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Lib. Ponlif., I

HISTOinC GÉNÉnALE DE l'ÉGLISE

antique Rome, qui semblait avoir conservd le génie adm'ui^ tnitif du vieux peuple romain, les sages traditions de la politique pontificale. A la ténacité de l'Anglo-Saxon, il saurait joindre, dans l'accomplissement de la grande mission qui lui itait confiée, l'esprit organis.ileur du Romaiii. Il prenait d'ailleurs la résolution de ne rien décider d'important sans en avoir référé au Saint-Siège.

Vaste et pénible mission, en ellit.que celle d'achever l'évangélisation de la Germanie proprement dite, d'organiser l'hglise germanique, de réorganiser l'Eglise franque, de porter la foi dans la Frise et, si Dieu le permettait, d;uis la Saxe.

Elut reii«t'-iix ^^^ Romains appelaient strictement Germanie la portion

>]• la OfMi 1- de territoire qui s'étend entre le cours du Ivliin et celui du

L« Geriiiu f I^î^nube. On lui donnait aussi le nom de Germanie romain .

roœiiiuB. pjie comprenait trois nations : au centre laTlmringe,à l'ouest l'Alemanic, qui occupait les deux rives du Rhin, au sud-est la Bavière, qui débordait de l'autre cAté du Danube. Cette partie orientale, située au-delà du fleuve, avait échappé à linfluence romaine. Le christianisme avait été prêché en Thuringe par le moine irlandais, saint Kilicn, en Alemauie par des disciples de saint CoIomban,dont le plus célèbre fut saint Gall, en Bavière, par des évéqucs francs, tels que saint Emmeran, de Poitiers, et saint Corbinicn,de Chartres. Mais une réaction païenne, provoquée par le voisinage de la Saxe, favorisée par des dissensions et des guerres, avait détruit en grande partie l'œuvre de ces missionnaires. Le christianisme ne subsistai plus dans la Germanie romaine qu'à l'état sporadique, pour ainsi dire, et les églises y étaient dépourvues de toute organisation hiérarchique sérieusement consliluée. Dans la Germanie barbare, c'est-à-dire dans la Frise et dans la Saxe, la situation était plus déplorable. Un apaisement relatif avait permis à saint Willihrod de retourner en Frise pour essayer d'y reconstituer les débris de sa petite chrétienté. La Saxe, par sa situation reculée à l'extrémité septentrionale de la Germanie ev

Le Gfriiiaiiit ti«rbara.

l'église chez les peuples BAnBAr.ES !S7

par ses relations Irequentes avec ica peuples de la presqu'île Scandinave, était restée le pays classique du paganisme.

Boniface n'hésita pas devant le péril. Directement il se j, , . îndit au pays qui avait tenté son premier zèle, en Frise. Il en Frisa. y trouva Willibrod, qui voulut le prendre comme évoque coadjuteur ; mais, soit que cet honneur l'ait effrayé, soit<[u'il ait pensé, pour toute autre raison, que son œuvre était prématurée en Frise, il jugea à propos, le Pape lui ayant donné des pouvoiis pour toute la Germanie, de se retirer, au moins provisoirement, dans la Germanie centrale.

La biographie de saint Boniface, écrite par Willibald, nous p.^^^f.rg „,;,. lonne peu de détails sur cette crémière période de sa mission, ^i"» ''« ««'"t jui s'étend de 719 à 722. Mais sa correspondance nous le Germucw. nontre en butte à deux préoccupations dominantes : lutter contre le paganisme et recruter des collaborateurs. Une précieuse lettre de son vieil évêque. Daniel, de Winchester, que l'apôtre de Germanie consultait dans toutes ses perj^Iexités de conscience, nous informe de la méthode suivie par Boniface dans l'évangélisation des païens. Elle se résume en trois règles : 1° Ne point s'élever violemment contre les erreurs g^ méthode païennes, mais, après avoir laissé les infidèles expliquer libre- apologêiiqu». ment les dogmes de leur religion, leur en montrer tranquillement les contradictions et les lacunes. 2° Opposer à ces dogmes une simple vue d'ensemble de la religion chrétienne, « afin qu'ils demeurent confus plutôt qu'exaspérés ». 3' Veiller à ne prendre jamais le ton de la provocation ou de l'insulte, mais celui de la douceur et de la modération '.

Le recrutement des ouvriers évangéliques dut être difficile. Nous voyons Boniface faire appel à deux indigènes, Dettic et Déoric. Chrétiens par le baptême, mais à moitié idolâtres par la pratique de leur religion, ils mirent au service de Boniface une réelle bonne volonté, que le missionnaire utilisa. Il paraît en avoir fait ses catéchistes.

Tout près de Trêves, l'apôtre bénéficia d'une vocation tout à vocation à» fait providentielle. Ce fut celle d'un jeime prince du sang de la 'n!?!'^'^»^"''*

1. .Von intultan'o aut irritando, ^ed plaoide et magna cum moderatione, Misiiï, P. L., t. IXKXiX, coL 707, 703, 709. Monum. Germ. hist., Epistoloe meroioingici et Karolini œvi, Edit. Dûmm'.er, p. 272.

lîiS IIISTdlRE CÉNÉnALE DE I.'ÉGI.ISn

famille môrovirif^icnne. Les nombreux pMcrinnges entrepris par les chrétiens de la Grande-Bretagne avaient donné lieu à la fondation, sur les grandes routes de la Germanie, de monastères dont la principale charge était de donner l'IiDspitalité aux pieux voyageurs qui se rendaient à Rome ou qui en revenaient. Dans la vallée de la Moselle, une de ces maisons hospitalières avait pour abbesse une fi Ile du roi Dagoljcrt II, Al)dula. Un jour que Boniface s'était arrêté au monastère, il trouva, auprès de la pieuse et noble abbesse, un de ses pelits-fiis, adolescent de 14 à 15 ans. De même que la vue des moines errants de l'Angleterre avait suscité la vocation du jeune Winfrid, la vue cl les entreliens de Boniface touchèrent le cœur du jeune prince franc. « Je veux, dit-il à sa grand'mère, suivre mon père Boniface, devenir son disciple et apprendre de lui l'explication des livres divins. » Comme l'abbesse faisait des objections : « Si tu ne veux pas me donner un cheval, reprit-il, je partirai ;\ pied ». L'insistance de l'enfant l'emporta. Il partit avec Boniface et ne le quitta plus désormais. <i Ils travaillèrent ensemble, dit son biographe, jusqu'au jour où le martyre vint couronner la carrière glorieuse de l'apôtre ' ». L'enfant s'appelait Grégoire : l'Eglise l'honore comme saint. « 11 y a bien des taches de sang cl de boue sur la dynastie mérovingienne, dit M. Godefroid Kurth, mais une page comme celle de la vocation de cet enfant y fait briller le sourire de la grâce divine ' ».

Boniface avait passé trois ans à peine en Germanie, quand le pape le pria de revenir à Rome. Les premiers résultats de son apostolat avaient prouvé au Souverain Pontife que le missionnaire anglo-saxon était prêt à travailler sur un champ plus gpif,,, ^,j. vaste et avec une autorité plus grande. Grégoire II le sacra que daCHiuja ,'.vèque de Germanie, sans siège épiseopal déterminé, commt saint Grégoire le Grand avait fait pour saint Augustin. Boniface prêta le serment des évêques suburbicaires, qui l'établissait dans une subordination directe et toute spéciale avec l'évêque de Rome, et, muni d'un recueil des canons des conciles et de lettres de recommandations pour les princes et les évêques dont il allait traverser les territoires, il se dirigea

1. Monumenla '^ernianiœ hhti-rica. Scriptoret, t. XV, l' par», p. 63. t. G Koara, Suint Boniface, p. 2t>,

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plus avant, vers le nord-est de la région qu'il avait évangélisée, vers la Hesse et la Thuringe, où le paganisme était plus puissant et le désordre des chrétientés plus grave.

sioii ili- .

UlUUlc.

)ette seconde mission, plus importante, plus pénible et plus secoc longue que la précédente, dura de 723 à 74o.

Bonitace comprit, dès son arrivée, que les moyens d'apostolat qu'il avait employés jusqu'ici seraient insuffisants. Deux procédés nouveaux caractérisent cette seconde phase de sa vie apostolique : l'appel à la protection des princes francs et la fondation de monastères.

Arrivé dans la Hesse, à la vue des obstacles humainement insurmontables qui se dressaient devant lui, le nouvel ivêque de Germanie paraît avoir été un moment effrayé par la perspective de son isolement et par la crainte de son impuissance. 11 se demanda si l'intervention du pouvoir séculier ne lui serait pas nécessaire pour corriger les mauvais chrétiens et pour réprimer l'audace des païens. Un des fils naturels de Pépin d'Héristal, le duc Charles, plus tard surnommé Charles Martel, venait de refouler les Saxons jusqu'aux bouches du Wéser. C'est vers lui que le regard de Boniface se tourna. 11 écrivit à son directeur de conscience, le vieil évêque de Winchester, Daniel : « Sans le patronage du prince des Francs, je me sens incapable de gouverner mon peuple ; sans m'abriter sous son commandement et l'ascendant redoutable de son nom, je ne pourrai jamais mettre xm terme aux rites sacrilèges des païens ' ». Le prudent évêque lui répondit (ju'il fallait mettre son espoir au-dessus des princes de la terre, en Dieu seul, et lui rappela les exemples des apôtres, des martyrs et de Notre Seigneur Jésus-Christ lui-même '.

Boniface ne tarda pas à comprendre combien le conseil était gaint Boii,sagc. C'est avec raison qu'on vi.jt dans Charles Martel le ^^'^m^'V^""*" chaai4/ioa armé de la cause chrétienne, et peut-être mérite-t-il

\. U. G. H., E, isliAe tnrr ri Kur. nevi, 1. 329. 2. H. G. H., Jbid., 1, 3^-3aj.

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1. noin de sauvenrdo l'Église de France tl de Germanie: que Mirait-il advenu s'il n'avait arrèlé l'invasion d(î l'islamisme au midi et les incursi»as des pa'iens au nord? Mais ce qui n'est pas moins avéré que ses services, c'est sa mainmise brutale sur !ss biens et sur les personnes d'cglisc, c'est l'influence corruptrice de sa cour sur les prélats et sur les prélres qu'il y attirait. Boniface ne larda pas à s'en rendre compte par lui-même. Keçu il la cour du prince, il fut épouvante des Iil3res propos et des scandales de toutes sortes dont il était le témoin. Dans une lettre à Daniel, il se demande s'il lui est permis de remettre les pieds en ce mauvais îieu '. Son pieux conseiller le mit en garde contre ce second excès '. Dans la mesure discrète où elle fut sollicitée ou acceptée par Doniface, la protection de Charles Martel fut utile à l'Egiise. Un ancien évéque du pays, qui n'avait rien fait avant l'arrivée du nouveau missionnaire, cherchait maintenant à profiter de ses travaux et lui disputait sa juridiction : Charles Martel mit son autorité au service du droit et fit triompher Boniface '. Ce fut aussi grâce au prestige que lui donnait le patronage de Charles Martel que le saint put, dès le début de sa mission dans la Hesse, frapper un

(ifbaHrilf I. grand coup, faire abattre un arbre sacré, cher aux païens, le chêne de Geismar. Lui et ses compagnons auraient peut-être payé cher leur audace, sans le sauf-conduit du maire d'Austrasie, qui fit trembler le.s païens '.

Jamais d'ailleurs le sain!, mi.-.sionnaire ne voulut cniploj-er la force du prince franc pour déterminer les conversions. Son

FoDdation du procédé habituel fut la fondation pacifique de monastères, dont les religieux défrichaient les terres, ouvraient des écoles, assistaient les pauvres, les malades et les voyageurs, donnaient du travail aux habitants des environs. Peu à peu la population se groupait d'elle-même autour du couvent. Un village, une ville étaient fondés.

Tel fut le plan d'évangélisation poursuivi par Boniface au cours de sa seconde mission. Mais pour le réaliser il lui fallait tin personnel nombreux de collaborateurs. Il le demanda à

i. P. /... l. L.\.\XI.\. col. 700, 701, 702. M. (1 11., Epi.M. DCmuiler, I, 3^9.

t. P. L., t. L.X.XXl.X. col 703 ot s. .M. G. 11., Ki.ist. 1, 3J1, 332.

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