s. Gafc.. IHa!., 1. II. ch. i
2. Alio quoqut tempore Gothus guidirn pauper spiiitu ad conter sioTi^m venit. Uial., 1. Il, cb. n. Convenio désigne l'eutrée dans la vie luoua»- Uque.
3 r>ùil., I. n. ch w
46 HISTOIRE GÉXÉRALE DE l'ÉGLISE
pique, dont les murailles cyclopéennes, laites de ^onJs blocs de rochers grossièrement taillés et jetés les uns sur les autres, formaient comme une forteresse de géants, le culte d'Apollon Pitosyrus, dieu du soleil, était célébré par des paysans fanatiques, et tout autour, dit saint Grégoire, « se trouvaient des bois consacrés aux démons '. »
Le saint fut-il attiré par la majestueuse beauté du site, par le désir de purifier un des derniers asiles du paganisme expirant, ou par quelque voix mystérieuse en laquelle il reconnut l'appel divin? Tout ce que nous savons par son biographe, c'est « qu'aussitôt arrivé, il brisa l'idole. 11 renversa ensuite l'autel et brûla les bois sacrés. Il dédia un oratoire à l'endroit même où était l'autel du dieu, et il se mit à prêcher la foi avec ardeur et persévérance au peuple des environs » '. Mais, ajoute saint Grégoire, « le saint homme, en changeant de lieu ne changea pas d'ennemi, et ses combats furent d'autant plus rudes iu il eut pour adversaire le Maître du mal en personne' »
C'est là, sur ces hauteurs sereines et sur les ruines du templi u R««ir I, '.u faux dieu de la lumière, que Benoit rédi;,^ea la Règle ouiinirable qui devait régir, à peu près seule, jusqu'au xui* siècle •a vie monastique en Occident. Le saint n'eut ni la volonté, ni Il conscience de travailler à une œuvre nouvelle. U se réclanii^ à chaque instant de saint Basile, qu'il appelle son ptre ; il l'mprunte à Cassien ses maximes ; il invoijue les règles qui .ont en usage dans les bons monastères de son temps. El, ■iefait, la vie monastique florissait, même dans la partie occidentale de l'empire, avant saint Denolt. Saint Martin à Ligugé, saint Honorât à Lérins, Cassien à Marseille venaient d'en olfrir de grands exemples. Et cciieiidant c'est bien saint Deuoit qui doit être regardé comme le père des moines occidentaux et son œuvre doit être considérée comme une cri'alion.
Saint Basile et Cassien avaient donné surtout des maximes générales, des vues lumineuses émanées de l'&me des saints, des aphorismes où se résumaient de longues expériences. C'est un véritable code de lois que rédigea saint Benoit. Avant
1. niai., I. II, ek. Tili. Cbi vetuttUsimum fanum fuit, in quo, tm mniiquorum more genlilium, a ilulto rusticorum populo Apollo coUlmtwr Li cumquague eU'tn in cultu damonum luci tuccrtrerunt
i l>al , 1. II, cb. Tui.
8 /'iJ.' 1. II, ch. Tiu.
l'éolise dams son CENrr.E 47
lui, la pureté de l'esprit religieux, dans un monastère, dépendait beaucoup de l'influence particulière d'un saint abbé. La rè"-la bénédictine sera si ferme et si souple, qu'elle soutiendra par ellemême la vie religieuse et reliera comme dans une âme commune tous les monastères de l'Occident. Mais surtout elle pénétrera la synthèse des règles anciennes d'un esprit évangélique si pur, qu'on sentira comme un souflle de vie et de rajeunissement passer dans tous les monastères où elle sera introduite. Modèle achevé de discrétion, de mesure et de clarté, elle apparaîtra, aux yeux des moins suspects, comme un des plus parfaits chefs-d'œuvre de la sagesse romaine inspirée par l'esprit chrétien.
Dès les premières lignes de son prologue, on se sent respirer un air pur, lumineux, comme celui qui souffle sur la libre montagne de Moutecassino.
« Ecoute, ô mon (ils, ditle saint patriarche, prête-moi l'oreiUe de ton cœur, et reçois joyeusement les recommandations de ton bon père, pour les mettre en pratique avec fidélité... Si tu t'es égaré sur le chemin facile de la paresse et du caprice, reviens à Dieu par la voie laborieuse de la sainte obéissance... Allons, debout, mon fils, ouvrons nos yeux tout grands à la lumière de Dieu et nos oreilles toutes grandes à sa voix qui nous crie ; M Si, en ce jour, vous entendez ia parole de Dieu, de grice, n'y fermez pas vos cœtirs » '.
Tel est le début de cette règle fameuse, dont Bossuet a pu dire qu'elle est « un précis du christianisme, un docte et mystéi'ieux abrégé de toute la doctrine de l'Evangile, de toutes les institutions des saints Pères, de tous les conseils de perfection. Là paraissent avec éminence la prudence et la simplicité, l'humilité et le courage, la sévérité et la douceur, la liberté et la dépendance ; là, la correction a toute sa fermeté, la condescendance tout son attrait, le commandement sa vigueur et la sujétion son repos, le silence sa gravité et la parole sa grâce, \a force son exercice et la faiblesse son soutien » '.
D'après cette Règle, l'Abbé, se souvenant de son titre (Abbas, jère), doit exercer une autorité toute paternelle (ch. n]. Il ne doit jamais rien entreprendre d'important sans prendre conseil
l. SegnVi saticti Benedicli, Prnlogut.
t. 'losscit, l'anégyriqui d€ saint Benoit, 'i' poiuU
i8 msroihK gënëhale de l'église
de ses frères (ch. m). Les principales vertus du moine b^nédiclin seront l'obéissance (ch. V;, > silence (ch. vi), et l'humilité (ch. ^^I). Ses principaux devoirs seront la récitation d« l'ofTice divin (ch. vin à xx), l'accusation et la correction de ses propres fautes (ch. xxiii à xxix), l'éducation de la jeunesse, la lecture et le travail des mains. Au bout d'un certain temps d'épreuve, le moine fera une promesse de stabilité dans son monastère. Le costume pourra varier suivant le pays et le climat.
. , Cette Rèpfle qui devait absorber peu à peu, du moins en Eu-
iiiiiiitiuoii» rope, non seulement les règles des mornes orientaux, mais aussi ■u'ji" v . il Age. celle de saint Colomban, convenait admirablement à l'œuvre qui s'imposait à l'Eglise au milieu du monde barbare. Par la souplesse de son organisation, l'ordre bénédictin s'adaptait merveilleusement au rôle de missionnaire que ses moines allaient remplir bientôt en France, en Angleterre, en Allemagne et dans les pays les plus reculés. Par son groupement en monastères fixés au sol, que les moines cultiveraient, il allait donner au monde barbare des leçons de stabilité et de travail. Ses œuvres d'enseignement allaient donner naissance aux écoles monastiques. Mais surtout, à ces peuples sans cesse agités par les migrations et par les guerres, il allait donner, par l'exemple de ses moines, le goût et l'habitude de cette vie plus profonde etplus féconde, dont le saint Patriarche avait, dès le début, fait la règle de sa propre existence et qu'il proposait à ses disciples comme le but essentiel de la vie religieuse, à savoir la vie intérieure, ou, comme il disait, « la vie avec soimême sous le regard de Dieu ».
Sans doute, bien des hommes de celte époque, et peut-être plus d'un novice à son entrée au couvent, durent faire au saint abbé la question que saint Grégoire le Grand met sur les lèvres du diacre Pierre : « Mon Père, je ne comjircnds pas bien ce que veulent dire ces mots : vivre avec soi-même ». — « Mon fils, répond lesaint Pape, toutes les fois que de fortes préoccupations nous entraînent hors de nous, nous vivons, mais nous ne eommes pas avec nous ; nous ne nous voyons plus, et nous nous répandons dans les choses extérieures... Vivre avec soi-mérae, t'est habiter son âme en présence de son Créateur*. »