son hostilité envers les étrangers allait être funeste aux chrétiens. 11 n'en fut rien. Les troupes du ^/zZ/tWo n'avaient vaincu que par l'appui
ŒUVRES ET MISSIONS CATHOLIQUES SOUS LE POîSTIFICAT DE PIE IX 653
des nations de l'Europe et de l' Amérique, qui leur avaient fourni des munitions et des engins de guerre; la puissance guerrière, industrielle et commerciale de ces nations s'était révélée aux yeux de ces Japonais, esprits curieux, ambitieux de gloire et de procès. D'autre part, l'abolilion d'un parti rival rendait plus franches les coudées du nouveau gouvernement. Ce fut le point de départ de cet élan prodigieux du peuple japonais vers la civilisation européenne, qui devait, en peu de temps, l'élever au niveau des peuples les plus avancés.
Cette révolution politique devait peu à peu amener l'empire du Japon à la tolérance du christianisme. Une nouvelle persécution s'ouvrit, pourtant, en juin 1868. Elle atteignit cette fois, non plus seulement les chrétientés d'Urakami et d'Omura, mais aussi celle des îles Soto. Quatre mille chrétiens d'Urakami furent déportés dans les différentes provinces de l'empire. Beaucoup furent- torturés. Aucun ne fut mis à mort ; mais deux mille environ moururent à la suite de mauvais traitements.
Cependant, la révolution de 1868 avait eu sa répercussion sur la situation rehgieuse du Japon. Le mikado^ chef de la religion nationale, prétexta que les bonzes bouddhistes avaient favorisé son rival, s'étaient opposés aux réformes. Il confisqua leurs dotations, et convertit un grand nombre de leurs tera[)les en monuments d'utilité publique. Celte décadence du bouddhisme fut très favorable à la diffusion du christianisme. Au fond, le sliintoïsme n'était qu'une sorte de divinisation du patriotisme japonais. Les missionnaires montrèrent aux chrétiens qu'ils pouvaient, sans faire de leur patriotisme une idolâtrie, se montrer, à l'égard du mikado^ les plus respectueux des sujets, et, à l'égard de leur pays, les plus ardents des patriotes. Une intervention de la diplomatie française fit le reste. Le 21 février 1873, le ministre des affaires étrangères du Japon remit au doyen du corps diplomatique de Tokio la note suivante : « Relativement aux personnes qui suivent la religion de Jésus, nous supprimons tous lesédils ». Un mois plus tard, tous les prisonniers chrétiens étaient libérés.
Tous les obstacles n'étaient pas supprimés. Les missionnaires eurent souvent encore à se heurter aux préjugés populaires, à la jalousie des prêtres shintoïstes et des bonzes, à la malveillance des fonctionnaires impériaux ; mais le champ était ouvert à l'apostolat. Cet apostolat se manifesta surtout par des conférences publiques qui
Dans
l'ensemble,
cette
révoIutioQ
est favorable
a la propagation
du catholicisme.
Une intervention
de la
diplomatio
françaiio
obtient
la liberté
religieuse
au
Japon (1873)
HISTOIRE GENlillALE DE L EGF,ISE
f.a mission de Corée.
Son premier
vicaire
apostolique,
Mgr Bru-
• gnicre.
La persécution de 1866.
Mgr Ridel.
attirèrent un grand nombre d'auditeurs, par des œuvres de presse, qui firent pénôlrer la vérité religieuse dans les masses populaires, par des œuvres d'éducation, qui atteignirent les enfants des classes cultivées, et enfin par la formation d'un clergé indigène. Le 3i décembre 1882, Mgr Petitjean ordonna prêtre le premier Japonais ; c'était le fils de Zen-Ycmon, l'héroïque confesseur de la foi de la vallée d'Urakami ^.
L'Eglise de Corée, longtemps privée de pasteurs, avait été confiée, eu 1827, à la Société des Missions étrangères, qui, achevant à peine de réorganiser ses cadres brisés par la Révolution, put néanrhoins y envoyer, en 1882, Mgr Brugnière, précédemment coadjuteur du vicaire apostolique de Siam. Pourvu du titre de vicaire apostolique de la Corée, Mgr Brugnière mit plus de trois ans à traverser la Chine, du Sud au Nord ; épuisé de fatigue, le vénérable prélat mourut, le 20 octobre i835, dans un village de la Mongolie, en vue des montagnes de la Corée, sa chère mission. A. la fin de iSSy, Mgr Imbert fut plus heureux ; il vint rejoindre en Corée deux missionnaires, M. Mauband et M. Chastan, qui y étaient déjà. Mais, en iBSg, une persécution éclata soudain, dans laquelle les trois apôtres cueillirent la palme des martyrs.
Pendant six années, la pauvre Eglise se trouva de nouveau dépourvue de prêtres. En i865, Mgr Ferréol put y aborder, en compagnie de M. Daveluy, qui fut martyrisé onze ans plus lard, et d'André Kim, le premier prêtre coréen, qui donna lui aussi sa vie pour la foi. A la mort de Mgr Ferréol, en i853, un ancien confesseur de la foi au Tonkin, Mgr Berneux, recueillit sa succession. Sous sa direction, la mission de Corée se développa. Au début de l'année 1866, elle comptait un vicaire apostoUque, Mgr Berneux, un coadjuteur, Mgr Daveluy, dix missionnaires européens, un séminaire et 18.000 chrétiens. Elle n'avait jamais été si prospère; elle était, hélas! à la veille d'un anéantissement complet.' Le parti hostile aux européens l'ayant emporté à la cour de Séoul, l'extermination en masse des chrétiens fut décidée. Mgr Berneux, Mgr Daveluy, M, Just de Bretenières furent les principales victimes de cette persécution.
Ce fut à Rome, en plein concile, le 5 juin 1870, jour de la Pen-
1. Pour plus de détails, voir l'ouvage cité de M. Marnas, la Religion de Jésus ressusciice an Japon, 2 vol. in 80, Paris, 1897.
OiUVhES KT MISSIONS CATHOLIQUES SOUS LE PONTIFICAT DE PIE IX 655
tecôte, que le cardinal de Bonnechose, archevêque de Rouen, en présence de trente-six évêques presque tous missionnaires et dont quelques-uns étaient confesseurs de la foi, sacra évêque Mgr Ridel, à qui Pie IX confiait la périlleuse mission de recueillir l'héritage des martyrs. A peine entré en Corée, Mgr Ridel fut arrêté et emprisonné à son tour. Mais, après cinq mois de prison, le prélat fut simplement renvoyé en Chine.' Le gouvernement coréen avait fini par se rendre compte de l'inutilité de sa barbarie. L'ère des persécutions sanglantes était close. Mgr Ridel, épuisé par de cruelles infirmités, vint mourir en France, mais son premier successeur, Mgr Blanc, dont l'apostolat fut bientôt interrompu par la mort, et Mgr MuteK qui prit aussitôt la place de Mgr Blanc, eurent la consolation de recueillir les grâces obtenues par tant de martyrs.
Si de l'Asie nous passons en Océanie, nous y trouvons, d'abord, ^-<^' missions la jeune et llorissante chrétienté d'Australie. Œluvre du clergé irlandais, elle comptait seulement, en i845, 46 prêtres, 20 églises et 3i écoles. Malgré les attaques, parfois violentes, des anglicans et des méthodistes, la chrétienté ne cessa de prospérer. Par les immigra- En Australie. lions irlandaises et par la conversion des protestants et des indigènes, le nombre des fidèles s'accrut à tel point qu'il nécessita bientôt la création de sept nouveaux évêchés. Une assemblée d'évêques, tenue à Sydney, en août 1866, s'occupa des écoles, des mariages mixtes, de l'état des séminaires et du clergé. Un second concile provincial eut lieu en 1869, auquel furent convoqués les provinciaux des jésuites et des maristes.
En Nouvelle-Zélande, les missionnaires eurent aussi à lutter contre En Nouvelle» les protestants. Non contents d'évangéliser les indigènes dans les villages, et d'organiser de grands centres religieux dans les villes, ils devaient suivreles colons européens dans leurs exploitations agricoles, les chercheurs d'or dans leurs placers, essayer de les arracher au vice et au crime, combattre par la plume et par des conférences publiques leurs doctrines hérétiques. Leurs efforts furent particulièrement bénis dans l'île sauvage des \\ allis, dont le roi Lavéloua, qui régna jusqu'en i858, la reine Falakika, sa sœur, qui lui succéda de iS58 à 1868, et la noble et pieuse reine Amélie, sa fille, qui
Zélaudo.
HISTOIRE GÉNÉRALE DE l'ÉGLISB
Eli Nouvelle- Calédonie.
Les Maristes
sont
les principaux
missionnaires
de rOcéanie.
Mgr Bataillon.
Sa mort.
gouverna l'île à partir de i868, se moïitrèrent les intelligents eténergiques protecteurs du catholicisme. La reine Amélie a laissé dans le souvenir des missionnaires et des navigateurs qui l'ont connue, l'imression d'une âme singulièrement noble et pure. «Douce et humble au dehors, mais au fond énergique et résolue, cette reine, a écrit l'amiral Aube, a contribué puissamment au triomphe du christianisme ^ »
En Nouvelle-Calédonie, l'opposition fut violente. Les Canaques anthropophages, organisés et excités par des marchands anglais, attaquèrent les missionnaires, pillèrent les missions ; et la prise de possession du pays par la France, en i853, n'améliora guère la situation. Les tracasseries du gouverneur Guillain gênèrent considérablement l'œuvre d'évangélisation. Mais de 1871 à 1878, sous l'administration de Mgr Yitte et de Mgr Fraysse, de nombreuses conversions se produisirent, des écoles furent fondées. L'amiral Courbet, visitant l'île vers cette époque, constatait avecplaisir les progrès qu'y avait faits la civilisation chrétienne 2.
C'est a juste titre qu'on a pu appeler les maristes les missionnaires de rOcéanie. Aux îles des Wallis, de Foutouna et de Tonga, qui constituent le vicariat de TOcéanie centrale ; aux îles des Samoa, des Fidji, de la Nouvelle-Zélande, de la Nouvelle-Calédonie, des Nouvelles Hébrides, des Salomon, ils ont déployé un zèle apostolique consacré par le sacrifice de la vie. Les Pères de Picpus ont, de leur côté, évangélisé les îles Saudw^ich et les îles Marquises ; et les missionnaires du Sacré-Cœur d'Issoudun, les Gilbert, les Ellice et la Nouvelle- Guinée. En lisant les annales de leurs missions, on croit lire celles des premiers temps du christianisme. Quand Mgr Bataillon, mariste, se sent près de mourir, il convoque les chrétiens dans son église, se revêt de ses ornements pontificaux comme aux plus beaux jours de fête, et reçoit les derniers sacrements avec une sérénité incomparable. Peu de temps après, étendu sur une natte, à l'ombre d'un arbre, pour y mourir, il s'étonne de ne plus entendre le bruit des ouvriers qui travaillaient à sa cathédrale. « Père, répond un chrétien, nous avons craint de troubler vos derniers moments. - — Non, non, dit-il, laissezmoi m' endormir à cette musique, elle m'est déjà une joie du ciel '^. »
1. PIOLET, les Missions françaises au XIX* siècle, t. IV, p. io5,