‹ Histoire générale de l'Église (volume 4)Chapitre 7 sur 374 · Michel Salomon, Bonald, 1 vol. in 12, Paris, igoô · texte numérisé non relu

Michel Salomon, Bonald, 1 vol. in 12, Paris, igoô

ÉTAT POLITIQUE, SOCIAL ET RELIGIEUX DU MONDE CHRETIEÎf 29

christianisme » ^ Pour Ballanche, le christianisme est l'unique fondement de toute civilisation; mais il pense, en même temps, qua la Révolution, malgré ses erreurs et ses crimes, est « une des réalisations progressives du christianisme dans l'ordre social » . Sainte- Beuve, qui avait subi l'ascendant de Ballanche, l'a défini : « une belle âme qui avait des éclairs d'illuminations dans le nuage... un génie plus qu'à demi voilé, qu'on ne comprenait qu'en y mettant du sien ». Mais il atteste que la lecture de ses ouvrages « contribua fortement à inspirer un souille religieux à l'école, encore matérialiste alors, de Saint-Simon ». « Témoin de l'effet produit par cette lecture sur quelques-uns des plus vigoureux esprits de l'école, je puis, dit-il, affirmer combien cela fut direct et prompt, ^ » Ses œuvres ne furent pas étrangères non plus à la part d'illusions qui se mêla aux idées de plusieurs catholiques du xix® siècle. A ces divers titres, le nom de Ballanche devait figurer dans cette histoire 2.

Par ses qualités comme par ses défauts, par son idéalisme vague

et son christianisme rêveur, Ballanche appartenait pleinement à ce

mouvement romantique qui, vers 1828, s'épanouissait pleinement

dans la littérature de l'Europe. Lamartine et Vi^^nv venaient de ^^ litteratiir» ,.,,.. \r. TT • • f • romantique,

créer la a poésie méditative ». Victor Hugo avait publié ses premiers

vers d'adolescent, où les gloires de la religion et du moyen âge étaient

magnifiquement célébrées. Chateaubriand était en pleine possession

de sa gloire. La mythologie prétendue classique semblait bien

morte ; et, pour chanter les thèmes nouveaux, les vieux moules

avaient été brisés. Plus de règles factices. On rêvait de « remplacer

les cordes de la lyre par les fibres du cœur ». Telle fut du moins la

première phase du romantisme. Le christianisme en illuminait

encore les sommets. Le rationalisme, le sensualisme malsain et le*

singularités de mauvais goût qui caractériseront sa deuxième phase.

1. E. Faguet, Politiques et moralistes du XIX^ siècle, 3= série, uii vol. in-ia, Paris, 1898, p. iSg.

a. Sainie-Beuve, Portraits contemporains, t. I, p. 323.

3. Les principaux ouvrages de Ballanche sont : l'Essai sur les institutions sociales, les Essais de palingénésie sociale el plusieurs poèmes en prose [Antigone, Orphée, etc.) dont l'auteur se sert pour envelo[>pcr ses doctrines. Cf. vt<^ de Gliche:*, la Franc* morale et religieuse à la fin de la Restauration^ 1 vol. in-8, Paris, 191a.

La mélancolie après i83o, ne l'avaient pas encore pénétré. On y remarqnnil romanliquo. , ^ .,., , , •,,,.,. ^

cependant dpja un excès de sensibilité a« détriment de la vc'onté,

et, dans cette sensibilité, la prédominance d'une tristesse déprimante.

« Le XIX* siècle, dit Sainte-Beuve, en débutant par la volonté

gigantesque de 1 homme dans lequel il s'était idenlifié, semblait avoir

dépensé tout d'un coup sa faculté de vouloir » i. Par ailleurs, la

brusque transition d'une vie d'épopée à une existence calme et

bourgeoise, avait laissé dans lésâmes une mélancolie vague. « Trois

éléments, écrit Alfred de Musset, partageaient .a vie qui s'offrait

cflors aux jeunes gens : derrière eux, un passé à jamais détruit ;

•levant eux, l'aurore d'un immense horizon ; et entre ces deux

mandes... je ne sais quoi de vague et de flottant... Un sentiment

Je malaise inexprimable commença à fermenter dans les cœurs

jeunes... Pareille à la peste asiatique exhalée des vapeurs du Gange,

i'affreuse « désespérance» marchait à grands pas sur la terre ^ ».

Le Dans le mouvement philosophique, on remarquait le même élan

mouvement ^ ^ i • t »• i , , . .

philosophique, ^'^rs i idéal et le même malaise. L idéologie sensualiste d'un Destutt

de Tracy, la physiologie matérialiste d'un Cabanis et d'un Bichat. le fiatalisme impie d'un Naigeon, ne satisfaisaient plus les âmes. « Une protestation, timide à ses débuts, mais persistante et de jour en jour plus forte, plus autorisée, s'était élevée en faveur du spiritualisme et de la morale honnête de l'école de Laromiguière, de Maine de Biran et de Royer-Gollard. Avec eux, l'intelligence avait repris conscience de sa spontanéité, de son effort, de sa résistance au monde matériel et aux passions ^ ». Malheureusement elle avait rencontré, dans un courant d'idées venu de l'extrême nord de l'Allemagne, de cette contrée où Friedland, Eylau, Tilsitt témoignaient si haut des victoires de la France, le venin qui devait paralyser son Vw;l""^^ généreux élan. Le criticisme de Kant se présenta à ceux qui cherchaient à reconstruire leurs croyances, et leur offrit le moyen d'opérer, au moins en apparence, cette restauration intellectuelle et morale avecdes éléments purement subjectifs.Lepénible travail d'une reconstruction objective leur était épargné. Fichte, Se! elling, Hegel avaient d'ailleurs poursuivi l'œuvre de Kant. On ne sait quoi 'e mystique et d'imprécis, comme les brumes du nord, a^o tait un attrait de

I. Sainte-Beuve, Portraits contemporains, éd. de i855, t. T, p. i34. a. A.. DE Musset, Confessions d'un enfant du sièclcy ch. u, éd. Lemerre, Paris, 1876, p. 9, l3, 30.

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