‹ Histoire générale de l'Église (volume 5)Chapitre 21 sur 278 · SatDl Gaiooiii, Di'al., I. II, cb. m · texte numérisé non relu

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monde barbare devait finir par comprendre celte leçon. Le oyen Age ne sera pas seulement l'époque de Charlema^no et de Godefroy de Bouillon, ce sera l'âge de saint Bruno et de l'auteur de l'Imitation de Jésus-Christ. Un grand courant mystique le traversera, auquel s'alimenteront tous les héroïsmes chevaleresques ; et ce courant, c'est surtout par les moines qu'il se propagera dans lu sictudt.

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CîIAP''^'"'

SAINT GnÉCOlRE I.E GRAND (390-601).

A la mort de Pelage II, les sulîrages du peuple, du sénat et

du clergé de Rome se porlèrent sur un disciple de saint Benoît.

Election Af Le diacre Gréjroirc, à qui devait incomber pendant quatorze ■aiDt GréfoiTt o ' } * <. ^

I«0r«nd(fcl0;. ans la responsabilité du gouvernement de 1 l'-glise, était un

moine chétif de sanlé. use onr les austérités du cloître ', mais en qui vivait toute la ferveur de l'esprit monastique renouvelé par le saint patriarche des moines d'Occident.

Cet esprit s'unissait en lui au culte des vieilles traditions romaines, qu'il tenait de ses ancêtres. Issu d'une des familles sénatoriales les plus anciennes et les plus illustres, la gens Anicia, il comptait parmi ses aïeux un Pape, saint Félix IV*. Son père, le sénateur Gordien, qui jouissait d'une fortune considérable, possédait d'immenses domaines dans plusieurs provinces de l'Italie et en Sicile. Après avoir rempli plusieurs hautes fonctions dans la Cité, le père de Grégoire entra dans le clergé et mourut l'un des sept diacres chargés du soin des pauvres et des hôpit.mx de Rome. Sa mère, Sylvla, naturf pieuse et douce, se retira dans un petit oratoire, où elle finiV également ses jours dans les pratiques de la piété et de la cha-

1. Voiries diclsrntiona de Mlnt Orégoire Ini-m^me dnns pliiAiciirs de f*s Attroi et dans le prologue de so» Morales sur Jnh . Foitaise hnc dirinm Proi'id^n'tjr cons\liHtit fuit, ut pei-C"-yS"m J'b purrus-'Us exponeretn Peuàaal la durée de eon pnnlitinit, xaint Grégoire (ut sonvrnt oblige de passer •ne partie de ne» jonri pur ud lit ; U (ul |ilii<iienrK fois pr^s d* DWurlr.

t. Le .Nain Je Tilleiaoat, XU^iotres. t .\V1 p :t3U.

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rite. L'Eglise l'honore le 3 novembre. Grégoire eut pour tantes sainte Tharsille et sainte Emilienne, dont il fait l'éloge dans ses Homélies et dans ses Dialogues. La sainteté, mêlée au dernier éclat de la grandeur romaine, avait donc veillé sur son berceau.

Saint Grésroire le Grand est un des personnages les plus Carte*»» J|importamts de 1 histoire, rar ses ongmeset par son caractère, poatificat il apparaît comme le dernier représentant du monde antique ; par la nature et la portée de son œuvre, il doit être considéré comme le fondateur du Moyen Age. Successivement préfet de la ville de Rome, simple moine bénédictin, ambassadeur à la Cour de Constantinople et chef de l'Eglise universelle, saint Grégoire le Grand a traversé les milieux les plus divers. Les faire revivre en racontant son histoire, serait évoquer, en mêma temps que la figure d'un grand saint, le spectacle d'ime période décisive dans la vie de l'Eglise.

On ne sait pas au juste quelle e«t la date de la naissance de NaiaBsoce de

•"lint Grégoire le Grand. On ne peut pas la reporter au delà de '''""(510).''°"^*

5i0 '. Son enfance dut être témoin des scènes les plus s>a eafauce.

lamentables. En seize ans, de 536 à oo2, Rome avait été six ''; ,"' i»"""!"-

fois prise et reprise, et tous les sièges qu'elle avait subis -' •'« l'Haii- ... .1. -jn- 1/^,. àceUsépoQuii

avaient ete 1 occasion de iieaux sans nombre. Grégoire nous en

a raconté quelques incidents dans ses Dialogues. En 337, Vitigès, pendant qu'il bloque la ville, fait massacrer les sénateurs qxi'il lient en otage. Plus tard, Tolila transporte dans les forfTesses de Campanie une grande partie des survivants. Les Grecs, protecteurs naturels de Rome, se montrent parfois aussi cruels que les barbares. On voit le commandant de la garnison impériale accaparer les vivres et les vendre à haut prix aux habitants affamés '. Mais Goths et Byzantins sont dépassés en atrocité par les Lombards. Les Dialogues de saint

1. Il avait l'àgo de discerr.crDent en .545, car il s cin?ervé le souvenir de terrible siège de Home par Tolila. qu'il raconte dans ses Dialogues, 1. III, eh. XI

2 MoKiTOR!, Kcriptoret remm itilieantm, t. I" Procope, IU, 2ii.

62 tllxiil.ii f.rvpt.»|ir i.f; i.Yr.I I g

Grégoire nous rûppoiU-nl 1 liibloirc de ces quarante prisonniers massacrés pour avoir refusé d'adorer une télé de chèvre consacrée au démon, et celle de ces paysans courageux, qui, saisis par les Lombards, refusèrent de manger des viandes immolées à des idoles et furent pareillement mis à mort '. L« comble de ces calamités fut sans doute, pour Tâme pieuse de Grégoire, la ruine du monastère du Mont-Cassin, envahi de nuit par les Lombards et pillé de fond en comble. Les moines purent du moins s'échapper, emportant avec eux le livre de leur sainte Règle, quekiues meubles et quelques manuscrits '. Les impressions de tous ces événements devaient laisser dans l'âme du jeune patricien je ne sais quelle mélancolie profonde, un dégoût des choses du monde, qui transpire dans ses homélies, daiis ses lettres, dans tous ses écrits, et que sa piété solide empêcha seule de se transformer eu découragement.

11 est possible d'ailleurs que Grégolie n'ait pas assisté à tous les fléaux dont la ville de Rome fut le théâtre. On conjecture, d'après certains indices, que son père se retira, avec sa famille, pendant quelques années, dans ses terres de Sicile. Mais alors l'i-iifanl, en traversant l'Italie, put voir à quel déplorable étal les invasions l'avaient réduite ; les ravages commis par les Francs descendant des Alpes en 55i, la peste sélendant de la Ligurie à toutes les provinces, les paysans mourant de faim dans leurs cabanes, les loups et les bêles fauves descendant des montagnes et envahissant les cités, les travaux mlerrompus, les villages déserts, et, suivant l'expression de Paul Diacre, •« le monde paraissant retombé dans son anli(|ue silence » ', puis, au milieu de celte solitude effrayante, les (|uel(jues survivants, exaltés par leurs soulTrances, croyant entendre dans les nues le son des trompettes célestes et le bruit d'une armée en marche. Les Dialogues nous ont conservé le tableau vivant et naïf de ces terreurs populaires.

Grégoire devait être âgé de 12 à 14 ans quand le pouvoir impérial fut définitivement rétabli à Rome. 11 revint habiter

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