‹ Histoire générale de l'Église (volume 5)Chapitre 15 sur 278 · C.jhise eut besoin de toute son énerg'ie pour combattre ce · texte numérisé non relu

C.jhise eut besoin de toute son énerg'ie pour combattre ce

grave danger, qui n'aurait abouti à rien moins qu'à altérer la

j.ureté de la doctrine et de la morale chrétiennes.

Celle étrange aberration du patriotisme et de l'esprit traditionnel se manifesta particuliCrement à l'occasion des Luper. c:iles.

Oritfine dfl* D'ajiri-s une ancienne coutume, établie en l'honneur du dieu Lupercïiet. pgjj^ destructeur des loups, ou peut-5tre en mémoire de li louve lég^endaire qui aurait allaité R.iinulus, le lo des calendes de mars (15 février), des bandes de jeunes jrcns à moitié nus, il la façon antique, parcouraient la ville pour en chasser le mal, comme on chasse les loups. Ces lupcrci, comme on les appelait, fra;ipaicat les femmes avec des lanières sancliliécs, au milieu de toutes sortes de licences '. Une ordonnance pontificale avait prescrit la suppression de ces fêles. Or, sous le pontifical de Gélase, une épidémie, qui fondit sur la ville, fut attribuée à la suppression des Lupercales. Un groujie de chrétiens, ayant h sa tête le sénateur Andiomaque, voulut réiablir

1. C'est ce que semble indiquer une lellrn de Gélaiie h lévtqxic de Lyon Kujticus. lAtrl, I 0» 6^i

2. J*rti, li-'pi"t<i. II» 6ï9, d'apr63 une lellro déc-ouverle roOKinnirnl an Mus'e britiinuiiitie

3 MoHviiii r.l MAaactRDT, Manwï des imtituliont romaines, tome Xdl, p. I7S 183. ll<ntMDERC et SiOLio D'c'ionnaire de» antiquiVs g ecques €t rotvainei, na mot t.up'rca es. \.tf In'iières pnrKculric'S B'R|i|ipl»ienl des feb u<n Utt Ml le mol f butrt pour dire puriiier Le moi( de tAvriiT. Februar-us, élAit le mois de la puriIi''«lion.

IL fi'.- I>h. l'Avs Dii^ CE M M!. 31

l'antique et licencieuse cérémonie. Le mémoire de cescliréLiens avait dû être liautain jusqu'à l'insolence, si nous enjugpous par la vive réponse de G''lase. Ces partisans du paganisme cl de la tradition allaient jusqu'à formuler contre le Pape des accusations de faiblesse, de lâcheté et m^me d'hérésie. Une loni:^ue letlre de Gélase au sénateur Andromaque et à ses ])arli.sans nous révèle la profondeur du mal, en même temps qu'il nous renseigne sur les difficultés que rencontrait l'action de l'Eglise dans les classes supérieures de la société à celte époque.

Le Souverain Pontife commence par s'élever avec énergie conlre cette classe de gens « qui accusent avant de savoir », gi^o paràauit qui « veulent enseigner ce qu'ils n'ont pas appris », qui, «sans f"*'»««. aucune enquête sur les causes et les raisons d'une manière d'^gii-, s'empressent de la critiquer, ne cherchant qu'à dire des injures à propos de ciioses qu'ils ignorent '». «Eh quoi, s'écrie le Pape, c'est vous qui nous accusez d'être mous et lâches dans la censure des vices de l'Eglise ' ! Mais vous, qu'êtes-vous donc? En réalité vous n'êtes ni chrétiens, ni païens, mais plutôt des gens sans foi et sans mœurs '. »

L'écrit se termine par ime défense absolue et très énergique faite à tout chrétien de participer aux Lupercales.

La dernière page du document est du plus grand intérêt

historique, en ce qu'elle nous révèle que cette interdiction

d'une fête païenne ne lut qu'un épisode d'ime lutte sans trêve,

que les Souverains Pontifes durent soutenir pour purifier peu

, , . . . . ^ ^ Altitude p<n*-

h peu les mœurs chrotiennes des superstitions antiques. « Vous raie des p.i(,«4

me dites, s'écrie Gclase, que cela s'est toujours fait depuis des j' ruiersresi"!

siècles et que dans ces conditions on ne per- le supprimer '. — ^'^^ «aperaii-

Plélas ! répond-il en substance, je ne le sais que trop. On a piianns».

souffert bien autre chose parmi les chrétiens ! on y a souffert

même des sacrifices ! Chacun de mes prédécesseurs, peu à peu,

suivant sa sagesse ou suivant son courage, a éliminé les maux

1. Qui, studio cacologiœ, quœ rifsciunt arguentes. P. L., t> Lia» col. 111.

2. Qui nos arguunt signes esse censores in riliis ICcclesiœ ccercendit (col. M!).

3. riici'e ncbis nec christiani, nec pagani, ubique perfidi, tivxgnam fideUn, uhiq^xr. corruptt\ iiusguam integri ,coI. 110,.

A. tied dicitis tôt sieciilis rem gestam non oporlere secludi. P. L. t. LIX. col 116.

32 HISTOIRE GtNtnAI.E DE l'ÉGLISE

les plus daii^LM-iix. Ont-ils hien fail? oul-ils mal fait? Die est leur juge. Moi, qui ne [suis responsable (jue de ma propre conduite, je réprouve et condanme vos Lupercales païennes '. » Une ancienne tradition attribue au Pape Gélase la fondation de la fête de la Purification de Marie, laquelle, avec sa processiofi de cierges, aurait été instituée pour abolir plus efficacement la Or Biut de i,i procession des Lupercales. Mais la fête de la Purification exislariDrnii.io tait déjà en Orient à la fin du iv' siècle, puisque la pèlerine ' \îrrgr"'' Oetlieria (Silvia) en fut témoin à Jérusalem en 383-386 • et elle y était célébrée le 15 février. On n'en trouve pas, il est vrai, la mention à Rome avant le vn« siècle. Peut-être son introduction en Occident remonte-t-elle à saint Gélase. En tout cas, l'identité de date entre la fête de la purification païenne et la fête de la Purification chrétienne est frappante et peut laisser supposer un lien entre les deux '.

Si le pape Gélase n'institua pas la fête de la Purification, il s'occupa du moins, très activement, de préciser les règles de la liturgie, et d'enrichir le formulaire de la messe de nouvelles oraisons et de nouvelles préfaces.

C'était un moyen indirect, mais très eflicace, de combattre les derniers restes des superstitions païennes. C'était aussi un moyen de sauvegarder la pureté du dogme, la loi de la

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