Bu.om, I, 5?5 ; BoRinii, I
3 BoDTtmc. De la connaitiance det auUurt it l'antiguiU ptndorH U Moyen Age, Rev. des (Juut. hitt.. XVII, 20 et •.
LE SAINT EMriUL- RO.M.UN 349
Alcuin n'est pas, à proprement parler, un littérateur, ni un philosophe, ni un savant, ni, à aucun point de vue, un esprit original. C'est un pédagogue, mais un pédagogue qui sait admirablement s'adapter à son époque et à ses élèves, dont le premier est Charlemagne lui-même. Comme on l'a dit fort justement, « il devance en toutes choses son époque, sans jamais s'en séparer ' ». Sa méthode consiste à donner à ces esprits curieux, mais peu familiarisés avec le travail intellectuel, une foule d'idées, de faits, d'aperçus, et de les expliquer d'une manière claire, brève, facile à retenir, dût-on pour y réussir employer une forme paradoxale, énigmatique ou pédantesque. On a donné à ce mouvement le nom de Renaissance. C'est CRract^r» de
. -Il ■ la KHiinissaBCC
surtout une Renaissance grammaticale. Les esprits sont encore .uroim. si peu préparés aux spéculations pliilosophiques ! D'ailleurs f.ieuue. aurait-on le moyen de les faire? 11 est probable qu'Alcuin ne savait pas le grec ou ne le savait que très peu. On ne connaissait Aristote que par la traduction de Boèce et il n'est pas sûr que Boèce ait connu tout Aristote. En tout cas on ne paraît pas s'être assimilé sa philosophie. Mais on se passionne pour v
saint Augustin. C'est par l'étude de ce grand docteur que la réflexion métaphysique s'éveillera. L'histoire est un genre plus accessible; Eginhard, ancien élève de l'abbaye de Fulda, s'y distinguera par sa Vie de Charlemagne.
Mais pour Alcuin, comme pour Charlemagne, l'école ne Les égliM». doit être que le vestibule de l'église. C'est dans les églises, c'est par les sermons qu'on y entendra, c'est par les cérémonies liturgiques qui s'y accompliront, par les peintures et les sculptures qu'on y contemplera, que se fera l'éducation complète des esprits et des cœurs. Charlemagne construit, répare, orne, relève de leurs ruines un grand nombre d'églises. L'architecture religieuse n'a pas de style propre qui la carac- Lii-.>,jt»p|iire térise à cette époque. L'église carolingienne marque la transi- j.J ,oî!u "'c»*o. tion entre l'antique basilique, soit romaine, soit byzantine, et iiu,iieuuo. l'église romane. Sur un plan rectangulaire ou en forme de croix, rarement circulaire ou polygonal, on élève un édifice à fenêtres cintrées, qu'on embellira souvent d'ornements byzantins. On conserve et on développe la tour-lanterne de l'époqut
1. Gsuor, HUt. de la civil, tn Frano4, 3» édit., t. II, p. i80.
35U HISTOIRE GÉNf:n.u.E on l'éolisb
mérovingienne, et on y suspend les cloches, dont l'usnpje est emprunté à l'Italie. Les fenêtres restent béantes, ou fermées par des claires-voies de pierre ou de bois, comme à IV'f^lise Saint-Germain-des-Prés de Paris. Les vitraux mettront bientôt un ornement nouveau et original à ces ouvertures'. A l'intérieur, le maître-autel s'avance jusqu'au milieu du chœur et s'entoure d'autres autels adossés aux pilastres. l>iipo«uion On ne conçoit plus une église sans relique. Un concile tenu purement en 816 ordonne de déposer dans les églises, à défaut de reliques, une hostie consacrée '. Ta fusion est désormais opérée entre l'église ccmélériale des premiers siècles, bâtie sur le tombeau d'un martyr pour l'honorer, et l'église lieu de culte, construite pour les besoins des fidèles. On a pris l'habitude de faire dans les églises cémélériales des assemblées régulières, et de ne plus consacrer d'église pour les besoins du culte sans y déposer un souvenir quelconque d'un martyr ou de Notre- Seigneur fût-ce un fragment d'évangile ou la sainte Eucha-
cuiTiiii^uiora- Uves.
ristie.
Dans ces églises, où une foule respectueuse et familière va et vient, s'installe pour prier ou pour cau.^er, et parfois, malgré les canons, pour vendre ses marchaur'.ises, officient et prêchent des clercs, dont le costume journalier se distingue Origines du maintenant tout à fait de celui dos laïques. On ne peut plus ^"l^'aT^ dire, comme au temps de saint Jérôme, que devenir prêtre c'est changer de mœurs et non d'habits '. La tunique et la toge romaine, portées avec modestie, pouvaient convenir à la gravité des clercs des premiers siècles. 11 n'en était plus ainsi du costume des Francs, qui consistait en un justaucorps de laine ou de fouirure, une culotte d'étoile ou de
1. On trouve la promiAr» ^l(^ntInn de rities peintes dani la notice snr iMlint [.("on III sa /.té-rr Hoiui/icuUt : 'c-.KU'r.i.» ./e ■ib<idii (oajiii"-- >uJ/atorit <.v vit--o 'liver.six oolQ''ihus deoorttvit atfni^ courlusit {Lib, mm/. Il, 2;)) Mais on a rtes verres /leinls qui paraissoiil leiiionier au i»' !>iAcle. 1). Lt<i«iw;u. Miniirl iVArch., II, 499. La mue en plmiib des verrw ne «e ronooairu iiii'im \ ' mi'ili'.
2. Oici: -Ml. 0 i'jniiw 'II' ru! e clirlin [). 3 1, note J. tiuiut Jei'oiue ii n^pulii:n. Ci. Tuouab.^ih, 1, 3o A i28.
LIS S.UNT EMnnE ROMAI? 35 1
cuir et une tunique à manches courtes et serrées, par-dessus 'aquelle on jetait le s.ijum ou la saie, court manteau re tenu par une agrafe. Déjà saint Boniface avait interdit aux ecclésiastiques le port du sagum, vêtement de guerre '. Il fallut, au milieu du ix* siècle, en 8i4, des décisions de conciles pour forcer les prêtres et les moines à se tondre, au lieu de porter la longue chevelure, signe de noblesse chez les Francs. Certains clercs de la Gaule narbonnaise et viennoise avaient pris le manteau noir d'étoffe grossière et la ceinture de corde des moines d'Orient. Le pane saint Célestin les en avait repris, leur conseillant plutôt la toge romaine, que commençaient à porter les clercs les plus graves dans les pays francs. Finalement le costume des clercs, L' «^v '.'ne. à l'époque de Charlemagne, paraît avoir consisté en quatre ,.îi*°^ét It pièces principales : la soutane, qui rappelait à la fois la «.aiuiii. vestis talaris dont se revêtait le prêtre dans les oIRces sacrés e*. le costume des jeunes filles gauloises ^ ; l'aube, dont parle Alcuin dans son De offîciis divinis et qui était portée hors de l'église comme dans l'église '; le manteau, appelé aussi chasuble ou chape, casula, qui couvrait tout le corps et que les conciles s'appliquèrent à substituer au sagum * ; enfin, sur la tête et les épaules, le camail au capuchon pointu, qui parait avoir été emprunté, au moins quant à la forme, soit à l'habit des guerriers, qui se servaient du camail comme d'une arme défensive ', soit au costume des clercs d'Orient '.
Les principales fonctions du prêtre sont l'administration des sacrements, les cérémonies liturgiques et la prédication. Dans
1. Tnterdiximus servis Dei ne pompato ftabitu, vel sagis, vel armîs utaiitur. Epist. 101. Dd Catge, au mot sagum.
2. Du Ca«3e, Glo'sai-ium aux mots sollanum, soutane, tubtaneum. Virgines, dit tine cUronique fiuuque, anté niip'.ias tunica de pignola'.o, quœ diceàatitr soUanum, eranl contenta. Moritori, Script, rer italic. XII, 10J3.
3. Promi^cue in eeclesii et eitra ecclesiam, dit Dn Ca.igb, au mot alba. Saint Nicolas l"' l'appelle linea toga. Plus ou moius longue, elle ne différait pas es.ïenliellement du surpiis.
4. Presbyteri vel d'oconi, dit on concile de Leptine?, non sagis, Inicorum more, i,ed casulis ulautur, rilu sercorum Dei. Gilé par Do Ci.igs, au mot aaiula.
5. Fi >3art dit quelque part : * L'arme coula outre le camail, qui était a» bonnes j^ailles >.
6. L'usage du camail, camelaucum, avait passé de l'Orient h Rome. Le Lib. l'ontif , dans la vie de Constantin, dit : AposloUcus pomifex cum camelauco u( solilui est Hotna procédure. — Lib. Pontif., I, 390.
d;,2 HISTUIKE GÉM^CULE DE l'ÉGUSS
chacune de ces fonctions des moJiricalions importantes sa produisent à l'époque carolingienne.
L' J liui'ira- Jusqu'au Yiii' siècle le baptême s'était administré, en Occitioii 'iii b«p- (jpnt comme en Orient, par immersion, sinon totale, au moins partielle, accompagnée d'infusion. La cérémonie se faisait soit dans les fleuves, soit dans les baptistères. On voit maintenant des prêtres se conlenler d'une simple infusion ; l'imnitTsion partielle est de plus en plus abandonnée ; il n'est plus question d'immersion totale'. Au lieu des baptistères antiques, un clc\«» dans les églises des fonts baptismaux ou pulei sacri. rr*meni La pénitence publique des temps antiques disparaît à son de [.éuUfOte. tour. Les esprits conservateurs, tels qu'IIincmar de Reims, protesteront, non sans motifs, contre l'esprit de relâchement n.» .«ntioii de q'-ii l^ f"'^ abandonner, disent-ils. Mais leur protestation n'est 1,, |..- .i-Kce „oint appuyée oinciellement par l'Eglise, et, peu à peu, le
pubii^we. 1 ; -1 j- 1 . u •• • I • JT •
mouvement qu us déplorent aboutira a la suppression dehmtive delà pénitence publique. Ces conservateurs sont plus complètement dans le vrai quand ils s'élèvent avec force contre l'abus qui est fait, h propos du sacrement de pénitence, des livres pénltcnliels. La coutume germanique du Wergeld, ou composition pécuniaire, avait donné à queUjues-uns l'idée de tarifer les pénitences canoniques imposées à certains péchés. Dès lors, l'u.sage s'était introduit d'éviter la pénitence en payant la somme portée au tarif. L'Église iiiérarchique pro- Irsta Les conciles de Cloveshoë en 747, de Chùlon-sur-Saûne de. iivrcs fi'- eu 813 et de Mayence en 847 ordonnèrent même la destruction des livres penitcntieis .
Une évolution analogue se produit dans l'administration do Le sacrement «■••*- ^ or
lie lEnchari- sacrement de l'Eucharistie. Dans les antiques basiliques, des messes publiques solennelles étaient seules célébrées. Tandis
\ I.'ironographie noffre plus nn geiil exemple d'Immersion toUle à partit
du «iii' «iicle.
2 lUnDcis, IV. 1038. En 7«0. ta rigle de nalnt Chrortegang parle de la confeshion faite /"O;))-.» »«ce'c/"(i. ou pi lui luo «accrrfi.ii, il plu» lard lévêqu* de Haie. Ollo 80? H?2| dll plus nclleiiienl que loi» fidèle;" a proprio cpiicopo nut tacerrinte Ugundi aat eJ:>olrrndi lunl. nnn "h exiraneo (Krv. Qu. hitt., i" ocl 90Î), p. t>l4 11 es vrai que, i-oucuironimenl avec les confesseurs i rè- Ires on adrant les diiicru» et le» simples fnlcl-'i à ente dre d.-8 confe-sions que talnl Thomas appellera plus tanl ifuodnmmodn me nmrnialei «:f. .Massi. XVIII. 148, P. L., XC 629 et s.; .\i:lll, :VJ. Cf. l'Hul I.»ihai». t)e linteriertinn dei lit'quts datu iadmini,li-aiion de la j'inninie, l'a.!». lfl)7. p l!>, t7 etf.
LE SAl.NT 1;111'I!;E UOMAIS
qa'en Orient cet usage persiste, voici qu'en Occident des prêtres, inimductica
de plus en plus nombreux, célèbrent à toute heure de la mati- ''« l'usige dui
née, en dehors de toute préoccupation d'assistance, des messes vée».
privées. A ce spectacle, plus d'un fidèle s'étonne, plus d'un
évêque promulj,'ue des prohibitions, tenant pour essentielle la
participation du peuple au sacrifice. Mais la coutume des
messes privées, tolérée par l'Eglise, se propage. En même
temps, malgré les protestations des orientaux, l'usage du
pain azyme pour les hosties se généralise ; un cérémonial
spécial se fixe pour la messe des morts ; on communie encore
sous les deux espèces, en prenant le Précieux-Sang au moyen
d'un chalumeau, mais les inconvénients de cette pratique font
prévoir qu'elle sera un jour abolie,
La législation canonique du mariage se précise, dans le l, sacrement sens d'une affirmation plus nette de son indissolubilité, mais ■** uianuge. au milieu de combien d'obstacles de la part de la société bar- Lare ! La plupart des vieilles lois fi-anques, visigolhes, bur- i^ divorça gondes,' admettaient le divorce '. Le célèbre formulaire de '^^^^l^^^ ''*'* Marculfe, découvert en 1013 par Jérôme Bignon, donne, au milieu du vu® siècle, une formule de divorce par consentement mutuel '. Un siècle plus tard, les conciles particuliers ou plutôt les diètes de Verberie en 7j3 et de Conipiègne en 7SG ou 758, présidées par le roi Pépin, et où l'élément laïqi;e est mêlé à l'élément ecclésiastique, semblent bien, en cas d'adultère incestueux, permettre à l'époux innocent de se remarier du vivant de son conjoint '. Mais, conformément aux plus anciennes traditions, les organes les plus authentiques de l'Eglise ne cessent de proclamer l'indissolubilité absolue du charlema^n» lien conjugal '. Un capilulairo de Charlemagne, publié en 7S9, ,if ^'j,"'* f""" défend au mari et à la femme, bien que séparés l'un de l'autre, cUruR l'ioii*. de coalracter un nouveau mnriage '. Un autre capitulaire, de lieVcoujugal.
1. Lex burgund., 34. Baike, IV, 265. Lex Visigol , I. III, a. 4. Baldze, IV, 321-322.
.;. llum... dUcordia régnât et ob hoo pariter conversare minime possunt, placuil utriusque voluntas ut se a consorlio separare deberent... \it unu.'H ijuisque sive ad servitiuni Dei in monasterio aul ad copulain matrimonii se socia're volueril liceNtiam kiiheat. — ISalizh, II, 423 ; Zbomeu, 94,145,248,