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HISTOIRE GCNËHALR DB L'Ëf.LISE
perspicacilû semble avoir vu plus loin pncoie. Comm* \l linluition du rôle prépondérant que la I'ap;ii;U; uer dans l'organisation du Moyen Age, Swalopluck •< nettre son empire sous la dépendance immédiate du Sa.rt-Sii'ge, soustravant ainsi son Etat à la domination éventuelle de toute autre biuoraineté. L histoire doit reteuir le nom du monarque slave qui fut le premier des princes chrétiens à placer son peuple sous la vassali^ directe du Pontife romain. On sait, du reste, que cet acte ne put avoir que la portée d'un grand exemple. L'empire morave ne survécut pas au grand Swatopluck.La Moravie, attaquée l'einnée même de sa mort, en 89 i, par les troupes impériales à l'ouest et par les hordes hongroises à l'est, déchirée à l'intérieur par les rivalités des deux fils du roi défunt, Moïniir 11 et Swalopluck II, devint peu de temps après la proie de la Hongrie et de la Bohême.
A la veille même de cette catastrophe nationale, l'œuvre du saint évêque venait d'être frappée d'un malheur plus grand encore, scmble-t-il, parce qu'il parut atteindre l'avenir religieux de la race slave tout entière. Et c'est par suita d'un incident des plus vulgaires que le résultat de tant d'eiïorts allait sombrer I
Le parti allemand n'avait pas désarmé. Dans son acharr<onT»lIoj [ler- , ,, ..... , i i
•écniiotK c.in- nement à exclure 1 emploi liturgique de la langue slavonne, un
re t 0 e. jjjjjgj^g prélat, d'origine allemande, Wiching, arrivé par l'intrigue à. l'évêché de Passau, ne recula pas devant un faux. Par
Supercherie '^^^ manœuvres qu'il serait trop long de raconter ', Wiching 4a Wiching. était parvenu à substituer à la lettre authentique de Jean Vlll vme fausse lettre, laquelle proscrivait absolument la liturgie slavonne, ordc::nait le retour à tous les rites et usages d« l'Église latine, soustrayait Wiching à la juridiction de Méthod* et le chargeait de faire exécuter les lettres pontificales en Moravie. L'imposture eut d'abord un plein succès. Swatopluck, habilement circonvenu par Wiching, tomba dans le piège. C« fut pour Méthode le commencement d'ime série d'humiliations, d'angoisses, de tribulations, qu'une nouvelle lettre de Jean VIII, trop vague, mal comprise, mal interprétée, ne parvint pas à
1 Voir le d(''tall d&af l'ouvrage da R. P. LuLrâiei, L'Europ* et li Sainu Siège, p 436 el Buir.
L ÉGLISE CI1E2 LES PELTI.RS HAIItARES 27!
dissiper définitivement. En 8So, l'onôtre de 'a Moravie rendit ^'^''^ ^* ** ' son âme à Dieu, craignant les pires catastrophes pour son œuvro. Eq effet, un an plus tard, le pape Etienne V, trompé à soa tsnr par Wicliing, qui avait obtenu la succession de Méthode, proscrivait iormellement la liturgie slave en S appuyant sur la fausse lettre de Jean Vlli. Pendant quatre siècles, les Papes, victimes de la même erreur, continuèrent à interdire l'emploi de la langue nationale dans la liturgie slave. Ils ne revinrent partiellement sur leurs prohibiLions qu'à partir du xni* siècle, lorsque le Registre des lettres de Jean VIll, revenu du Mont-Cassin à la bibliothèque pontificale, leur eut permis de constater la criminelle supercherie de Wiching.
L'œuvre des apôtres de la Moravie avait été. malffrci tout. Fécondité de
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extraordinairement féconde. L historien russe Hillerding a pu saiut Cyril!?
dire que nul héros de sa race n'a plus fait que Cyrille et Mé- '^ ibadt^ thode pour l'avenir des peuples slaves. Ils ont fixé la langue que parlent aujourd'hui des millions d'hommes. Leur action civilisatrice s'est également étendue sur la race tout entière ; ils l'ont exercée à un moment où, la distinction des divers peuples n'étant pas encore bien marquée, levu" influence a pu facilement se faire sentir dans toute la grande famille slave. L'histoire de l'Eglise doit constater qa» presque tous les chrétiens qui, dans le monde slave, se rattachent à 1 Eglise romaine, remontent, d'une manière directe ouindirecte, à l'Eglise de Moravie. La Bohême, dont saint Méthode avait converti le duc Borcivoj, beau-frère de Swatopluck, la Pologne, qui reçut des Moraves fugitifs, après la chute de leur patrie, les premiers rudiments de la foi, et la Hongrie, chez c[ui l'inflaence des missionnaires bohémiens et polonais fut pitpondérante, durent à ces origines latines d'échapper à l'iniiuence byzantine qœ devait entraîner les autres nations slaves dans le schisme greo.
Au début du x' siècle, tandis que la Moravie disparaissait tt Kuala.
de la carte politique de l'Europe, partagée entre les Bohémiens
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8m originel, et les Hongrois, plus au nord et plus à l'est, an milieu d'une vaste plaine qui cumnicnvait à s'appeler le pays de la Rotis ou la Russie, un nouveau centre de puissance slave se fondait. L'entreprenant conquérant OIeg, fils de Rourik, ayant ]>ris d'assaut la ville de Kiew, sur le Dnieper, avait dit: « Cette La tribu dei ville sera la mère des villes russes ' ». Celui qui parlait ainsi était un Scandinave, de la tribu des \'arègues. Mais la natio» dont il fixait la capitale était bien une nation slave. Il semblait dans la destinée de cette race de ne trouver l'organisation e1 l'unité que par des hommes de race étrangère. Qui avait (ait l'unilé des Slaves dans la presqu'île des Balkans sinon Ib Bulgare Boris, et l'empire de Moravie sinon les Macédoniens Cyrif.e et Méthode? Le père d'Oleg, le Varègue Rourik, avait fait à son tour la Russie. Plus grand besoin avait cette nation d'un clément étranger et dominateur, s'il est vrai, comme on l'a dit, que la plaine vaste et nue qu'il habitait, ajoutant son influence à celle de la race, avait incliné l'imagination de ce peuple « à des rêves vagues et vides comme elle-même, plutôt qu'à des conceplions puissantes et à de vivantes images ' ». Les Varègues étaient pa'iens comme les Slaves. En se mêlant, la tribu dirigeante et la vaste nation fondirent leurs Sllosiion reli- cultes. ïhor, le dieu Scandinave, devint identique au dieu "h"* ie'^au * slave, Péroun. Le christianisme s'y était cependant propagé I» tiède, dès le début parmi le peuple. Quand, sous le successeur d'Oleg, Igor, les Russes conclurent un traité avec l'empereui d'Orient, « les uns se rendirent sur la colline de Péroun et jurèrent à la manière antique ; les autres allèrent à la chapelle de Saint-Elie et mirent la main sur l'Evangile • ». Mais le« chefs étaient réfractaires à la doctrine chrétienne. « Quand un des guerriers du grand Prince voulait se convertir, dit le vieux chroniqueur russe, Nestor, on ne l'en empêchait pas, Cobreriion de '«^is on se moquait de lui. » La veuve d'Igor, Olga, reçut ** "'^'■"•'" pourtant le baptême à Conslaalinople en 955, mais son influence ne paraît avoir déterminé aucun mouvement de conversion parmi les grands.
1. A. RAVBtrD, IJittoire de la Ruitie. p. 45. La Root était le nom d'an* banrte de Varètsues qui avait péaitré en Hnssie vers 862, appolùe, dit ou, pat les Slaves.
2. A. Fouiuia. Rsquitte jttycholoqique du ftupltt européens, p. SSfl.