CHAPITRE V
l'église en PORTUGAL, EN ESPAGNE, EN RUSSIE, EN SUISSE ET EN ITALIE.
Politique extérieure du Saint-Siège.
Premier
problème :
quelle sera
1 altitude du
Saint-Siège
vis-à-vis des gouvernements issus des révolutions récentes ?
Deuxième
problème :
quelle sera
l'altitude du
Saint-Siège
à l'égard
des hommes
qui, tout en
. défendant
avec ardeur
son autorité
suprême,
favorisent les
mouvements
populaires
contre les
anciennes
monarchies ?
Si délicates que fussent les questions de politique intérieures soulevées par le gouvernement de l'Etat pontifical, les relations axec les divers Etats de l'Europe offraient à Grégoire XV] des difficultés plus ardues. L'Autriche et les puissances catholiques qui gravitaient dans son orbite, telles que l'Espagne elle Portugal, représentaient la tradition, Tordre, l'autorité, la protection officielle du Saint-Siège ; mais leurs intentions étaient parfois gênantes, et leurs services indiscrets. La Belgique, l'Irlande, la Pologne avaient fièrement combattu pour leur foi catholique, mais en s'attaquant à des autorités réputées légitimes, en invoquant des formules qui semblaient équivoques, en acceptant des alliances qui paraissaient compromettantes. De pareilles causes d'anxiété se présentaient, d'autre part, quand on prétait l'oreille aux ardentes polémiques qui passionnaient la jeunesse d'alors. INul ne défendait avec plus d'intrépidité les droits de la papauté que La Menuais en France, que Gœrres en Alieuiagne ; mais nul ne se montrait plus complaisant pour les libertés modernes, pour les formules sonores qui séduisent les masses, pour les réclamations des peuples contre les entreprises des rois. Que, dans des questions si complexes et dans des conflits si passionnés, Grégoire XVI, obéissant a la tendance profondément conservatrice qui était dans sa nature et qu'il croyait être dans son devoir, n'ait pas su discerner toujours toutes les nuances d'un problème, que tel asp(ct d'une situation politique lui ait parfois échappé, et qu'il n'ait | a» toujours su se garder, dans les formules de ses décisions, d'une vivacité qui fut douloureuse à ceux qu'il eut à frapper : qui oserait, eu égard aux circonstances que nous venons de rappeler, lui en faire un crime ? Mais que sa conduite gé';érale ait été, comme l'ont trop souvent répété des hommes encore trop émus de retentissantes disputes»
l'église en PORTUGAL, ESPAGNE, RUSSIE, SUISSE ET ITALIE IqS
inspirée par une passion mal contenue, par une farouche inlransi- 'reance ou par une excessive étroitesse d'esprit, c'est une calomnie que l'impartiale étude des événements suffira, nous l'espérons, à dissiper.
Deux questions, en somme, préoccupaient l'opinion. La première, La première
.,.^., i-'i" 11 question seule
relative à l'atlitude que le Samt-Siege prendrait a 1 égard des gouver- fg^a l'objet
nements issus des révolutions récentes, agitait surtout les cliancelle- (lu présent
. • »fi • 1 1" £' • cli»i)ilre.
ries. La seconde, relative aux conflits qui s élevaient dans l mterieur
des nations entre la liberté et l'autorité, était surtout débattue dans la presse. La première était celle qui réclamait le plus instamment une solution.
Etablir des relations diplomatiques officielles avec les gouvernements de la France et de la Belgique, nés de l'émeute, ne serait-ce pas encourager la rébellion, paraître sanctionner ce mouvement révo- Grégoire X\I
° , . , A I juge à propos
lutionnaire dont le but était de saper les trônes et de bouleverser la ^^ [^ résoudre société? Mais, d'autre part, refuser de traiter avec les pouvoirs nou- ^" posant
. , . , , , ,. .,,,,, un principe
veaux, c était laisser sans detense et sans protection les intérêts de géucral. l Eglise dans des nations de qui la religion pouvait beaucoup attendre. Quelques années auparavant, le pape Léon XII, se trouvant en présence du fait de la déclaration d'indépendance des colonies espagnoles de l'Amérique, avait tranché pratiquement une question semblable, en nouant, malgré l'Espagne, des relations officielles avec les jeunes républiques américaines. Mais l'heure semblait venue de proclamer un principe général, destiné à servir de règle dans tous les cas analogues. L'Irlande et la Pologne étaient toujours debout, prêtes à tout, pour défendre leurs droits contre l'Angleterre et la Russie. Dom Pedro et dom Miguel se disputaient le trône de Portugal ; don Carlos et Marie-Christine, celui d'Espagne. De pareilles contestations pouvaient surgir chez d'autres nations encore.
Dans une Constitution dont les termes furent mûrement étudiés, et ^ ^^^^^ ,
il » ^o w, ... SoUicitudo
qui parut le 7 août i83i, débutant par ces mots : Sollicitudo Eccle- Ecdesiaruns
siarum, Grégoire XVI décida que, dans les cas de « changements (7 ^^"^^ ^^^^■•
de gouvernements » et de u vicissitudes des Etals », ci les pontifes ,,
roniams entreraient en rapports d affaires, pour les Eglises de ces ^ue ic pane
contrées, spécialement pour la nomination des évèques, avec ceux *ui-rera
, ^ en pourjiarlen
qui seraient, de tait, en possession du pouvoir » ; mais il serait ivec les
Uùl. gOn. de l'Kgli ,'. u
HISTOIRE GÉNÉRALE DE l'ÉGMSB
goMvernant»
(le fait,
Bans préjuger
la question
de
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Sag;esse
d'une pareille
décisioQ.
A (Ta ires de Portui^al.
Conflit djfoastique
entre dom Pedro
et dom Miguel.
bien entendu qu'en agissant ainsi le Saint-Siège n'entendrait « nî confirmer en ces demieue leurs dignités ni leur conférer aucune sorte de droits nouveaux » *.
« A une époque, dit le cardinal Wiseman, où de brusques ciiangements se faisaient dans les gouvepneuients et les dynasties, et où les sceptres passaient d'une main dans une autre avec la rapidité d'une représentation magique ou idéale, c'était pour le Saint- Siège un acte à la fois hardi et prudent que d'exposer de simples principes, et de se tenir en même temps à l'écart de toute querelle intestine et de recours embarrassant pendant la durée de la lutte ^. »
Les affaires du Portugal foinrcirent au pape la première occasion d'appliquer son principe.
A l'avènement de Grégoire XVI, deux partis étaient en lutte au Portugal. Au premier aspect, le conflit était d'ordre purement dynastique. Le roi Jean VI était mort en 1826, laissant deux fils. L'aîné, dom Pedro, qui résidait au Brésil, et venait de s'y faire proclamer empereur, se considéra comme le successeur légitime de son père ; mais, refusant de régner en Portugal, il céda ses droits à sa fille doua Maria da Gloria, âgée de sept ans, et confia la régence à son frère cadet dom Miguel, à qui il promit la main de la jeune reine. Cette combinaison parut d'abord acceptée par dom Miguel ; mais un pa^ii, dont la reine mère, dona Joachine, était l'âme, déclara formellement la repousser. Dom Miguel, disait-on, a droit à la couronne comme successeur légitime et direct de son père, en vertu des antiques lois du royaume, lesquelles ont établi qu'aucun étranger ne pourra régner en Portugal ^. Etranger, Pedro l'est devenu en acceptant la couronne du Brésil, qui s'est séparé du Portugal. Perdant ses droits, il ne peut les transmettre à personne. Au fond, ce
1. Barberi, t. XIX, p. 38-^0 ; Bernasconi, l. I, p. 38-4o. Le principe proclamé par Grégoire XVI s'appuyait sur des précédents. Les papes Clément Y, Jean XXII, Pie II et Clément XI s'en étaient inspirés dans des actes que rappelle la bulle Solliciludo Ecclesiarum. -r- Il est inutile de faire remarquer que la doctrine ici proclamée par Grégoire XVI n'a rien de commun avec la fameuse théerie des « faits accomplis», dont Pie IX devait condamner la formule dans la 6ie proposition du Syllabus : « Une injustice de fait couronnée de succès ne porte aucune atteinte à U sainteté du droit ».