Id., t. LXl, p
PIE VIII
La Natioe Americanism,
Le concile
de Baltimore
(octobre
ser se^ flots pressés sur le nouveau continent, au point d'exciter la jalousie des descendants des premiers colons anghis et puritains. Ce fut l'origine du mouvement connu sous le nom de Native Americanism. Dirigé d'abord contre les étrangers, ce mouvement devint bientôt, sous rinlluence des préjugés religieux, une opposition systématique au catliolicisme, considéré comme antinational *. » D'autres périls venaient à l'Eglise américaine du milieu ambiant. Telle était la pénétration, dans l'administration des paroisses, d'un esprit Les trasue». démocratique, que l'Eglise n'avait pas à critiquer dans l'organisation politique, mais qu'elle jugeait incompatible avec le caractère de sa divine hiérarchie. Telle était encore la trop facile immixtion du clergé dans les affaires séculières, qui pouvait altérer gravement en lui la religieuse gravité de l'esprit ecclésiastique.
Aucun de ces périls n'échappa à la sollicitude du concile provincial qui se réunit à Baltimore le 4 octobre 1829, sous la présidence de Mgr Jacques Withfield. Les principales questions qui furent mises à l'ordre du jour concernaient : les pouvoirs respectifs des évêques, la portée de la promesse d'obéissance faite par chaque prêtre au moment de son ordination, les moyens de propagande religieuse, la polémique avec les protestants, la lecture par les fidèles de la Bible en langue vulgaire et des écrits publiés par les hérétiques, l'organisation d'une presse catholique par livres, revues et journaux, les conditions d'existence des congrégations religieuses, et enfin la délicate question des trustées, commissions laïques, qui correspondaient à peu près aux anciens conseils de fabrique des paroisses françaises, et qui s'arrogeaient souvent un droit de direction sur les paroisses américaines -.
A l'issue du concile, le 17 octobre, les évêques qui y avaient pris part publièrent deux Lettres pastorales collectives. La première, adressée à tous les prêtres des Etats Unis, leur recommandait avec instance de ne point trop se mêler aux affaires de ce monde, de veiller sur eux-mêmey, de s'appliquer les vérités qu'ils prêcheraient, d'étudier l'Ecriture, d'éviter les lectures frivoles, de vivre à l'abri non seulement de tout reproche, mais de tout soupçon. La seconde Lettre, destinée à tous les catholiques des Etats-Unis, leur recommandait de coopérer aux œuvres de presse et d'éducation, les mettait
1. G. Andué, au mot Amérique^ dans le Dict. de Vac\>t, t. 1, col. 1007. 3. Sur le concile de Baltimore de 1829, voir A. de la A., t. LXll, p. i45-i5o; t. L\V, p. 173-179.
L'reuvre de \a
Propagation de la J'ùi.
Accroissement
du nombre
dos
mibsioaiiaircs.
Mort de Pie Vin
(3o novembre
en garde ©entre les trustées et les prémunissait contre l'esprit d'indjfl'crence religieuse, qui, sous un vernis de libéralisme, tendrait à mettre sur le même rang la vérité et l'erreur.
Pour subvenir aux besoins de toutes ces missions. Pie VIII avait» par un rescrit du i8 septembre 1829, recommandé aux fidèles du monde entier \ Œuvre de la Propagation de la foi, fondée en France quelques années plus tôt. Cette œuvre, toujours en voie de prospérité depuis sa fondation, put distribuer, en 1829, plus de Soo.ooo fr. ^, et, en i83o, une somme à peu près égale 2, aux diverses missions qui sollicitaient son secours. Le nombre des ouvriers évangéiiques augmentait en proportion de la générosité des fidèles. Le séminaire des Missions étrangères, qui n'avait que 25 missionnaires en 182 4, en comptait 53 en i83o ^. Les lazaristes, les jésuites, les Pères du Saint-Esprit donnaient à l'évangélisation des contrées lointaines des ouvriers de plus en plus nombreux. Pie VIII toutefois ne put voir la grande renaissance des missions étrangères, réservée aux pontificats de Grégoire XVI et de Pie IX. Après avoir occupé vingt mois seulement le Siège apostolique, le sage et pieux pontife, se sentant mortellement atteint par une maladie dont il souJBPrait depuis longtemps et que les soucis de son gouvernement avaient aggravée, demanda à recevoir les derniers sacrements, et rendit paisiblement le dernier soupir le 3o novembre i83o. Sous son pontificat, au milieu d'événements qui bouleversèrent l'Europe entière, des idées très élevées et très sincères s'étaient mêlées à beaucoup d'illusions ; des mouvements très généreux s'étaient trouvés en contact avec des passions révolutionnaires et des erreurs doctrinales. Discerner ces erreurs avec soin et les condamner avec force : telle sera la tâcbe qui incombera au successeur de Pie VIII.
1. Voir Annales de la prop. de la foi^ de juilUet i83o, t. IV, p. aoi-aôg,