Wiseman, Souvenirs..., p. ^ol
3 Une vieille tradition rapporte qu'en iiSq, A^bonse l" ayant «té élu roi par ses soldats sur le champ de bataille d'Ourique après une brillante victoire sur les Maures, les trois ordres du royaume en racclaraant et l'archevêque de Braga en le couronnant, avaient décidé, au nom du peuple, au nom du roi et au nom de Dieu, que jamais un étranger ne deviendrait seigneur du royaume. C'était là, disait on, le uucte fondamental de la monarchie portugaise.
l'église EPf PORTUGAL, ESPAG!<E, RUSSIE, SUISSE ET ITALIE IQS
qui rendait l'opposition des deux partis irréductible, c'est que dom Pedro, avant d'abdiquer la couronne, avait promulgué pour le Portugal une charte, établissant une monarchie constitutionnelle analogue à celle de la Restauration française. La reine mère n'avait jamais accepté un pareil amoindrissement du pouvoir souverain. L'opposition ouverte, connue de tous, qu'elle avait faite au roj Jean, son mari, pendant tout le temps de son règne, avait eu pour cause l'acceptation par celui-ci d'une constitution, et dom Miguel s'était constamment montré favorable aux idées de sa mère. Le conflit des miguelistes et des pédristes, comme on les appela, était donc un conflit entre absolutistes et constitutionnels. A ce titre dom Miguel eut bientôt partie liée avec les carlistes espagnols et les légitimistes français, tandis que dom Pedro gagnait les sympathies des libéraux de France et d'Angleterre. Le maréchal de Bournfiont et le marquis de La Rochejaquelein mirent leur épée au service de dom Miguel, et les cours absolutistes du nord lui furent favorables ; mais les cours de Paris et de Londres lui firent une opposition déclarée. Il y eut j/lus. Les sociétés secrètes, toujours empressées à s'emparer du ■ Mouvement libéral, et de faire résonner aux oreilles du peuple, Mii\ant les prescriptions de Mazzini, les mots de liberté, de réforme et de progrès, se prononcèrent pour dom Pedro ; tandis que dona Joachine et dom Miguel promettaient de rendre au Portugal les jésuites et d'y faire régner la religion catholique dans toute la splendeur de ses cérémonies, dans toute la vigueur de sa hiérarchie soumise ûu pontife romain. Les membres du clergé, dans leur ensemble, acclamaient dom Miguel et le faisaient acclamer par les fidèles, aux cris de « Vive le roi catholique ! Vive le roi absolu f » Plusieurs d'entre eux cependant, tels que le patriarche de Lisbonne, tels que l'évêcpie d'Elvas, qui avait présidé la Chambre des députés sous le roi Jean VI, ne cachaient pas leurs sympatliies pour le régime constilulionnel.
Conformément à la règle de conduite qu'il s'était tracée, et malgré les réclamations des pédristes, Grégoire XVI accepta d'entrercn relations diplomatiques avec dom Miguel et poursuivit des négociations avec son gouvernement tant que le fils cadet de Jean VI occupa efl'ectivement le .trône de Portugal. Mais dom Pedro, appuyé par l'Angleterre et par la France, réussit à chasser son frère du roy;4ume et à (ransmcllre la couronne à sa fille dona Maria. Le 26 mai i834. dom Mi-uel, vaincu et découragé, s'engagea, moyennant une pension
Le conflit
se com['liqQ# d'un coiiIlLt constitutionnel.
H menace de devenir ua
contlit internalioaal.
Inlervenlion des sociétéf
secrètes
en faveur dt
donn I^rdro
et des idées
libérales.
Le clergé
portugais,
dans
son ensemble,
se pronoucd
pour dom Mitruel
et pour
le pouNoir
absolu.
Grégoire W'I
entre
en relations
diplomatiques
avec dom MigueL
ALdIcalion
de dom Micriiol.
Dom Pedro
se venge de
ra])|)ul donné
par le clergé
à son
compétiteur,
en persécutant
l'Eclise
catliolI(jue.
Il ferme un
grand nombre
de couvents
et supprime
la nonciature.
Grégoire XVI
dénonce la persécution
du
gouvernement
portugais.
de 375.000 francs, à ne jamais rentrer en Portugal, et se retira à Rome, où le pape l'accueillit avec tous les égards dus à son ancienne dignité, à son infortune et à la bonne volonté qu'il avait témoignée envers lEglise.
Mais, maître du Portugal, dom Pedro, irrité de l'app li que soo rival avait rencontré parmi le clergé portugais et des icia Lions cordiales qu'il avait entretenues avec le pape ; poussé, d'autre part, par les sectes, qui s'étaient faites ses puissantes auxiliaires dans sa campagne, résolut de faire expier chèrement à TEglise ce qu'il appelait sa trahison. Les jésuites, que son frère avait rappelés et à qui il avait r^udu tous les biens dont la grande persécution du xviu^ siècle les avait dépouillés, furent chassés, après avoir été traînés de prison en prison et accablés d'outrages. Dom Miguel, obéissant aux inspirations de sa mère et à ses propres Instincts, autoritaires et violents, s'était montré souvent impitoyable envers ses ennemis. On évalue à 4o. 000 ie nombre de ceux qu'il exila, et l'on sait par quels traitements cruels envers nos nationaux il s'atCira la répression sévère que \iù infligea le gouvernement français ^. Sous prétexte de représailles, dom Pedro ferma un grand nombre de couvents, hospices et collèges ecclésiastiques, et en attribua les biens an fisc. Pour montrer son hostilité envers le Saint-Siège et envers le clergé portugais, il chassa le nonce, supprima la nonciature, déclara vacants tous les évêchés pourvus par le souverain pontife d'accord avec son prédécesseur, et institua une commission chargée de procéder à une réforme générale du clergé.
Dans une allocution consistoriale du 3o septembre i833, Giégoire XVI déplora « les maux très graves dont était affligée l'Eglise du Portugal » et « les méfaits déplorables, d'autant plus tristes à constater que le Saint-Siège était moins en droit de s'y attendre ^ ». Le 1*"^ août i834, le pape renouvela ses protestations, et menaça le
I. Deux Français, résidant à Lisbonne, avaient été condamnés, l'un au fouet public pour sacrilège ; l'autre, pour accointance révolutionnaire, à la déportation. Une escadre française força l'entrée du Tage, captura la flotte portugaise, bloqua Lisbonne et força Miguel à accorder toutes les réparations exigées par le gouvernement français (juillet i83i). Le caractère impérieux et dur de dom Miguel n'est pas contestable ; mais la baine des sectes a noirci à plaisir la mémoire de ce prince, et les appréciations de la presse libérale sur sa personne et sur ses actes doivent itr« contrôlées avec attention.
3. BARBERi,t. XIX, p. 276-277; RosKovANT, MonumeTitt cathoUca pro independentia poteslatis ecclesiasdcae, 2 vol. in 80, Quinaue-Ecciesiis, 1847, t. II, p. 336-34o,
l'ÉGMSE E?I PORTUGAL, ESPAGNE, RUSSIE, SUISSE ET ITALIE I97
prince des peines canoniques que ses attentats méritaient K Après la mort de don Pedro, survenue le 2/i septembre i8.3/i, ta reine don a Maria da Gloria, sa fille, continua quelque temps sa politique, et,
dans le consistoire du i" février i836, le pape fut contraint de ^ne^^^^é teinte
dénoncer une fois de plus les attentats du gouvernement portugais ^, gous le règne
En i8/|0, une détente se produisit. La reine Marie II envoya à ^^ ^{f,f^" "•
Rome le vicomte de Carreira, pour négocier un concordat avec le de dom Pedro. pape. Grégoire XVI exigea, comme condition préalable de tout
arrangement, que les évêques nommés sous Miguel I- fussent recon- J^J'^fH^^
nus et que la reine levât la défense faite de recourir à Rome pour elle
en obtenir des dispenses. Les négociations furent reprises, et, en un concordai,
témoignage de sa haute satisfaction, le Saint Père envoya, le la mars ,;^/"^^g'"d^^|^^
1842, à la reine de Portugal, la « rose d'or » ^. (la mars
i84aj.
IT
La crise politique du Portuf^ral s était compliquée par le voisinacrc AfTaïues . , . , 1 T^ T . -Il- . '• d'î^spagnt.
(1 une crise semolable en Lspagne. La aussi, absolutisto.s et consti-
Uitionnels étaient aux prises. Là aussi, le pape était en demeure de se prononcer entre deux partis auxquels s'intéressaient contradictoirement les grandes puissances de l'Europe, et dans lesquels les opinions religieuses, se mêlant aux passions politiques, prenaient ui aspect militant, presque farouche.
(( Ferdinand VII, roi d'Espagne, était mort le 20 septembre i833, conflit léguant sa couronne à sa fille Isabelle, âgée de trois ans et placée entre Mariesous la tutelle de la reine mère Marie-Christine. Don Carlos, frère Chrisiine de Ferdinand, contestant la légitimité d'une succession féminine, s'était aussitôt porté le compétiteur de sa nièce, et avait été proclamé en Biscaye. Le vieux droit espagnol admettait les femmes au trône. La dynastie bourbonienne y avait substitué, en 171'!, sinon la loi salicfue, du moins une pragmatique qui reslrc-ignait la succession des femmes au cas où il n'y aurait aucun héritier mâle. En 1789, Charles IV, révoquant cette pragmatique, avait rétabli l'ancien diHjit
I. RosiovAUT, t. II, p. 363-366 ; BARorni, t. XIX, p. 38i-38a.
a. BFRrfAScoNi, Arta Grrgorii papae XV!, t. II, p. gS-Q'i.
3. BERHASCowr, t. m, p. ao4. Il s'agit de la rose bénite par le pape le dimarrV,a de Laelarc, et que, depuis le moveu âge , le souverain pontife » l'hahii a d'envo)er à ur. prince catholique, ^'oir Gosculbr, Dict. Je (héol. au mot Hosc dor.
HFTOIRE GENERALE DE L ECI TSE
Les
■bsolatîstes soutiennent don Carlos ; Ict.' libéraux, Marie- Christine.
Les grandes
puissances se
divisent
à l'occasion Àe ce conflit.
Go ivern«-
ment de Marie- CLristine.
Persécution rcii-iieuse.
Protestations du pape.
espagnol, et Ferdinand VII avait, en i83o, solennellement confirmé et publié cette révocation. Il semblait donc que la question de droit fût tranchée au profit des femmes. Mais il s'y mêlait une lutte de parti. Les absolutistes comptaient sur don Carlos, tandis que Marie- Christine était favorable aux libéraux. Les premiers étaient dès lors intéressés à la succession masculine ; les seconds, à la féminine. Un combat d'influences et d'intrigues se livra entre les deux partis, pendant les dernières années de Ferdiaand, chacun d'eux cherchant à obtenir un acte royal en faveur de sa thèse. Le roi oscillait entre son jiffection pour sa fille et ses sympathies pour le parti absolutiste. Un 'moment, celui-ci crut l'avoir emporté. Son triomphe fut de courte durée. Ferdinand rétracta tout ce que lui avaient arraché les partisans de la succession masculine, et mourut en proclamant les droits de sa fîîle * . » La France et l'Angleterre se prononcèrent aussitôt en faveur de Marie Christine, tandis que l'Autriche, la Russie et la Prusse manifestaient hautement leurs sympathies pour don Carlos 2.
Arrivée au pouvoir, Marie-Christine adopta pleinement le régime parlementaire, et malheureusement, en Espagne comme en France, les débuts de ce régime furent marqués par des actes d'hostilité envers l'Eglise. Au mois d'avril i835, les cortès espagnoles, mises en présence de difficultés financières sérieuses, proposèicul de les résoudre par la sécularisation des biens des religieux. En vain le ministre président du conseil^ Martinez de la Rosa, s'efforça- t-il de procéder en respectantles règles et les usages canoniques. La Chambre, après avoir remplacé le cabinet qu'il présidait par un cabinet favorable à la lulte contre l'Eglise, mit la régente en demeure de signer, le 4 juillet i835, un décret expulsant le» jésuites, puis, le 26 juillet, un second décret supprimant sept cent cinquante-sept couvents comme ne comptant pas douze membres chacun ^.
A ces nouvelles, Grégoire XVI rappelle immédiatement de Madrid, son nonce, Amat de Saint-Philippe, qui, récemment arrivé en Espagne, se disposait à présenter à Marie-Christine ses lettres do créance ; puis, le i^' février i836, dans une allocution consistoriale,
I. Thureau-Dangin, Hist. de la Mon. de J aille l y t. Il, p. SSg-Sgo.
a. Mettbruich, Mémoires^ t. V, p. 64o.
3. Martinez de la Rosa se faisait fort d'obtenii-, en négociant avec Rome U diminution du nombre de ces monastères dépeuplés, et, par voie de conséquence, la mise d'une partie de leurs biens à la disposition de la nation, pour mettre fin à la crise financière. Mais la passion sectaire de l'opposition ne lui permit pas de donner suite à ion projet.
l'église Eît PORTUGAL, ESPAGNE, RUSSIE, SUISSE ET ITALIE IQQ
il proteste contre les derniers actes du gouvernement espagnol et les déclare de nulle valeur. « Aux calamités du Portugal, s'écrie-t-il, se sont jointes celles de TEspagne. Là aussi, Ton promulgue des lois contraires à l'autorité du Siège apostolique ^. d
Le pape cependant, malgré la pression qu'essayaient d'exercer sur lui les légitimistes de France, les miguélistes de Portugal, les carlistes d'Espagne et la chancellerie d'Autriche, évitait de se prononcer pour don Carlos. Mais le clergé d'Espagne n'imita pas sa réserve. En majeure partie, il embrassa ouvertement la cause du prétendant, favorisa le recrutement de ses partisans, les manœuvres de son armée. Pendant sept ans, une ardente guerre civile devait embraser la Navarre, la Catalogne, la Castille et l'Aragon, guerre de partisans et de surprises, où les deux partis se rendirent cruautés pour cruautés ^, Le gouvernement se vengea en privant les prêtres de leurs traitements, en supprimant aux religieux la pension qui leur était légalement due, en laissant les diocèses sans évêques. L'avènement d'une majorité modérée aux cortès de 1889, amena une accalmie. Quelquesunes des mesures prises contre l'Eglise, furent rapportées, et des négociations furent renouées avec le Saint Siège pour la provision des évêcliés vacants. Les carlistes, actifs, résolus, commandés par des chefs habiles, dont le principal, Zumalacarreguy réunissait, à un rare degré, les qualités de l'homme de guerre, du chef de parti et du héros populaire, avaient d'abord fait reculer jusqu'aux portes de Madrid les troupes mal disciplinées des christinos. Mais la mort de Zumalacarreguy en i835, l'apparition, à la tète des armées de Marie Christine, d'un chef expérimenté et courageux, Espartero, et les déplorables divisions des carlistes en « apostoliques », qui voulaient la lutte à outrance, et en « transactionnistes », qui voulaient mettre fin à la guerre par une transaction, redonna une nouvelle audace aux libéraux. Espartero, vainqueur des carlistes, et nommé régent en i84o, aggrava tous les attentats précédents, fit conduire à la frontière le représentant du Saint-Siège. Au consistoire du i*"' mars 184 I, Grégoire XVI fit entendre une protestation plus énergique que les précédentes. Il rappela aux membres du gouvernement qui avaient porté les lois attentatoires aux droits de l'Eglise et aux prêtres qui avaient coopéré à leur exécution, les graves censures qu'ils avaient
I, Bernasconi, II, 98-94.
3. Le général Miua fil égorger de sang-froid la mère et les trois saurs du carlist* Cabrera. Celui ci, par représailles, fit fusiller trois cents prisonniers christinos.
Il (Çvile cependant de se prononcer
pour
la légitiniilc
de don Carlos.
Guerre civile.
Premiers
succès
des carii:>les.
Leurs revers.
i^égcnce d'Esparlero.
Protestations
de
Grégoire XVI
contre
les mesures
attentatoires
aux droits de
l'E-lise.
(îouverne-
ment
personnel
d'kahelîe ÎT
Négocialions
avec le
Saint Siège
en vue d'un
concordat.
encourues ^ La chute d'Esparlero en 1 8^3, k proclamation de la majorité d'Isabelle lien iSfilx et l'avènement d'un ministère conservateur, permirent à la nouvelle reine d'inaugurer une politique plus digne des vieilles traditions de l'Espagne. En i845, un ministre plénipotentiaire fut envoyé à Rome, en vue d'y conclure un concordat avec le Saint-Siège. Grégoire XVI, après avoir travaillé à le préparer, n'eut pas la consolation de le signer. Cette consolation était réservée à son successeur, le pape Pie IX.
/*(Ta-ros Moins complexe dans ses causes, mais plus aiguë dans ses ma-ni-
de lologne. r • f • i • i- • i- • ...
lesta tions, était la crise politique et religieuse qui agitait toujours et
divisait entre elles la Pologne et la Russie. D'une part, un peuple
opprimé, à qui l'Eglise devait une grande reconnaissance pour avoir
tité, plus d'une fois, le boulevard de la chrétienté du côté de l'Orient,
demandait, les armes à la main qu'on respectât sa foi, qu'on lui
Conflit entre maintînt les libertés promises par les traités mêmes qui l'avaient
h Russie ,. .1,1 . T f Tx i> 1 • -1
et la Pologne, clepouille de sa nationalité. De 1 autre, un grand empire qui, depuis
un quart de siècle, s'était fait le défenseur des principes de tradition et de légitimité, demandait au pape, protecteur-né de l'ord-ie social, de le défendre, à son tour, contre l'esprit de révolte et de révolution. Là encore se rencontrait, avec ses équivoques déconcertantes, cette éternelle question du libéralisme, qui devait troubler si profondément l'Europe au cours du xix"^ siècle.
Le Père commun des fidèles ne pouvait qu'être vivement ému par l'héroïsme de ces catholiques polonais, qui bravaient la mort et une captivité plus dure que k mort, en combattant sous la noble devise de leurs pères : « Nous aimons la liberté plus que toute chose au monde, et la religion catholique plus que la liberté » ^; mais il n'ignorait pas qu'en Pologne, comme en Italie, en Belgique et en France, les sectes cherchaient à exploiter à leur profit le soulèvement populaire, que nombre de Polonais identifiaient trop la. cause religieuse avec la cause politique, et que plusieurs se grisaient des formules sonores du libéralisme révolutionnaire. Les diplomates russes
Caractère
de
l'insurrection
polonaise.