‹ Histoire générale de l'Église (volume 5)Chapitre 178 sur 278 · Li'j. Pontif.. U · texte numérisé non relu

Li'j. Pontif.. U

324 IlISTOinE GÉNÉnALE DE L'tGl.lSB

primer l'audace des calomniateurs. Le protecteur puissant et impartial dont Rome avait besoin venait de se mon-trcr à la hauteur des espérances (jue le Pape et le peuple romain avaient mises en lui.

■bdÎ dVo.'Î.V l^eux jours plus tard, le roi des Francs et le Souverain Pon- UmagiiH 25 tife se retrouvaient dans la même basilique de Saint-Pierre

scceuibie '

800). pour célébrer les l'êtes de Noël. Ils étaient entourés de l'élite des seigneurs francs et des seigneurs romains, au milieu d'une foule immense de peuple. Comme Charles, aprùs s'être prosterné devant la confession de saint Pierre, se tenait debout, incliné j)our faire sa prière, le Pape posa sur sa tête une couronne précieuse ; et la foule, prévenue, d'une voix unanime s'écria : « A Charles, Auguste, couronné par Dieu, grand et pacifique empereur des Romains, vie et victoire ' ! »

Cette fête de NoCil de l'an 800, qui terminait le vin* siècle,

1. Le récit de ce grand événement est donné par tontes les chrontqnes da l'époque. A peine reinarquo-t on entre elles quelques nuances dans le récit. La source romaine, io Liber PoniificaUi, fait re-sortir surtout l'inlllutire du l'ape (Lib. )'ontif., 11, 7). Les sources franques (Annale* de Lorsch, dé Moi-^sac) font reiuiirqncr que Cliarlemagne fut couronné comme successeur li'gilime de l'empire romain, et que le Pape l'acfora, o'esth-dire lui rendit lliouimago dû à un souverain tllist. des Gaules, V, 78-79). Le récit dL^inliaid insiste sur l'acclamation du peuple romain. Le lettré qu'élaît Ëgmliard semble prendre plaisir à voir la vieille Rome acclamer l'empire nouveau. Ce serait forcer peut-être l'interprétation do ces ilivcit Ivxlea qne d'y voir, même à l'état do tondanca, la manifestation des doctriuos qui ont plus tard divisé le Moyen Age : la doctrine romaine de saint Oréjioire VU, la doctrine impériale d'Henri IV, la doctriuo démocratique do llicnzi. Mais il n'est pas sans intérêt de remarquer ces divergences significatives.

Qu('Ique.t auteurs ont soutenu que le rétablissement do l'empire a été l'œuvre de la politique de Léon III, que celui-ci s'est b&té de poser la coaronnc sur la télé de Cbarlemagiio pour bieu marquer sa suprématie et la dépendance du roi des Francs. On a même parlé do « cérémonie improvisée pour des motifs personnels par Léon III, au milieu de quelques figurants francs et surtout romains stylés par le Pape • ^Ue^^le Le Moyeu Age, janvier 1904, p. 5t)). Ainsi s'expliquerait le passage d'Kginhard, disant que si Cbarlcmagne avait su qu'il serait couronné, il ne serait pas entré dans l'église illist. dci Gaules, V, 100|. Mais cette interprétation est invraisemblable. Le raraclèrn de saint Léon II! et do Chorlemagne la démentent. Au surpins, Égiulmrd et Paul Diacre font allusion ii des négociations préliminaires. Le regret do Charlemagne, dont parle Kginbnrd, s'il n'est pas une simple formule d'Iiumilité, peut s'expliquer par le désir qu'avait eu le roi des l'rancs <Ip renvoyer la ciiri'monie à une date postérieure, pour attendre la fin des négociations diplomatiques qu'il entretenait en ce moment avec la Cour d'Orient. L'empressement de saint Léon III s'expliquerait par le désir d'éviter le renoih» tellement de scènes pareilles & celles de WJ.

Dans un courant d'idées lont opposé. M. Sickel a émis l'opinion qn« Char- Icmagne aurait été appelé h l'empire par une élection du peuple romain. M. \\ ilhem Ohr a combattu victoriensement cette légende. La leggendaria tUtiont di Carlo Magno imperatore, Iloma, 1903.

n'ouvrait pas seiilement un siècle nouveau ' ; elle commençait une ere nouvelle dans l'histoire de l'Eglise et du monde.

Le KÂint es- Le saint empire romain germanique était fondé. pire romaia

Pesons ces quatre mots ; ils résument toute l'organisation politique du Moyen Age. La nouvelle puissance a quelque chose de saint, de sacré. C'est un Pape qui la confère par le sacre. Cette institution du sacre est destinée d'ailleurs à se développer. Parvenue à sa forme définitive, elle deviendra l'expression et la garantie d'une harmonie sociale, où les droits de l'Église et les droits du peuple se concilieront avec le besoin impérieux de l'unité et de l'autorité *.

... En qnol (a L'empire de Charlemagne est également saant par la mis- nouvelle insti.

sion qu'il se donne de protéger les choses saintes. Cette idée ê're'app^ei^i fait le fond du grand discours adressé par l'empereur en saiaie ou «•- 802 à l'assemblée d'Aix-la-Chapelle '.

En second lieu, la puissance créée le 25 décembre 800 est un véritable empire, c'est-à-dire un pouvoir universel. Il est certain que Léon 111 n a pas entendu instituer un empereur droit, no vé». d'Occident, mais un empereur de la Chrétienté * ; et Charle- '^unÎTerâaî!* magne paraît bien avoir voulu, au rebours de ce qu'avait fait

Page 1