Thcrbau DxNtia, op. cit.^ t. Ml, p
Le
programm*
l'Église en portug.vl, espagne, russie, suisse et italie 211
Tandis qu'il suivait d'un regard anxieux le mouvement révolu- j-f'^j^ tionnaire en Suisse, Grégoire XVI ne pouvait perdre de vue ses progrès en Italie. C'est à Marseille que Mazzini avait fondé en i83i la Jeune Italie ; c'est à Genève qu'il avait organisé en i834 la Jeune Europe ; c'est d'Angleterre qu'il dirigea ensuite son œuvre de propagande ; mais l'Italie restait toujours pour lui le centre de la régénération européenne qu'il rêvait.
Son programme était simple et net. La résistance des princes et l'esprit local ayant été jusque->à les deux prmcipaux obstacles a la de iMazzini. liberté de l'Italie, Mazzini voulait se débarrasser de l'un par la république, de l'autre par l'unité. « La Jeune Italie, disait-il, est républicaine et unitaire » : républicaine, parce que la république est la seule forme de gouvernement qui satisfasse la raison comme les traditions italiennes ; unitaire, parce que « l'unité est la condition de la force, et que l'Italie, entourée de puissances unitaires, jalouses et puissantes, a besoin avant t^ut d'être forte » ; parce que d'autre part « k fédéralisme, en détruisant Tunilé de la grande famille italienne, rendrait impossible k mission que lltalie est appelée 4 remplir dans Thumanité* ».
I. Le congrès de Vienne, en i8i5, avait créé en Italie trois Etats moyens : au nord, les Etals sardes, replacés sous l'antique autorité de la maison de Savoie, cl agrandis de l'ancienne république de Gênes ; au sud, le rojraume des Deux-Siciles, rendu à la maison de Bourbon ; au centre, les Etats de l'Eglise, qui comprenaient quatre parties distinctes: Rome et le Patrimoine de saint Pierre, puis lOmbrie avec les provinces de Pérouse, de Spolète et de Rieti ; enfin, sur le versant oriental des Apennins, les Marches d'Ancoue, et les Légations de Bologne, de Ravenne, de ForH et de Ferrarc, par oiî s'étendait jusqu'aux rives du Pô le domaine pontifical. A ces trois monarchies, relativement grandes, s'ajoutaient trois petits Etats, dont un seul, la Toscane, avait ses traditions, ses souvenirs glorieux et sa raison d'être historique. Les deux autres n'étalent ({ue des créations arbitraires de la politique ; c'étaient le duché de Modène et le duché de Parme. La Lombardie et laiicien domaine de la république de Venise avaient été rattachées à l'Autriche, sous le nom de royaume Lombardo-Véncte ou de Lombardo-Vénétie. Le principal but des plénipotentiaires du congrès de Vienne avait été de se garder contre les entreprises de la France, considérée comme agent de la Révolution ; et les soldats de l'Autriche étaient là comme des sentinelles avancées, chargce? d'assurer la sécurité de l'Europe conservatrice. Mais l'Autriche avait amplifié sa mission au point de la dénaturer. Sous prétexte de protéger les souverains d'Italie contre les entreprises révolutionnaires, elle installait chez eux des garnisons et les réduisait prescjue à l'état de vassaux. Cf. P. de la. Gorge, les Origines de l'unité italienne, dans le Correspondant du 10 novembre 1898, p. 4S0.
212 HISTOIRE GKiNKRALE DE l'ÉGLISÎB
Sa méthode : Pour parvenir au régime idéal qu'il rêvait, Mazziai préconisait un© l'éducrtion niélliode toute différente de oelle qu'avaient employée les révoluet par tionnaircs qui l'avaient précédé en Italie. Jusque là, les mécontents
msurrecuou. j^yaient organisé des sociétés secrètes, dont les projets formaient un mystère pour les populations indifférentes. A. leur tactique, Mazzini voulut substituer le soulèvement de tout un peuple, conscient de sa force et de ses droits. « Les moyens dont la Jeune Italie compte se servir pour atteindre son but, disait il, sont l'éducation et l'insurrection. L'éducation, par l'exemple, par la parole et par les livres, donnera aux vingt millions d'Italiens consoience de leur nationalité, de manière que linsurrection les trouve tous debout contre leurs oppresseurs. » Ils pourront ainsi se passer de toute intervention étrangère, car, « ce qui leur manqvie, pour qu'ils s'émancipent, ce n'est pas la puissance, mais seulement la foi '. » I» iu éduca- L'éducation du peuple, projetée par Mazzini, se fk surtou-t par La ro^a ande ^^^ publications historiques systématiquement orientées vers le but révolution- poursuivi, et par des congrès à enseigne scientifique qui furent de naire par^ véritables assises du patriotisme entendu à ia façon de ragitateur. ment Avec Canina, l'université de Turin devint un foyer des idées nou-
'*%t'*''!rrel*'' ^^^^^^' ^^^^ ^^ direction de Balbo, de Sclopis, de Soli et de Gîbrario, publications les Moiiumenta hktor'tae patriae ravivèrent le souvenir des antiques ius onque». gloires de l'Italie. En i838, les congrès scientifiques, devenus annuels, entretinrent dans la péninsule iMie agitation peananente. En i84i, VArchivio storico kaliano s'en fit l'organe périodique. Dansla théorie Au surplus, l'unité républicaine de lUalie n'était qu'une partie révolution- j^ programme mazzinien. Pour lui, comme pour tous ceux qui de Mazzini, faisaient écho à ses idées, Rome devait être le centre de la vie polid' ru*r tique de l'Italie, la capitale indispensable de son unité ; et par là comporte même, pour la plupart d'entre eux, le pape, en la séquestrant en la «lestruction quelque sorte au profit de l'unité de l'Eglise catholique, devenait et ia ruine du un obstacle, un ennemi, qu'il faHait combattre et supprimer. On ne catholicisme, g^ dissimulait pas d'ailleurs que cette destruction de la papauté devait entraîner la destruction du catholicisme, et l'inauguration d'une religion plus large, large comme l'humanité. « Le peuple italien, disait Mazzini, est appelé à détruire le catholicisme au nom de la révélation continue^. » Dieu est Dieu, et l'humanité est son
I. A. PiifG,i.uD, dans VHist. gén., t. X, p. 584-585, a. Inizial'wa revoluzionaria dei popoli.
l'église en PORTUGAL, ESPAGNE, RUSSIE, SUISSE ET ITALIE 2l3
pro{)hète. Dieu s'incarne perf)étue!lement dans l'iiumanilé. L'humanité est la religion. Il faut croire à l'humanité, seule interprète de la loi (le Dieu sur la terre ^. Le Christ est un saint, dont la voi^ a été accueillie comme étant divine 2. Mais le catholicisme est éteint. C'est un symbole usé, conservé seulement pomr 1©« dileltanli d'antiquités^.
Telle était la doctrine propagée par Mazzini*. Quelques-unes de ses hardiesses «ffrayèrent plus d'un de ses disciples, encore attachés au eattioliotsme. L'exécution de la seconde partie de son programme, Tagilation révolutionnaire, détacha de lui plusieurs autres de ses partisans. Nous n'avons pas à faire ici l'histoire de ce mouvement. En i833, à Gênes, les frères Ruffini provoquaient une émeute, aussitôt réprimée et suivie d'une véritable terreur dans le Piémont ; en i834, Ramorioo tentait vainement de soulever les campagnes de la Savoie ; de semblables tentatives étaient faites en i843 dcms les Romagnes, en i8iîi4 dans la Galabre. Un parti national relativement modéré se forma, sous les inspirations de trois hommes, qui lui donnèrent son programme : Gioberti, Balbo et d'Azeglio.
Yinceneo Gioberti, prêtre catholique de Turin, philosophe liardi, théologien téméraire, esprit mobile, impressionnable et violent, avaik d'abord été disciple de Mazzini, mais n'avait pas voulu le suivre jusqu'au bout. Dans son livre Dêl primato d'Italia^ publié en iS^o, il n'exaltait pas moins que le maître, k primauté de sa patrie pa*mi les peuples, mais il voyait la condition de cette primauté dans la papauté, protectrice antique de la nation, et, ajoutait-il, « de nos jours asile inviolable de tolérance civile et d'hospitalité généreuse, ouvert* à tous les hommes honorables, surtout s'ils sont malheureux, quel que soit leur culte »,
Gioberti avait été épouvanté par le radicalisme irréligieux de Mazzini ; Balbo fut rebuté par son radicaHsme révolutionnaire. Gioberti avait essayé d'atténuer la doctrine ; Balbo tenta de limiter la violence du programme pratique. Fils d'un ministre sarde et ancien auditeur au conseil d'Etat de Napoléon I*% ayant beaucoup plus que Gioberti le sens des réalités pratiques, Ccsare Balbo soutint, dans un livre publié en 18V1 sous ce titre : Espérances de l'Italie , que la
2" I/insurrcctioQ.
Essais parMel»
d'insurrection.
Formation
d'un parti
national
plus modéré.
Vincenzo
Gioberti
en proclame
le principe :
l'unité
de l'Italie ok
son hégémonit
sur le monde
sous le
protectorat
du pape.
Cesare Ban>o
indique la condition
préalable
du succès :
l'expulsion
de rA.u triche.
I, Proclama açU Ilaliaiti, ■ a. Prose poiitiche, p. a ai.»