I. Ami de la relitjion, t. LXIV, p
PIE VIII
Cependant le gouvernemônt se rendait compte que toutes les méfiances n'avaient pasdésarnrié. M. Guizot, qui débutait alors dans la politique, nous a laissé, dans ses Mémoires^ un vivant tableau de l'opinion publique en ce moment : « La disposition du public, dit-il, ressemblait à la mienne, tranquille à la surface, et, au fond, très agitée. On ne conspirait point, on ne se soulevait point, mais on s'attendait et on se préparait à tout. . . Inactives, mais non résignées, les sociétés secrètes étaient toujours là, prêtes, dès qu'une circonstance favorable se présenterait, à reprendre leur travail de conspiration et de destruction. Dans les masses populaires, les vieux instincts de méfiance et de haine pour tout ce qui rappelait l'ancien régime et l'invasion étrangère, continuaient de fournir aux ennemis de la Restauration des armes et des espérances inépuisablc-s ^. »
Charles X et Polignac ne virent qu'un moyen de vaincre ces dernières résistances : un coup d'Etat. N'est-ce pas au souverain de s'alUibuer les pouvoirs qu'il se juge nécessaires ? Qu'a-t-il besoin de consulter un parlement ? Les assemblées, comme les nations, n'ont jamais créé un pouvoir fort, mais elles l'acceptent toujours. Ainsi raisonnaient les politiques d'extrême droite. Polignac, cependant, hésitait encore. « Eh quoi I Monseigneur, lui dit un jour Michaud, le rédacteur delà Quotidienne, vous hésitez à faire un coup d'Etat ? Je m'en afflige. — Et pourquoi ? répliqua Polignac ! — Parce que, reprit Michaud, n'ayant pour vous que les hommes qui veulent un coup d'Etat, si vous n'en faites pas, vous n'aurez plus personne -. » Le coup d'Etat fut décidé. Le 25 juillet i83o, le roi, s'appuyant sur l'article i4 de la charte, qui lui reconnaissait le droit w de faire les règlements nécessaires pour la sûreté de l'Etat », signa quatre ordonnances: la première suspendait la liberté de la presse; la seconde prononçait la dissolution de la Chambre ; la troisième modifiait profondément le régime électoral ; la quatrième convoquait les électeurs pour la nomination de nouveaux députés. Dès le lendemain matin, plusieurs journaux, ayant paru sans autorisation, furent saisis. Le soir, des manifestations populaires se produisirent au cri de : i( Vive la Charte ! » Le lendemain, 27, la foule, après avoir pillé de? boutiques d'armuriers, s'empara de plusieurs postes militaires. Le 28, le drapeau tricolore fut arboré sur les tours de Notre-Dame.
Persistance
de l'opposition
révolu-
tionDaire.
Charles X
et Polignac
se décident à
faire un coup
d'Etat.
Les
Ordonnance*
de juillet
L'émeute
parisienne.
Les «journée»
de Juillet ».
I. GtizoT, Mémoires pour servir à l'histoire de mon temps, t. I, p. 348, 871, a. Thureau-Dangix, Royalistes et liépublicains, p. 828.
Le duc
d'Orléans
est proclamé
« roi des
Français »
(5 août i83o).
Au point de vue politique, la Révolution
de Juillet s arrête à un compromis.
Au point de
Yue religieux,
elle déchaîne
toutes les haines anticatholiques.
Les cris de : Vive la liberté! dominèrent les cris de: Vive la Charte! Pendant cette journée, plus de la moitié de Paris tomba au pouvoir des insurgés. La garde nationale, aidée par un régiment d'infanterie, qui venait de se joindre à elle, s'empara de l'Hôtel de Ville. Le lendemain, 29, l'émeute, guidée par des élèves de l'Ecole polytechnique, força les barrières du Louvre et s'installa dans le palais, ^u cri de : Vive la République ! Mais les républicains ne formaient pas la majorité des insurgés ; les impérialistes et les monarchistes libéraux, de l'école du Constitutionnel, y avaient pris une part importante. Ces derniers, dans une proclamation rédigée par Adolphe Thiers, firent valoir que la République « brouillerait la France avec l'Europe ». La crainte était fondée. Metternich guettait une agitalion révolutionnaire en France pour coaliser contre elle les grandes puissances ^ Le nom du duc d'Orléans fut prononcé. Le fils de Philippe-Egalité avait combattu dans l'armée républicaine en 1792 ; il était populaire dans la bourgeoisie par son accueil facile et sa bonhomie ; il attirait volontiers auprès de lui, au Palais-Royal, les chefs du parti libéral. Les députés présents à Paris le proclamèrent d'abord, le 3o juillet, lieutenant général du royaume, puis, le 5 août, roi des Français, sous le nom de Louis-Philippe I*'.
Au point de vue politique, la révolution s'était donc arrêtée à un compromis. Louis Philippe se déclara roi des Français « par la grâce de Dieu et la volonté nationale ». Mais la révolution religieuse ne connut aucun frein. Les sociétés secrètes, qui redoutaient une coalition européenne en renversant la monarchie, n'avaient pas la même crainte en abattant le crucifix et en saccageant les églises. Au cours de l'émeute, l'archevêché de Paris avait été pillé ; la maison des Jésuites à Montrouge avait été envahie par les insurgés, qui avaient maltraité plusieurs Religieux ; le feu avait été mis à la résidence des Missionnaires de France. Les jours suivants, les pillages des églises et les profanations de toutes sortes se poursuivirent 2. « La date de 1800, a écrit Eugène -Veuillot, est vraiment celle où la Révolution, confisquée par la bourgeoisie libre-penseuse, a été complète et couronnée ^. » L'historien de la monarchie de Juillet a fait le tableau sui-