Lia. Pontif, II
Hi«t. c*a '" '^ II'»
322 HISTOIRE CGseBALE DE L ËGLISE
des gens armés, postés en embuscade, se précipitent sur le Souverain Pontife. Le cortège du Pape, pris d'épouvante, OJieuê* atti- sans armes pour se défendre, se disperse. Le Souverain Poncier et (fu 'sa- life est renversé. On voit alors deux liommes sortir du cortège ceUaire. pontifical et se placer l'un à sa tite, l'autre à ses pieds. Ces deux hommes, de connivence avec la bande des agresseurs, étaient le primicier du palais pontifical, Pascal, neveu du Pape précédent ', et le saccllaire Campnlus. Les deux traîtres s'étaient joints à la suite du Pontife, l'abordant avec des paroles aimables. C'étaient eux qui avaient donné le signal aux conjurés, d'après une entente préalable.
Ce fut alors une scène horrible. Sous l'œil du sacellaire et du primicier, qui président à l'attentat, des bandits essayent de crever les yeux à Léon III et de lin arracher la langue, tandis que d'autres l'accablent de coups et le dépouillent de ses vêtements. Puis ils l'abandonnent au milieu de la rue, croyant l'avoir rendu aveugle et muet. Pascal et Campulus reviennent ensuite à la charge. Ils traînent le Pontife dans le monastère et l;^, devant l'autel, ils tentent, encore une fois, de lui arracher la langue et de lui crever les yeux. Puis, de crainte que des nmis du Pape ne viennent l'enlever, ils le font transporter secrètement, la nuit venue, au monastère (?2> Saint-Érasme.
Les traîtres s'étaient trompés. Le Pape n'avait perdu ni L
vue ni la parole ; ou du moins il les recou^•^a *. 11 put même,
pendant la nuit, grâce à l'aide d'un chambellan fidèle,
s'échapper de l'étroite prison où on l'avait enfermé et se
rendre ù Saint-Pierre, où il trouva un missus franc de Charle-
lÂoù ni re- magne. Accompagné de ce missus et de quelques fidèles, il
wtgDt'^k'^^p'a.. eut encore la force d'aller rejoindre le roi des Francs à Pa'
derborn. derborn. Charles lui fit l'acctieil le plus bienveillant et Ivu
promit de lui faire rendre justice.
1. La qualité de Derea d'Hadrien est dooDée à Pascal par nne lettr d'Hadrien lui mAme. Jirri, I, 2424.
2 D'après le martyrologe, Baint Léon IIl anralt rpconTr* la vne et la parole par miracle. Dans le sermon qu'il prononça à Saint-l'ierre le 2d décembre 800, saint Léon 111 s'exprime ainsi : auditum et dirulgatum eJi per muUa loca, qualiUr homines tnali advertus me inturrero-uni (( drbilitare voluerunt. ik?fi. Mon. Carolina, 378. Les conlcmporalo:' unt i<lù partagés sur le cnractère miraculeux de lu giu'rison de Léon Ul, Voir le P. Lirûna, Vliurope «( It Haint-Siége, p. Zli-'Zli.
LE SAINT EMPILL l'.OJiAlN 32.1
Cependant les conjurds, irrités de l'échec de leur attentai, pillaient et incendiaient les propriétés pontificales. Soudain leur tactique changea. D'émeutiers ils se transformèrent en accusateurs. Il est difficile de ^'oi^ clair dans les accusations que A •'•ii'>ti(.n Pascal et Canipulus portèrent devant Charlemagne conlre '"'l'é c^tiè. '^ Léon III. On attaquait vaguement les mœurs du Pape et sa sincérité. L'occasion se présentait au roi des Francs d'exercer sa mission de patrice. 11 fit conduire le Pape à Rome sous bonne escorte et avec grand honneur, et ordonna de procéder à une enquête en attendant son arrivée. L'affaire traînait en Arrivas» ris longueur depuis des mois, quand, le 29 novembre de l'an 800, ^''^ ftj||,e "* le roi Charles en personne arriva à Rome. 11 commença par rendre ses hommages au Souverain Pontife, puis demanda aux évêques préseii-s, aux abbés, à la noblesse romaine et à la noblesse franque de se réunir dans l'église de Saint-Pierre en assemblée publique. Invités à formuler et à prouver leurs accusations contre le Souverain Pontife, les accusateurs se tujent. L'assemblée elle-même n'osait prendre une décision en quelque sens que ce fût, déclarant, comme l'avait fait un autre concile trois siècles auparavant dans une affaire semblable, « que le Siège apostolique a le droit de juger tout le monde, mais qu'il ne peut être jugé par personne ' ». Un noble mou- 5'p*^'t'ê('''eè vement du Pontife romain mit fin au procès. Léon III se leva refu-e i; juet dit : « Je veux suivre les traces de mes prédécesseurs. Je qui>edi-culp8 suis prêt à me justifier par xm serment ». Le lendemain, de- ''" ^^f"^"^'vant tout le peuple, le Pape déclara solennellement, du haut de l'ambon de Saint-Pierre, que, librement et spontanément, sans y être forcé par aucune loi ni coutume, et sans rien préjuger pour l'avenir, il jurait, les mains sur les saints Evangiles, être innocent des crimes dont on l'avait chargé. « Alors, dit le biographe de Léon III, tous les archevêques, évêques et abbés, et tous les clercs chantèrent ime litanie et louèrent Dieu, et Notre-Dame Marie toujours Vierge, et le bienheureax Pierre prince des apôtres, et tous les saints du paradis '. »
11 était bien évident que dans cette aifaire l'intervention de Charlemagne avait été décisive. Elle seule avait réussi à ré-
1. Ab ipsa Série not omnes judicamur : ipsa autem a nemine judieatur, juem'rlinodum et antiquitus mot fuit. Lib. Pontif., li, 7.