‹ Histoire générale de l'Église (volume 4)Chapitre 37 sur 374 · Hisi. g('n. de l'Eglise, l. VII, p. Ao8-V^Q · texte numérisé non relu

Hisi. g('n. de l'Eglise, l. VII, p. Ao8-V^Q

La Mystique de Goerrcs.

L«s premiers

travaux de Dœllinger.

Clément

Brentano

et

les révélations

de Catherine

Emmerich.

ter les révélations de Catherine Emmerich, et Schelling lui-même, entraîné par le mouvement, y déclarer, en combattant les blasphèmes de Hegel, que le Christ historique lui paraissait ne pouvoir être conservé que par l'obéissance à l'autorité du pape.

Sans doute, dans les œuvres de chacun de ces écrivains on retrouve trop souvent ce manque de mesure, celte incompréhension des nuances qui semblent être les défauts caractéristiques de la race allemande, les rançons de ses incontestables qualités ^ Dans les quatre volumes de Gœrres sur la mystique, la science abonde, l'érudition déborde ; mais une impression de trouble résulte de la lecture de cette encyclopédie de tous les merveilleux, divin et diabohque, où l'on entend les extatiques raconter leurs visions, les stigmatisés faire le tableau de leurs sanglantes douleurs, les possédés hurler dans leurs contorsions et les sorcières célébrer leur infernal sabbat 2. Dans son ouvrage de début, sur la Doctrine de l'Eucharistie durant les trois premiers siècles, paru en 1826, le jeune professeur Dœllinger témoigne d'une grande connaissance des Pères ; mais on s'aperçoit déjà que les soucis contemporains et une préoccupation immodérée de réformes hantent et troublent cet esprit inquiet, qui, après avoir répandu à profusion dans de nombreux écrits les richesses de sa science, essayera d'entraver par ses intrigues l'œuvre du concile du Vatican et mourra obstiné dans le schisme ^. Brentano, converti du libertinage à la piété, se fait l'humble secrétaire d'une voyante illettrée, Catherine Emmerich, au fond d'une bourgade de Westphalie, et consacre sa vie à faire connaître au grand public les révélations de la pauvre servante du Christ ; mais il le fait de telle sorte, qu'on a peine à distinguer, dans son œuvre, ce que Dieu a révélé à sa ser-, vante et ce que l'imagination romantique de Brentano lui-même a pu inconsciemment lui suggérer *. Moins profond que Gœrres, moins

1. ((Je n'ai jamais su verser de l'eau dans un verre sans le faire déborder, disait Clément Brentano ; je ne comprends rien à la mpcJération et à la mesure ». (Blazb DE BuRY, Revue des Deux Mondes, du i5 mars i845, p. ii24-; Un autre Allemand de cette époque, Frédéric Schlegel, écrivait : « Que 1 Allemand, que lui surtout ne néglige pas l étude de l'histoire ; car c'est là le remède le plus salutaire, l'antidote le plus eCQcace contre cet esprit de l'absolu qui caractérise si proprement la science allemande et sa direction spéculative ».(Fréd. Schlegel, Phil. de Vkist,, trad. Lechat, Paris, i836, t II, p. 892.)

2. Sur la Mystique de Goerres, voir une étude de l'abbé Freppel, le futur évêqut d'Angers dans le Correspondant du 25 mars i852, p. 742-758, et du 25 juillet i85a,

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3. Kannengiesbr, Catholiques allemands, un vol. in-12, Paris, 1892, p. Soi-ODg,

4. ScHMÔGER, Dos lebender gottseligen Anna Kalharina Emmerich, a vol., Fribourg,

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érudit que Dœilinger, d'une piété moins ardente que Brentano, mais d'un charme plus séduisant dans sa parole, François Baader, professeur incomparable, déroule, à perte de vue, dans ses cours, « qui se prolongent à l'angle des rues dans Munich, devant les promeneurs émerveillés, la série de ses digressions, qui toutes confluent vers une interprétation philosophique de l'univers. » Le philosophe Schelling subit l'ascendant de Baader, qui l'incline vers le catholicisme. Malheureusement Baader lui-même subit l'influence de la philosophie panthéiste de Schelling, du mysticisme de Boehme, de l'illuiuinisme de Saint-Martin, et s'avance de plus en plus dans une voie qui aurait fait de lui un transfuge du catholicisme, si, au moment de sa mort, qui survint en i84i, il n'avait sincèrement renié des théories dont il n'avait pas sans doute aperçu tout le danger dans l'ivresse de ses merveilleux succès *. Par sa liaison avec Baader, par l'ardeur avec laquelle il lutte contre l'anticatholicisme de Hegel, Schelling paraît, un moment, assez orthodoxe, pour que Dœllinger songe à le faire collaborer à son journal le Catholique. Mais on s'aperçoit bientôt qu'il n'a rien abandonné de son panthéisme foncier, et que la forme seule de sa philosophie, avec la sympathie de son cœur, est devenue chrétienne.

Malgré tout, le mouvement de la pensée catholique à Munich enthousiasme les étrangers qui en sont les témoins. Montalembert, parlant des leçons sur la mystique qu'il avait entendues à Munich, au pied de la chaire de Gœrres, écrit : « Là s'ouvrit pour moi une source nouvelle d'études et de jouissances. * » Plus tard, Wiseman, saisi de la même admiration pour l'école de Munich, songera à mettre en relations, par son intermédiaire, les clergés catholiques de l'Angleterre et de l'Allemagne 3 ; Rio, Falloux, garderont de ce mouvement scientifique et artistique un souvenir attendri * ; et nulle part l'école de ['Avenir, par ses défauts peut-être non moins que par son a dente et sincère foi, ne trouvera un écho plus vibrant et plus fidèle 5.

François Baader.

Schelling.

Influence de l'Ecoie de Munich

sur les

catholiques

de France

et

d'Angleterre.

1867 et 1870 ; Wegener, Anna Kalharina Emmerick und Clemens Brentano Julmeti, 1900. «^'"ui.v,

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