I. VuTACD, op. cit.f p
a. Ibil.
3. Voir les échos de ces discussions et des diverses polémiques soulevées par le COiiclave de 1829 dans l'Ami de la rcliyion, t. LI\, p. 89, 106, 121, 184, i45, i48, iC)4, 19'^ 311, aia, 3a8, aSo, a83.
4 Artàld, op. cit., p. 46.
Election
du cardinal
Casliglioni,
qui prend
le nom
de Pie VIII
(3i mars
Portrait
du nouveau
pape.
Situation
de l'Eglise
M du monde
à son avènement.
La crise politique,
sociale,
littéraire,
artistique
et ^eligieu^e
de i83o.
tique ferme et prudente. On savait, par ailleurs, que son élection ne serait désagréable ni à l'Autriche nia la France. Elu le 3i mars 1829, il déclara aussitôt, en souriant, qu'il prenait le nom de Pie VIII.
François-Xavier Castiglioni, né à Cingoli, près d'Ancône, d'une famille noble et honorée dans sa province, s'était d'abord fait remarquer par sa haute culture scientifique, en particulier par une connaissance approfondie du droit canonique, qu'il avait étudié sous la direction du célèbre professeur Devoti. Le zèle prudent et éclairé avec lequel il avait successivement administré les diocèses de Montai to, de Césène et de Frascati lui avait valu la confiance et l'amitié des deux derniers pontifes. Doux, poli, d'apparence timide, il avait montre, en plus d'une occasion, qu'il était capable d'affronter tous les périls quand sa conscience se trouverait engagée dans une affaire. On se souvenait que Napoléon n'avait pu le faire fléchir dans une circonstance pareille. Successivement exilé à Milan, à Paris et à Mantoue, pour avoir refusé d'obtempérer aux désirs du puissant monarque, il avait, par son exemple, relevé le courage de plus d'un esprit chancelant.
Les événements qui allaient se dérouler sous son pontificat, et que les esprits perspicaces prévoyaient déjà, demanderaient précisément au pontife romain cette fermeté tempérée de prudence dont François- Xavier Castiglioni avait donné tant de preuves au cours de sa carrière. La date de i83o va marquer un des points culminants de l'histoire du xix® siècle. C'est le moment d'une réaction à peu près générale contre les pouvoirs absolu, en faveur des régimes constitutionnels ; c'est la période d'une agitation sociale sans précédent, où les idées les plus révolutionnaires n'ont pas encore dépouillé un vernis superficiel de christianisme ; c'est l'apogée d'un mouvement littéraire et artistique où le bien et le mal se trouvent étrangement mêlés. Au point de vue plus strictement religieux, c'est, en France, avec l'école mennaisienne, l'éveil du catholicisme libéral ; c'est, en Allemagne, avec l'affaire des mariages mixtes, le prélude du Kulturkampf; c'est, en Angleterre, avec le mouvement d'Oxford, le début, encore mal orienté, plein d'équivoque, d'un retour de plusieurs nobles âmes au catholicisme ; c'est, en Pologne, en Belgique et en Irlande, l'ardente campagne, ici triomphante, ^à brutalement refoulée, des catholiques pour la liberté de leur foi. Discerner les questions où la résistance inflexible s'imposera, favoriser les légitimes revendications des peuples sans indisposer les couronnes, défendre
PIE VITI
avec énergie le principe d'autorité sans décourager l'élan des catlioliqnes qui défendront leur foi au nom de la liberté, autant de problèmes pratiques qu'aura à résoudre le pontificat de Pie YIII. Les circonstances, en lui commandant une attitude moins discrète que celle de son prédécesseur, ne lui permettront pas cependant des interventions aussi décisives • que celles de son successeur. Entre la politique d'apaisement de Léon XII et la politique de combat de Grégoire XVI, la politique prudemment équilibrée de Pie Vllï doit être mise en évidence, comme une transition nécessaire, et, à ce titre, comme un moment important à signaler dans l'histoire religieuse du xix*^ siècle.
Politique de Pie Mil.
Les souverains pontifes ont souvent, dès les premiers jours de leur règne, indiqué l'orientation de leurs pensées par le choix de leur secrétaire d'Etat et par la publication de leur première encyclique. La nomination faite par Pie YfH du cardinal Albani comme secrétaire d'Etat n'étonna pas la cour romaine et la diplomatie européenne. On savait quelle conformité de vues avait toujours existé entre le cardinal Gastiglioni et le descendant de l'illustre famille Albani. Le cardinal actuel, Joseph Albani-^, né à Rome le 1 3 septembre 1760, était déjà avancé en âge; mais son esprit vigoureux, actif, pénétrant, le rendait apte aux fonctions les plus délicates. Il se glorifiait d'appartenir à la grande école du cardinal Consalvi, et tenait, comme son maître, qu'une énergie tempérée finit toujours par triompher. Une mission diplomatique qu'il avait remplie à la cour d'Autriche sous le pontificat de Pie VII, et, dit-on, quelque alliance de sa famille avec la famille impériale 2, lui avaient valu l'amitié de l'empereur François I®'' et du prince de Mellernich. C'est lui que la cour de Vienne avait chargé, au conclave de 1823, de prononcer l'exclusive contre le cardinal Severoli. Mais il ne fut jamais, quoi qu'en aient dit ses ennemis, le serviteur de l'Autriche contre la politique française ^. Les grands éloges que fait
Le nouveau
pape choisit,
comme
secrétaire
d'Etal,
le cardinal
Joseph Albaui.
Courte notice
sur le cardini»l
Albani.
I. Plusieurs autres cardinaux Albani avaient été membres du Sacré-Collège. L'un d'eux avait été élu pape sous le nom de Clément XL a. Artaud, Ilist. de Pie VIII^ p. 2^, note. 3. Voir Ami de la religion, t. LIX, p. 249, 259.
XO.'i
HISTOIRE GÉNT^RALE DE l'ÉGLISE
\\ première
' iicvclique
du- Pie VllI.
11 signale
au monde
chrétien
les principaux
périls
de l'heure
présente.
de lui, dans son Histoire de Pie VIII, le clievalier Artaud de Monter, qiïi représentait en 1829 la France à Rome, démentent les insinuations passionnées de ses adversaires *.
La première encyclique du nouveau pape fut publiée le il\ mai 1829. On remarqua qu'il y parlait de son autorité « non seulement sur les agneaujt, c'est-à-dire sur les simples fidèles, mais encore sur les brebis, c'est-à-dire sur les évê.jues eux-mêmes ^ ». Il mettait eusuite en garde le peuple chrétien contre « ces sophistes du siècle qui prétendent que le port du salut est ouvert à toutes les religions ^ », contre « ces traductions des Livres saints où les textes sont détournés artificieusement de leur vrai sens * », et contre « ces sociétés secrètes d'hommes factieux qui s'appliquent à désoler l'Eglise et à perdre l'Etat ^ ». Enfin, il recommandait aux fidèles « le respect de la sainteté du mariage ^ ». L'avenir ne tarda pas à montrer combien le nouveau pontife avait su discerner les vrais périls de l'Eglise. La méconnaissance des droits du pontife romain, la propagande protestante, les sophismes et les illusions de l'indifférentism.e et du libéralisme, les efforts des sociétés secrètes pour saper les bases de l'autorité dans l'Eglise et dans l'Etat, et les notions erronées des peuples et des pouvoirs civils sur le mariage chrétien, devaient être l^s principaux dangers de l'Eglise et de la société sous le pontificat de Pie VIIL Ces dangers se rencontrèrent surtout en France, aux Pays-Bas, en Angleterre, en Allemagne et en Italie. Ils furent mêlés, il est vrai, à de nobles dévouements, à des œuvres de piété et de zèle, à des élans de foi et de générosité, qui firent la consolation de l'auguste pontife.
Situation De ces biens, comme de ces maux, la France fut le principal
rci;-ieuse foyer, de la France -^ ••11 i i i n i
en mars 1829. Malgré les Sarcasmes du Constitutionnel , les pamphlets de Paul-
1. Artaud. Hlst. de Pie VIIJ,passim. Cf. Wisemam, Souvenirs sur les quatre derniers papes, p. 34-3 ; MoRONi, Dizionario di erudizione^ t. I, p 181 ; Baudrillart, DicU d'hist. eidegéog. ecclés., t. I, coi. 1372-1373,