‹ Histoire générale de l'Église (volume 4)Chapitre 50 sur 374 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

ii6

11 n'est pas assez secondé,

celte anivre, par les cours de l'Europe.

Maladie et mort de Léon XII

Importance et caractère

du

pontificat

de Léon Xil.

mesures à prendre afin d'anéantir la funeste influence des sociétés secrètes. Mais « telles étaient les ramifications que le mal avait déjà poussées, tel était l'aveuglement de cei taines cours, habilement trompées par des adeptes adroits et hardis, que jamais ils ne purent atteindre ce but, qu'ils poursuivirent d'ailleurs dans des vues trop exclusivement politiques ^ ». Le grand moteur de la politique conservatrice en Europe, le prince de Metternich, si renommé pour sa clairvoyance, n'avait-il pas, dans sa chancellerie, pour secrétaire intime, un membre de la Haute- Vente, dont le nom de guerre était Gaetano - ? De telles compromissions n'étaient-elles pas de nature à annuler tous les efforts tentés par des mesures de répression extérieure ? Ces erreurs ou ces faiblesses des chefs d'Etat et de leurs ministres furent, nous l'avons déjà constaté, le sujet des plusgrandes préoccupations de Léon XIL

Vers la fm de l'année 1828, il fut visible que tant de peines et de travaux avaient usé la santé, déjà si chancelante en 1828, du souverain pontife. On rapporte qu'à la fin de janvier 1829, s'entretenant avec un prélat de sa maison, Mgr Testa, il lui dit : « Dans peu de jours, nous ne nous verrons plus. » Le jour de la Purification, il assista à tout l'office dans la chapelle Sixtine. Vers le soir du 5 février, il ressentit les premières atteintes d'une strangurie. Malgré les soins assidus de plusieurs médecins, la maladie augmenta. Le 9, Léon XII demanda que le saint Viatique lui fût administré. Il répondit avec piété et courage aux prières liturgiques. Sur le soir du 9 février, il entra dans un profond assoupissement et rendit le dernier soupir le 10 février, au matin, dans la soixante-neuvième année de son âge.

L'absence, presque complète, d'événements retentissants sous le règne de Léon XII ne doit pas faire illusion sur l'importance de son pontificat. Nulle part, il est vrai, l'Eglise ne triomphe définitivement ; mais partout elle lutte, partout elle prélude à ses conquêtes futures. En France, le gallicanisme, encore vivant chez les survivants d'un autre âge, est gravement mis en échec par la jeune école catholique ; en Allemagne, l'Ecole de Munich jette un vif éclat ; en Angleterre, une renaissance à la foi romaine se prépare. L'Irlande, la Belgique et la Pologne marchent vers leur libération ; et, pour res-

1. Gh. Vajs Duerm, s. J., Vicissitudes politiques da pouvoir temporel des papes^ un vol. in-80, Lille, 1890, p. i32-i33.

2. Van Duerm, op. cit., p. i33, note i. Cf. Okclair, la Franc-Maçonnerie conlemporaine, p. 53, i4oet le chap. x.

LEON XII 117

taurer les missions lointaines, en décadence depuis la fin du xviii* siècle, l'Œuvre de la Propagation de la foi, de plus en plus prospère, et de jeunes congrégations, de plus en plus fécondes en apôtres, recueillent en abondance les ressources et les hommes dont l'Eglise aura besoin.

L'ardeur qui mène au' combat les générations nouvelles n'est pas exempte d'illusion et, çà et là, d'erreurs manifestes. Le danger apparaît surtout en France avec La Mennais, en Allemagne avec les théologiens trop pénétrés des principes de Kant. Le libéralisme et le crilicisme rationaliste apparaissent déjà comme des périls qu'il faudra bientôt combattre. Le mouvement révolutionnaiie de i83o va les mettre en plus grande évidence, sous le court ponlificat du pape Pie VIIL

<.1iaP1TRE Ifl

(3i mars 1829-80 novembre 18.^0.)

Le conclave

de

fcvrier-mars

Attitude des grandes puissances.

Discours du comte

de Lûtzow, aiuuassadeur

d'Autriche.

Discours

du comte

de Labrador,

a.nbassadeur

d'Espagne.

Peu d'éleclions avaient été plus longtemps prévues d'avance et avaient plus préoccupé les diplomates que celle du successeur de Léon Xïl. L'état précaire de la santé du pape faisait, à chaque instant, redouter une issue fatale. A chaque aggravation sensible de la maladie, les conversations reprenaient entre les ambassadeurs et leurs cours respectives ^. Aussi, quand s'ouvrit le conclave, le 28 février 1829, treize jours après la mort de Léon XII, l'attention se portât-elle avec une curiosité anxieuse sur les discours que, suivant l'usage, les ambassadeurs des grandes puissances furent admis à prononcer devaat le Sacré-Collège. Le comte de Lûtzow^, ambassadeur d'Autriche, et le comte de Labrador, ambassadeur d'Espagne, firent entendre une note hautement conservatrice. « L'empereur, dit Lutzow, et, avec lui, le monde catholique, vous demande un pontife qui, par sa sagesse, sa modération, use de sa double puissance, spirituelle et temporelle, pour la tranquillité, les avantages et le bonheur de l'Europe entière ^. » Labrador fut plus explicite encore : « Vos Eminences, dit-il, nommeront un pontife qui, facile à accorder ce qui est juste, opposera en même temps, avec sa fermeté évangélique, une digue insurmontable aux mauvaises doctrines qui, sous le faux nom d'idées généreuses, détruisent dans leurs bases les trônes de l'Europe pour précipiter avec eux les nations dans l'ignominie et le sang 2. » L'ambassadeur de France, qui était alors le

1. Voir Artaud, Hist. de Léon XU, t. T, p. i \o-i(x'], 192-197.

2. Artaud, Hist. de Pie VIII, un vol. in-8°, Paris, i844, p. 4o.

Page 1