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CHAPITRE III

CHARLEMAGNE ET l'ÉGUSE

Cliarlemagne a défini lui-même sa mission envers l'Église. Mi?<iioo da « Mon rôle, écrivait-il au pape Léon 111, c'est, avec le secours CHiariemagne. de la bonté divine, de défendre la sainte Eglise du Christ contre les attaques des infidèles au dehors, et de la soutenir au dedans par la profession de la foi catholique '. » Cette phrase pourrait servir d'épigraphe à son règne.

Au dehors. Charlemagne a donné à l'Éorlise la sécurité ^. . ,

territoriale, politique et sociale, dont elle avait besoin pour chrétien à IV

remplir sa mission divine. Quand il monta sur le trône, on ch^rlemasne.

peut dire que, malgré les efforts persévérants de Pépin le ^"'^^"/j'g ***

Bref, le désordre et l'insécurité étaient partout. Les pirateries

. ■ 1 r' 1 r ■ Iniioisioui' dei

des Normands et les mcur.sions des Saxons sur les frontières .N,.rnmnci,i,

du nord, les mouvements incessants des peuples slaves et jg, s\^vHa'

mongols du côté de l'est, les invasions sarrazines sur les côtes ^*' MouroU et o ' cet sarraziat.

méridionales, mettaient à chaque instant en péril l'existence de quelque chrétienté. Les admirables campagnes de Charlemagne, couronnées par l'établissement de marches militaires

1. Noftrum ett, secundum auxilium divinœ pietaft, tavcmm v^iqm Chritti Er.clesiam ab incursu paganoruni et ab iiifidelium il fva.'.tv tinnt ariiiLi dt/'^nâeie forit, 't iiHus cal/iolicx fidei agniliuue niunire. M. G. U., Epiitolœ Karolini œvi t. II, p. 93.

330 niSTOIRE GÉSÉIULE DE l'ÊGLISE

le long des frontières, rassurèrent bientôt l'Europe contre ce* '"'l'iU u* P"" dangers. Mais les ferments d'anarchie, qui persistaient dans

les institutions politiques et sociales, créaient d'autres obstacles Le» droit» de j^ j^ vie chrétienne '. Le pouvoir des rois était mal défini ; en

la rovaute,aeft ^ * '

««semblées principe, rien ne le limitait '. Il est vrai que celui des assem-

dtt »njei« sont blées, des seigneurs et des simples sujets n'était pas plus dém& DIS. ^grniiné '. Le vieil esprit individualiste des peuples germains

lné(ialit*8 f«- suscitait fréquemment des cabales et des révoltes. Des inégalités sociales, où la vieille distinction du romanus homo et du /rancus homo ' se compliquait avec les titres et distinctions créés par la féodalité naissante •, xin enchevêtrement inextri-

1. Cest an fait démontri anjonrd'hat que leB Int-tltottoni de ITarope as Tiii" siècle ont été comme un cliaoa de tons les éli'ments dont le' sociétés futures allaient se former. Ce qui le prouve, obscr\'nit déjà judicienscment

• Gnizot IJist. cU la Civil, en Europe, p. 76), c'est précisément le débat qui s'élève entre les historiens snr la question de savoir qnel système d'organisation dominait à cette époque. Le débat que signalait M. Guizot au milien da siècle dernier s'est poursuivi jusqu'il nos jours et a divisé des savant» tels que Waitz, Fustel de Coulanges, Esmcin, Viollet, lesquels apportent chacun des textes authentiques en faveur de leurs opinions. One conclure, sinon que les éléments dont on parle coexistaient dans un équilibre instable et changeaut, difficile à saifir, impossible ù définir } C'était sans doute la fermentation du régime féodnl. des institutions monarchiques et des franchises communales, omal^mées avec le droit romain en décadence et le droit franc en formation.

2. Sous les Mérovingiens la royauté n'a pas encore de caractère fixe. On a pu soutenir qu'elle était héréditaire iFustel de Conlanpes) et qu'elle était élective (Wilhcm Sickel). La vérité parait être qu'il n'y avait rien de bien arrêté. M. Adrien Lucbaire résume, semble t-il, exactement les résultats des derniers travaux de Fustel, de Sickel, de Waitz. de Flach, en écrivant : • Rien de moins déterminé et do plus flottant, pendant la période des origines, que les rapports de la royauté et de la féodalité au point de vue de l'élection du prince «. Les institutiom tnonarchigue* d« VAncienn» Franoé, I, 60, 61.

3. Ozanam a soutenu que l'autorité des champs de mars on de mal était réelle. Kusiel de Coulanges a [irétendu qu'elle était fictive, t"»t ta reconnaiieant que, lorsque le roi proposait une loi k son peuple assem. blé, « il ne se pouvait qu'il n'entendit ses vœux... Une sorte de voit tacite et inconscient te produisait au fond de celte foule... Il fallait compter avec cet hommet. » Institutions politiques de l'ancienne France, I, p. 487. Revue de< Deux:\fondes, \" janvier 1.S76, p. 139. Il est possible d'ailleurs que le droit public ait varié. Ces champs de mars ont pu n'être parfois que de simples revues, comme le vent Fostel. D'autres fois ils ont pu légiférer réellement.

4. Cette distinction dn franc et du romain • soulevé des controversct (Fusm D» Cocunoïs, op. eti , p. 548, 609). Peutt'tre faut 11 admettre avec U Paul Konniier, que les expressions de francut et de romanus homo ont (U nn sens différent suivant les époqnes. Bref beaucoup d'inconsistance parait avoir existé sur ce point comme sur bien d'aulres.

5 I.a cllenlèle romaine (clienlela. fiiielitas, defeusiri) se combine nvee U maimbourg germanique (Mundoburg). On dislingue, au dessous des marquis OU margraves, des comtes et des ducs, des liouinies libres, des lendes, des

LE SAlîTi- EMPIRE ROMAIN

cable dans les droits de propriété ', le chaos des lois et des coutumes : autant de nouvelles entraves à l'action de l'Eglise. Heureux encore quand les pouvoirs publics n'abusaient pas Empiitementi de 'eur puissance pour mettre le trouble dans sa hiérarchie *. pub^icsTù"

U. dairvoyant et ferme génie de Charlemagne sut bientôt ^"i4gl||e.'^' démêler tous ces maux, dont souffrait la société chrétienne et y apporter les remèdes convenables.

Un de ses premiers actes, après son élévation à la dignité charlemsgn» impériale, fut de demander à tous ses sujets un nouveau ser- touTlea sujets ment de fidélité, non plus en qualité de roi, mais en qualité de jg^^j^jf 'j^ g° César, comme il s'exprimait. Il expliqua lui-même que ce délité. nouveau serment impliquait des devoirs plus étendus que c«jserment de ceux qu'on avait pu lui prêter auparavant : ce qu'on doit lui i|j'i'^''*!j ^Y^P\ promettre, c'est, dit-il, avant tout, de vivre en bon chrétien '. raccoin plisse- Charlemagne qui, depuis longtemps, faisait ses lectures pré- voirs de la vie férées dans la Cité de Dieu de saint Augustin et qui avait chrétienne. trouvé là l'idéal de son empire, pensait que la meilleure garantie d'un loyal et fidèle service envers son roi et son pays était un loyal et fidèle service envers son Dieu. On le vit ci,arlpma''ne

toujours faire passer la réforme des mœurs avant la réforme lui-mt^me fait

, . . . entrer l'esprit

des lois. Jfême lorsqu'il eut à réprimer une aristocratie re- chrtHien dans

muante ou révoltée, il essaya, siiivant les paroles d'xin con- '°" me^nt!"^"^'

aUranchis et des esclaves. Mais on constate que ces classes ne lont pas Ilxei, ijue les hommes passent facilement de l'une à l'autre et que les relations de l'nne h l'autre sont mal définies.

1. On trouve h cette époque trois types de propriétés : 1° la propriété collective d'origiue germanique ; mais elle est de plus en plus précaire au temp» i.'e Charlemagne, jusqu'à ne plus constituer, suivant les expressions de M. Esmein « que des sortes d'ilôts perdus au mlUeu d'un pays constitué à la romaine ». Hist. du droit français. 90, 91 ; 3° la propriété indiviilnello indépendante, d'origine romaine : ce sera Valleu, le franc-alleu, (pii se perpétuera à travers la société féodale comme une anomalie, une exreplion à la règle : nulle terre sans seigneur ; 3» la propriété dépendante on féodale.

2. < L'Eglise, dit Kurth, avait trop de richesseg et d'influence pour ne pas Inspirer anx rois de la jalousie... Ils étaient alarmés de la prodigieuse croissance de l'Eglise. Il leur était impossible de la restreindre, c'eût été résister \ la tendance universelle de la société... C» qui était plus facile, ou du moins ^Ins tentant, c était de la mettre sous leur tutelle. Ce fut là la politique des i-ois méroA-ingiens, et l'Eglise ne courut pas de plus grand danger, durant cette période, que de devenir le jouet et l'instrumeot de leur despotisme. » Ltt origine; de la dvilitation moderne, II, 144-145

3. Primum u.1 unuiquisque et persona propria se in sancto Dei servitio, teeundum Jjei prxceptum et*ecundum sponsionem suam, pleniler oonttr rare sludeat. Monum. Germ. llist., Capitularia, éd. Boekiio», p. 92.

832 HISTOIRE GÉNÉRALE DE I,'Ér,I,ISE

temporain, de dompter les coeurs farouches par une terreur llfTmblin "^''"'"'''c '• t-emp6rt'-Q de cliarit.'- chrétienne. 1! rendit phis fré-

iidiioiioie» quenles les assemblées nationales, auxfiuelles il convoqua le plu» frèquen- , . , „ ' ...

tes. peuple entier '. Ce oonlof t avec la nation fut un des princi-

paux moyens de goxivernement employés par Charlemaj^ne. Il «« met en C'est Ih nui) lAlail l'opinion, nu'il se rendait compte de l'état ta peuple, d esprit de son peuj)lc. « On le voyait, raconte son cousin Adalard, circuler de groupe en groupe, s'égayant avec la jeunesse, s'associant aux regrets des vieillards, parlant h tous

Il limite II» avec une extrême aiïabilité • ». « 11 n'existait aucune loi. dit pouvoir.') «le la ^ j ... -,

rojaui*. Godefroid Kurlh, qui fixât les limites du pouvoir, mais le

pouvoir s'en fixa à lui-même qu'il sut respecter. Charlemagne ne voulut agir en toute chose qu'avec le consentement du peuple... Dans sa pen.sée, la loi ne devait être que le résultat d'un accord entre le souverain et les sujets et l'expression de leur volonté collective. C'est son esprit à lui qui a dicté à un de ses successeurs cette belle formule : 1er cnnsensu populi pt et constitutione régis *. Fn rapprochant cette parole si chrétienne de la célèbre définition du Digeste : quod principi pla-

1. NmiiRD. I. 1. Mon. Grrm. FI., Sorio'nrfs. TT C(>pBri1niit Ch8rl'«mftfne n'h^Klta pas. quand il crut que le bien pnblir; y 'Malt inli'rcHSi',, h prendre les nii'suic.-. 1er* plus (^nfijîiquie II eiippriiua le» duilu's Ue Bavière el d'Aqulloiiir. el les rouxerlil en simples provinces de l'empire.

i Sur la pri^scnre et le riMp du pruple, il y a désaccord entre VValti et Fusli-1 de Coulun^eK. Wailï allnlnie un rôle actif à l'eléuieut populaire KusIhI de Coulaugcs lui cont<xflc toute inriueuce. En (ait, le roi ne [louvait pas. dcmlile-t-il. n<' pas Iruir pouiple d'une opinion populaire qu'il eoilicilait et dont il provoquait la uiaoïfeslalion.

3 C'inimtitn o *cni..»-i//u.v c'^tii/audendo funioribtu .. ooeupatut trot. HucKAB, Ile ordine palatii, cap. ixit

4 La lot te fait par le consentement du peuple et la comtitvtion du r«i. Edil de Pietés, de Charles le Chauve, en 864 Biion, 11. 177. 11 est fait inenliun du cotitensm /opuli dans plusieurs autres documents Cf IIikcmui. Pe 'iidii'i-, eim Hdbiiius. lapitularienkrilik, p. 53. Cette noHon de la loi se trouve léjà dans les F.iymnlogiei île saint IsiDOas Di SÉviixi. 1. II, c i ; I. V, c. X, ixi. On a préteudu que ce mot contemus no doit pas être pris à la leltr. car • .lans la langue d i temps, dit-on, consentir signifie h peu pr*« obéir • (HiH. de Fr. de Utibsi t. Il, I" partie, p. 312. Los documents seml'lent pourtant donner une replie iniport ince h ce consentement du peuple. Ainsi, quand ton» les inli^ressi-s n'ont pu assister au capitulaire, les émissaires en tournée vont insiiite recueillir le» ailbi^slons sur place, ut popului in«-rroyeur e ra/iiluli' ytr ii, Irgr noviler addila Munt (Cap d'Aix. 803, Jieg Cn'-ol . n» 3.6i hi la noiificalion n'est pas faite, le peuple refuse d'obéir •t lient !•• rnpiliiliiire comme non avenu tKpi.it Carol , n" il . ll'aulre» lois, c'' si le peuple qui proml rinliiiilive du capitula re, que le roi ace pte. liap. de l'.'ivie en K. I'», uIuj. „i,ter nvbU quatdam p4litioneM obiuUl, guue itot... cofilula ouiuotil/i /'ecimut.

LE SAINT EMPinE nOMAIN 333

cuit, Icffis habet vigorem \ on peut se faire une idde des progrès réalisés par la liberté humaine, sous les auspices de l'Évangile, depuis les sombrei jours où Ulpien codifiait à , 'usage du despotisme les axiômti de la politique païenne '. »

C'est de ces assemiilées que sortirent les célèbres Capitu- L«» Cepitalaires de Charlemagne. Pour qui est habitué à la rigoureuse '""■«»■ systématisation des codes modernes, c'est, au premier abord, un amas informe de règlements, de conseils et de maximes, dont la prodigieuse diversité étonne. Mais il faut se souvenir que les contemporains trouvèrent dans ces lois la fin de bien des conflits, la solution de bien des problèmes d'ordre pratique. C'est par la multitude de ces décisions concrètes, visant les besoins de la vie journalière, que les mœurs chrétiennes se fixèrent dans la nation. Quand on se transporte dans le milieu social de cette époque, parmi ces guerriers germains, si prompts à transformer leurs discussions en luttes sanguinaires, si jaloux de ne laisser à personne le droit de venger une in- lonuence da jure personnelle, on peut apprécier l'influence de l'Église, en [ien''daDi)"^f' voyant de tels hommes accepter, dans un champ de mai, l'in- ifsislat-ni. cio terdiction absolue du port des armes', et acclamer cette maxime d'une inspiration si chrétienne : Nul ne sera mis à mort qu'en vertu de la loi *.

On sait comment l'application de ces lois et règlements fut Le3 miîsi dosurveillée par des comnoissaires royaux appelés missi dominici. minici.

Dans les capitulaires proprement dits, comme dans les iQterventio instructions données aux missi, on peut trouver que Tempe- à» Chariom.treur s occupe beaucoup des allaires eccltsuistiques, qu u sur- affairns ^ccJéveille et censure trop la vie du clergé, (ju'il règle les cérémo- *'**'"l'**'nies du culte d'une façon parfois indiscrète. Mais, d'une manière générale, les clercs acceptèrent volontiers l'intervention de celui qui s'intitulait « le défenseur et l'auxiliaire de la sainte Église

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