I. Hekrion. Vie de Mqv de Quélen^ p. 254 et s
comme on semblait le dire ; 2° qu'en parlant du « droit légal » de l'erreur, il n'avait voulu que constater une situation juridique, reconnaissant que « l'unilc seule est conservatrice » et que l'indifTcrerice dogmatique est un dissolvant social ; mais 3° il maintenait qu'étant. donne « l'ordre de choses où l'on vivait », le devoir était Le
« de faire tous ses olTorts pour en tirer le meilleur parti possible ». etlMmi <( Tout le monde sait, concluait-il, que la religion a plus de peine à de la reUgion. se faire écouler qu'à persuader. Or, dans ce siècle d'indépendance, l'idée que la religion peut être l'instrument d'un gouvernement, ou simplement qu'elle veut s'appuyer sur lui, cette idée prévient contre elle beaucoup de gens. Ceux-là seuls doivent craindre la lutte qui ne sonl pas sûrs de la bonté de leur cause... Que la religion se montre dans toute sa beauté, et son triomphe est sûr. » Dans son numéro du i4 novembre, VAmi de la religion relevait vivement ces derniers mots. (( Ilya longtemps, disait-il, que la religion se montre dans toute sa beauté, et cependant elle n'a pas triomphé de tous les esprits. Est-ce qu'on ne compte pour rien les passions humaines, l'indifférence des uns, la haine des autres, les préventions de ceux-ci, les penchants de ceux-là * ? n
Nous avons longuement exposé cette controverse, parce qu'on y Sens et porire trouve déjà formulés, dans leur substance, les arguments qui seront nre^miT apportés plus tard, de part et d'autre, dans la grande querelle du débats, libéralisme catholique ; et peut-être n'onl-ils jamais été présentés d'une manière plus saisissante que dans ce premier choc de deux tendances parmi les défenseurs de l'Eglise. Certes, on comprend que, dans une société divisée, comme était celle de la France vers i83o, des catholiques sincères, zélés, aient préféré, pour lutter contre 1 erreur, un régime de liberté à une protection compromettante ; mais précisément parce que ce régime de liberté s'imposait en fait — on dira, plus tard, en hypothèse — et parce qu'il était à craindre que le fait ne s'érigeât en droit, il était plus important que jamais d alïirmer la thèsey de proclamer que nul homme, nulle institution, nul Etat, n'ont le droit de professer l'indifférence entre la vérité et l'erreur, entre le bien et le mal ; que leur devoir, au contraire, est, dans la mesure où le respect des consciences le permet, de protéger le vrai et le bien, dans l'ordre de la religion comme dans celui delà morale, contre les pièges de l'erreur et du mal.
I. Ami de la religion, t. LXl, p. 35o-353 ; t. LXII, p. i4-i6.
Relation de Telle fut, daiis ses origines, tiaos ses caractères et dans ses pre-
française niicrs rcsullats, la révolution française de i83o. Le prince de Met-
Ic Juillet avec ternich, dominé par son parti pris de ramener toutes les agitations
les autres
révolutions ^^^ TEurope à une conjuration contre les vieilles monarchies, a voulu
européennes rattacher à la révolution française de Juillet les mouvements polide i83o. . . 1 • • 1 ^ r» 1 •
licjues qui se produisirent, peu de temps après, en lielgique, en
Pologne, en Irlande, en Italie, en Allemagne, en Suisse. Cette assertion est inexacte et démentie par les faits. Les événements de Juillet turent vraisemblahlement l'occasion et le signal de la plupart de ces mouvements ; mais ceux-ci eurent leurs vraies causes dans des événements antérieurs d'ordre national, et se manifestèrent avec des caractères diflérents, conditionnés par les circonstances dans lesquelles ils se produisirent. Ainsi, tandis que la révolution française de Juillet, déterminée par une coalition des monarchistes libéraux, des impérialistes et des républicains contre les institutions d'ancien Vne générale régime, prenait un caractère nettement anticatholique, les mouve-
sur ces
rcvoluiions. Hîents insurrectionnels de la Belgique, de la Pologne et de l'Irlande avaient, au contraire, une origine et prenaient un caractère religieux. Les aspirations libérales de l'Italie avaient avant tout pour but de secouer le joug de la domination autrichienne et réunissaient dans un même sentiment des libres penseurs et des catholiques sincères. En Allemagne, les revendications d'indépendance prenaient le caractère d'un appel à l'unité germanique, et les troubles qui agitèrent l'Espagne et le Portugal n'auraient sans doute pas éclaté si des questions dynastiques irritantes n'étaient intervenues *.
.a révolution L^ première révolution qui fit écho à la révolution de Juillet fui
de Belgique. . , ^ . , t^ „
celle qui éclata, le 20 août suivant, a liruxelles. imliaume 1er ^ mesure qu'il faisait sentir au peuple belge la pression du joug es Pays-Bas. hollandais et protestant, le roi des Pays-Bas, Guillaume P', sentait croître l'esprit d'opposition contre son gouvernement. Dans le désir de se concilier le» opposants, on le vit prendre quelques mesures libérales ; mais ces mesures étaient toujours incomplètes, toujours
I. Voir vicomte db Guighe.n, la Révolution de Juillet 1 830 et l'Europe^ un vol. in-S', Paris, 1917.
PIE Vin
swivles d'un retour aux procédés de lintolérance et de la tyrannie. Sous des dehors alTablcs, le roi Guillaume était un esprit aussi méfiant des autres qu'infatué de sa propre personne et de sa propre autorité. Par un arrêté du 20 juin 1829, il avait rapporté ses arrêtés de 1826 en ce qu'ils avaient de plus fâcheux : la fréquentation du collège philosopl)ique ne serait plus obligatoire et les évêques pourraient désormais ouvrir des séminaires épiscopaux ^ ; mais il maintenait l'obligation, pour tout évêque nommé, de demander un placct royal, et l'évéque lui-même qui le sacrerait devait avoir son placei. Quelques évêques crurent se mettre en sûreté de conscience en déclarant qu'ils ne sollicitaient un plaçai que « pour le temporel ». L'évéque de Namur, appelé à leur donner la consécration épiscopale, refusa de se soumettre aux volontés du roi, disant qu'il n'avait pas plus besoin d'un placet roya] pour faire un sacre que pour faire une ordination ou une confirmation. Les nominations restèrent alors en suspens ^. Sur ces entrefaites, parut la bulle du pape ordonnant la célébration d'un jubilé. Le roi des Pays Bas publia la bulle, mais en faisant ses réserves sur « les clauses qu'elle pourrait contenir contre les droits du souverain et les libertés de l'Eglise belgique )>. u Les libertés de l'Eglise belgique sont bien placées là, écrivait Y Ami de la religion, dans un temps où cette pauvre Eglise n'a pas encore les évêques qu'on lui avait promis et où un concordat solennel est resté sans effet depuis plus de deux ans ^. » En décembre 1829, le roi Guillaume nommait un catholique notoire, le baron de Pélichy, directeur des affaires du culte catholique. Mais les catholiques de Belgique se demandaient avec anxiété s'il fallait voir là une mesure libérale, ayant pour but de faire donner une interprétation bienveillante aux lois civiles ecclésiastiques, ou un moyen habile d'introduire dans les institutions le contrôle gouvernemental sur les affaires du culte *. Au surplus, une loi du même mois de décembre aggravait les sanctions pénales en matière de presse ^ ; un arrêté du mois de septembre précédent, imposant l'emploi de la langue hollandaise sur toute 1 étendue du royaume, était appliqué avec rigueur ^. Peu de temps après, en janvier i83o, de nombreux fonctionnaires publics
Mesure»
vexatoiret
contre le clergé.
Résistance de l'évéque de Namur,
Nouvelle!
vexations.