Maymard, op. cit., p
3. Lettre apostolique du 9 février i83i, Bernasconi, Acta Gregorii papae XVI^ in-4% Komae, 1901, t. I, p. 1-2. hxRBERi. Bull. Roman, contiimalio, t. XIX, p. i-a
tuer une garde civique. Cet appel ayant reçu un accueil enthousiaste parmi les populations de la ville de Rome et de la campagne romaine, un nouvel acte du gouvernement pontifical organisa, le 21 février, la nouvelle institution. L'article i déclarait que « k garde civique se composerait d-e tous les hommes, les ecclésiastiques exceptés, ayant accompli leur vingtième année et n'ayant pas soixante ans révolus ». L'article 2 ajoutait que « néanmoins les personnes âgées de soixante ans ou plus, qui s'offriraient à donner cette preuve de zèle, poupraieiU en faire partie ». Dans la pensée du secrétaire d'Etat, cette mesure ne visait pas seulement le peuple de Rome, qu'il était opportun d'intéresser à la défense de la ville, et les insurgés, à qui il importait d'opposer la force matérieUe, mais aussi les grandes puissances, en particulier l'Autriche, q»i, ayant déjà un pied en Italie, ne demandait qu'à y intervenir de nouveau et à faire payer au pape sa protection hautaioe et intéressée. Effectivement, dès le 16 février, le prince de Metternich avait écrit à son ambassadeur auprès de la «our de France, pour s'assurer que Louis-Philippe ne s'opposerak pas à une action de l'Autriche dans la péninsule. L'ambassadeur devait rappeler au roi que la révolution italienne n'était que « la révolution des bonapartistes, soutenue par les anarchistes français », et que le roi des Français « avait intérêt à ne paà laisseï- s'établir p'rès de lui un trône bonapartiste » ^.
De telles déclarations, nous le verrons bientôt, ne trompèrent ni le gouvernement français ni le gouvernement pontifical sur les visées réelles de la cour de Vienne. Cependant l'insurreciion ne cessait de gagner du terrain et de devenir pkis menaçante. Le 17 février, la garnison d'Ancône avait capitulé devant les insu» gés, et, k 19, le cardmal Benvenuti, envoyé par le Saiôt-Père comme légat a latere dans les piMDvinces révoltées pour y rameuer la paÎA -, avait été arrêté et fait prisonnier par l'émeute. Le 21 février, le cardinal Beruetti informa de ces attentats le corps diplomatique. Une action combinée des puissances oûtholiq*ies, conduite avec décision et fermeté, eût réussi peut-être à conjurer te périJ. Cette action ne se produisit pas. En présence de cette inertie, le pro secrétaire d'Etat fit parvenir aux puissances la note suivante : u Le Saint Père, après avoir épuisé tous les moyens qui étaient en son pouvoir, a reconnu la nécessité d'im-
1, Mettermich, Mémoires^ t. V, p. i53 et », 3. Barbehi, Bull. Rom., t.XlX, p. a-3.
Organisation d'une garde
civique
dans les Etals
romains.
Le ptince
de Melternich
manifeste
l'intention
d'intervenir
dans
les affaires de
Rome.
Recrudescenee du mouvement insurrectionnel.
Le cardinal Bernetti
en informe officiellement les puissances
catholiques.
Incapable
de résister
par ses seul< >
forces, Grégoire W I
demande
le secours dé
i' Au triche.
L'intervention
des troupes
impériales
ramène la paix
dans
les Etats
pontificaux
(février- avril
Mesures
combinées
de répression
et de
©lémence,
prises par
Grégoire XVI.
plorer un secours étranger... Il s'est tourné vers l'empereur d'Autriche, et lui a demandé le concours armé de ses soldats... »
Les troupes autrichiennes, — le pape et son ministre ne l'ignoraient pas, — étaient déjà massées aux frontières. Au premier signe du Saint-Père, elles franchirent le Pô. Le 21 mars, Ferrare, Ravenne et Bologne étaient déjà tombées entre leurs mains. La reddition d'Ancône, le 29 mars, termina la campagne. A la date du 2 avril, l'autorité du Saint-Siège fut rétablie dans toutes les provinces. Tout indique que le prétendu soulèvement populaire avait été le fait de quelques meneurs habiles et turbulents, trompant les uns par leurs perfides calomnies, terrorisant lee autres par leurs brutales agressions. Ces meneurs disparus, tout rentra dans l'ordre. On vit renaître la confiance dans les Etats pontificaux. Grégoire XYI en profita pour adresser, le 5 avril, à son peuple une proclamation pleine de douceur et de fermeté. Il renouvelait solennellement sa « ferme résolution de créer des institutions propres à améliorer le sort de ses sujets » ; mais il ajoutait aussitôt que « ces soins paternels ne lui seraient possibles que par le maintien de mesures énergiques, propres à empêcher le retour de nouveaux désordres » .
L'exécution de cette double déclaration ne se fit pas attendre. Gomme prémices des réformes judiciaires qu'il se proposait de réaliser, Grégoire XVI déclara abolir la peine de la confiscation des biens, châtiment que ne justifiaient plus les mœurs politiques des peuples civilisés ; et, comme gage de la douceur dont il entendait faire preuve à l'égard des égarés, il promulgua une sentence d'amnistie en faveur de tous les rebelles qui, n'étant pas employés civils ou militaires du pouvoir pontifical, auraient déposé les armes le 6 avril. Mais, en revanche, il institua une commission civile, chargée de rechercher et de juger les promoteurs et les propagateurs du mouvement révolutionnaire. Tous les fonctionnaires, militaires ou civils, compromis dans le mouvement, ne pourraient être rétablis dans leurs charges avant de s'être purgés des accusations portées contre eux. En fait, ainsi que le déclara Bernetti dans une note du 3o avril, « la plupart des grands coupables eurent le temps de quitter les Etats du Saint-Siège », et échappèrent ainsi à toute condamnation.
CUEGOIRE XVI ET LES ETATS POMIFIGAUX
L'ère des désordres semblait close. Elle Peut été peut-être en réalité, si les puissances, fidèles aux règles les plus élémentaires du droit public international, s'étaient contentées de protéger Tordre extérieur dans les Etats du Saint-Siège, en s'abslenant de toute ingérence dans sa politique intérieure. Malheureusement, on apprit bientôt que le gouvernement de Louis-Philippe et le gouvernement de François I" venaient de se m«ttre d'accord pour faire prévaloir une politique toute différente. Le cabinet de Casimir Périer, qui préconisait si fort une politique de non-intervention absolue, prétendait intervenir dans les rouages les plus intimes du gouvernement pontifical; et le cabinet du prince de Metternich, qui professait, avec le culte de la papauté, celui des institutions les plus autoritaires du passé, s'associait aux désirs du gouvernement de Juillet, pour demander au pape des réformes libérales. Bientôt après, les deux gouvernements décidaient de réunir, à cet effet, une conférence, à laquelle la France convoquait l'Angleterre protestante, tandis que l'Autriche y appelait la Prusse hérétique et la Russie schismatiquo.
La conférence projetée s'ouvrit, à Rome même, sous les yeux du Saint-Père, mais sans sa participation. Quel était le but des souverains d'Autriche et de Russie en prenant part à une telle démarche ? Guizot, dans ses Mémoires, conjecture qu'ils « s'y prêtèrent par prudence, dans un moment d'orage, surtout par égard pour la France et l'Angleterre, dont ils redoutaient l'action libérale et qu'ils espéraient contenir en ne s*en séparant point *. » Leur attitude, en ce cas, manquait au moins de fierté. On peut ajouter qu'elle n'était, au fond, ni habile ni digne, et que, pour ce qui concerne l'Autriche, elle était suspecte d'une arrière-pensée joséphiste. Le cabinet de Vienne, lorsqu'il agissait ainsi, prêtait au soupçon de vouloir reprendre les pires traditions de Joseph II, en s'ingérant abusivement dans les affaires du Saint-Siège.
Le Mémorandum rédigé par les plénipotentiaires des cinq puissances -, à l'issue de la conférence de Rome, le 21 mai i83i, ne
1. Guizot, Mémoires pour servir à l'hist. de mon temps, t. II, p. 391.
2. Ces plénipotentiaires étaient: pour l'Autriche, le comte de Lûtzow ; pour la Franco, le comte de Saint-Aulairc ; pour la Russie, le prince Gagarin ; pour la Prusse, M. de Bunsen ; po^ir l'Angleterre, M. Brook-Ta^lor.
Etrange
politique
de l'Autriche
et de la France
à t'égard du
Saint-Siège.
Elles prétendent intervenir dans le gouvernement intérieur de l'Etat pontifical,
pour y
introduire
des réformes
libérales.
Intervention
l'Angleterre, de la Prusse
et de la Russie.
Conférence de Rome.
Le
Mémorandum
du 2 1 mars
IfISTQIRE GÉiXÉRALE DE l'ÉGLISE
Ses principales dispositioDS,
Vraies visées
du
gouvernement
français
et du
gouvernement
autrichien.
Premiers
germes
de désaccord
entre
les deux
puièsancea.
put que confirmer ces impressions. Par un procédé sans exemple dans les annales de l'histoire, les cinq puissances prétendaient dicter au pape les réformes qu'il devait faire dans ses Etats pour répondre aux prétendues aspirations de son peuple. C'était bien là le joséphisme monarchique mettant son autorité au service du libéralisme révolutionnaire.
L'essentiel de. ces étranges revendications se trouvait exposé dans les deux premiers paragraphes de la pièce diplomatique K
(( 11 paraît aux représentants des cinq puissances, disait-on, que, quant à l'Etat de l'Eglise, il s'agit, dans l'intérêt de l'Europe, de deux points fondamentaux : i° que le gouvernement de cet Etat soit assis sur des bases solides par les améliorations méditées et annoncées de Sa Sainteté elle-même dès le commencement de son règne; 2° que ces améliorations, lesquelles, selon les expressions de l'édit de Son Excellence Mgr le cardinal Bernetti, fonderont une ère nouvelle pour les sujets de Sa Sainteté, soient, par une garantie intérieure, mises à l'abri des changements inhérents à la nature de tout gouvernement électif.
« Pour atteindre ce but salutaire, ce qui, à cause de la position géographique et sociale de l'Etat de l'Eglise, est d'un intérêt européen, il paraît indispensable que la déclaration organique de Sa Sainteté parte de deux principes vitaux : i" de l'application des améliorations en question non seulement aux provinces où la Révolution a éclaté, mais aussi à celles qui sont restées fidèles à la capitale ; 2"" de l'admissibilité générale des laïques aux fonctions administratives et judiciaires. )^
On le voit, les prétentions des puissances ne se bornaient pas à une intervention transitoire ; elles s'étendaient jusqu'à un contrôle permanent des réformes politiques demandées au Saint-Siège; et il n'était plus douteux désormais que, si le gouvernement de Louif- Philippe tendait à propager daus l'Etat de l'Eglise le régime constitutionnel dont il se prétendait le modèle, l'Autriche aspirait à fixer son influence en Italie par son rôle d'interprète des revendications populaires. Au lendemain même de la conférence, le 22 mai, le comte de Saint-Aulaire, ambassadeur de France, constatait avec appréhension, dans une dépêche à son gouvernement, que « l'Au-
I. La lourdeur de sa rédaction ne laissait aucun douté sur son origine aileinaude. Le rédacteur de la pièce était le ministre de Prusse, Bunsen.
triche devenait populaire en Italie ». La France avait déjà protesté, au mois de mai précédent, contre la prolongation du séjour des troupes autrichiennes dans la péninsule. Elle commençait à se demander si, dans Xa Memorandam^ elle n'avait pas été dupe de la politique de Melternich. Bernetti, profond observateur, n'avait pas tardé à deviner combien l'accord des puissances était factice et instable. Une protestation solennelle et bruyante du pape contre le Mémorandum pris en bloc eût accentué le malentendu que les sectes avaient créé. Plus que jamais, le souverain pontife eût paru se poser comme le défenseur de la tyrannie de l'ancien régime contre les réformes libérales réclamées par les souverains eux-mêmes.
Grégoire XVI fut admirable de calme et de dignité. Il signifia, non sans fierté, aux délégués de la conférence, qu'il réaliserait toutes les réformes spontanément promises par lui, et toutes celles qu'il jugerait utiles dans la suite ; mais il tenait à en garder l'iniliallve, fermement résolu d'user de toutes ses prérogatives de prince libre et indépendant. Cette attitude n'était pas seulement digue et fière; elle était habile. Si les populations des Marches et des Légations, celles même du patrimoine de saint Pierre, avaient été en partie entraînées dans le mouvement du libéralisme révolu tionnaire, elles avaient conservé profondément dans leur cœur le sentiment de l'indépendance nationale, la haine instinctive de l'ingérence élra4igère en leur pays.
Pourquoi
le pape
s'abstient de
toute
protestation
publicjuo
contre le
Mémorandum.
Cependant le sourd dissentiment qui s'était manifesté, au cours même des conférences de Rome, entre le cabinet de Vienne et celui de Paris, ne tardait pas à s'accentuer. Au cours même des pourparlers, le comte de Saint- Aulaire, parlant de l'Autriche, dans une dépêche adressée à son gouvernement, avait signalé u des symptômes bizarres » de désaccord *. Quelque temps après, Louis-Philippe insinua au pape, par son ambassadeur, que la France prendrait volontiers la défense de l'ordre dans les Etats pontificaux, si le Saint-Siège consentait: 1° à écarter à son profit l'inilucnce de l'Autriche, et 2" à prendre, daus un bref délai, certaines mesures libérales, telles que la promulgation d'une anmislie en faveur des insur-
Le conflit soulevé entre
la France et l'Autriclio
s'accentue.