E. FoRGUES, Correspondance de Lamennais, t. II, p
PIE VIII
conversions qu'il opérait témoignaient en sa faveur; et l'abbé de La Mennais n'hésitait pas à écrire du livre de Gerbet : « C'est, à mon avis, un des ouvrages les plus remarquables qui aient été publiés depuis beaucoup d'années ».
L'œuvre de Gerbet n'était pas isolée. En cette même année 1829, on lisait, dans le numéro d'octobre du Mémorial calholifjue, l'annonce d'une Bibliothèque des amis de lareU(jion, collection en 200 volumes in-i8, des meilleurs ouvrages anciens et modernes touchant le dogme et la morale catholiques. Et le succès de cette collection n'empêchait pas celui de la Bibliothèque choisie, publiée par Pierre Laurentie, des Extraits des Pères de l'Eglise traduits par Guillon, et de la Collectio selecta Patrum, et des Conférences d'Angers sur la théologie pratique ^ En i83o, à la veille de la révolution de Juillet, le clergé et les catholiques lettrés lisaient avec avidité la Démonstration philosophique du principe constitutif de la société, et les Méditations politiques tirées de l'Evangile, récemment publiées par le vicomte de Bonald ^ ; et l'on se passionnait pour les conférences scientifiques où l'illustre Cuvier enseignait que les sciences positives, loin de contredire les Livres saints, ne faisaient qu'en confirmer la divine autorité ^,
De tout ce mouvement catholique un homme était le principal inspirateur : c'était l'abbé de La Mennais. Le groupe qui se réunissait au collège Henri-IV le regardait comme son maître ; le Mémorial catholique était fier de sa collaboration ; le Correspondant rendait hommage à ses idées, et l'Ami de la religion, en le combattant souvent, ne contestait pas son ascendant sur l'ensemble des fidèles et du clergé,
Le mouvement
intellectuel
parmi les
calholiqueg.
Rôle de l'abbé de Là Metinais.
Mais, aux yeux des esprits sages, l'élan du mouvement catholique Triple péril
ne Le mettait pas à l'abri d'un triple péril. mouvement
Le premier lui venait de l'école romantique, dont l'esprit chrétien, catholique
tout superficiel, ne tarderait pas à s'évanouir en fumée. Noire-Dame ^" ^^^^^'
de Pans, commencée avec un culte pieux pour les âges de foi, se l^cmier péril:
le rouisiiili&ai6.
I. Ami de la religion t. LXII, p. i/i4 ; t. LXV, p. 477. a. Ibid., t. LXIV, p. 352 ; t L\V, p. 445. 3. Ibid., t. LXII. p. 334-335.
Deuxième
péril :
le caractère
violent
et absolu
de l'abbé
deLaMennais.
Mgr de Qué-
ien, dans
une lettre
pastorale,
prémunit les
fidèles contiô
se» tendances
dangereuses.
terminait en peintures audacieuses qui lui valaient une condamnation do l'Eglise; le catholicisme de Lamartine se transformait on une vague et langoureuse religiosité ; celui de Vigny, en un pessimisme fier et sombre ; et Sainte-Beuve, après avoir paru osciller, suivant les expressions de Louis de Carné, « entre labbaye de a Trappe et l'abbaye de Thélème * », optait définitivement poi r celle-ci.
Le second péril du mouvement catholique lui venait du tempérament de celui qui s affirmait comme son chef. Certes, le feu d'une éloquence entraînante ne manquait pas à l'abbé de La Mcnnais. On se répétait la superbe évocation de l'avenir qui terminait son livre sur les Progris de la Révolution . « Ne voit-on pas, disait-il, que nulle concession ne saurait satisfaire le parti antichrétien ; que sa hardiesse s'augmente en proportion de la peur qu'on manifeste ?. .. Malheur, malheur à celui qui, chargé de garder la doctrine que le Christ a scellée de son sang, abaisserait son esprit à des pensées de la terre, craindrait l'homme et ne craindrait pas Dieu !.,. Prêtres de Jésus-Christ, de vous, de votre constance dépend le salut de l'Eglise. Le sort du monde est entre vos mains. Pour le sauver, que faut il ? Une parole qui parte du pied de la Croix. Vienne le temps où il sera dit à ceux qui sont dans les ténèbres : Voyez la lumière I Et ils se lèveront, et, le regard fixé sur cette divine splendeur, ils adoreront, pleins de joie. Celui qui éclaire toute intelligence : Oriens ex alto ^. n
Mais ce même livre des Progrès de la Révolution contenait des pages pleines d'une aigreur mal contenue. Mgr de Quélen, archevêque de Paris, dans une lettre pastorale adressée au clergé et aux fidèles de son diocèse à l'occasion de la mort du pape Léon XII, crut devoii' prémunir ses diocésains contre les tendances dangereuses de l'abbé de La Mennais. a Tandis, écrivait-il, que nous croyions n'avoir à craindre que de l'audace ou des embûches de nos ennemis déclarés, voilà que l'esprit de système, triste et dangereuse tentation des plus beaux talents, s'est introduit, se manifeste dans les camps du Seigneur et nous menace d'une guerre intestine ^, » La remarque était juste et pleine d"à-propos. L'ultramontanisme, tel