Édlt de Clolalre, en 6U. M. G. n, rtg^-,, I, W
Aux causes d'alTaibli'sempnt qui venaient des traditions Les mœor» de» politiques, s'ajoutèrent les éléments de dissolution qui se 'îfidfvlchi'aùs-*
trouvaient dans le fond môme du caractère des races trerma- 'es, donnent
. , ° une force iioa>
niques. A 1 encontre du llomain, toujours prêt à sacrifier sa t-m à ce»
jiersonne à l'État souverain, le Germain était habitué à faire "^"g'îaiion. *"
passer avant tout son indépendance personnelle. De là, dans
la perception des impôts et dans l'appel des milices, des
difïicuUés, des révoltes, des menaces perpétuelles d'anarchie.
Les misères du temps aggravèrent la situation. « Au-dessus La mUlv des esclaves, des colons, des tenanciers, des prolétaires, dit ,fa™vre9 an- Fustel de Coulanges, s'élevaient ces pauvres oui n'étaient '""■■ '^^^ «•'■ autres que les petits propriétaires d alleux. C'étaient eux qui souifraient le plus. Ils n'avaient pas la sécurité du serf, que son puissant maître protégeait. Ils étaient quotidiennement menacés dans leur liberté et dans leurs biens. L'autorité publique aurait dû les défendre ; mais c'étaient au contraire les dépositaires de l'autorité qui les opprimaient... Vinrent les Les incnruioa» incursions des Normands... La royauté qui n'avait ni armées prédpiîeui'oê permanentes, ni forteresses qui fussent à elle, ni rien encore ■"«"^emeui. de ce qui protège un grand corps social, fut incapable de défendre les populations. On ne lui obéissait plus. Alors tous les regards et toutes les espérances se portèrent sur les seigneurs. On était sûr de les trouver au moment du danger ; on n'avait pas à attendre qu'ils vinssent de loin ; ils habitaient la province ou le canton menacé. Entre le comte et la population du comté, le lien des intérêts était visible. Le seigneur était bien armé ; il veillait sur tous. Fort ou faible, il était le seul défenseur et le seul espoir des hommes. C'est à cette époque que l'on éleva des châteaux forts. Six siècles plus l« ehftteaa tard, les hommes furent saisis d'ime immense haine contre ^°''','''^^',*"' '• ces forteresses seigneuriales ; au moment où elles se construi- contrée, sirent, ils ne sentirent qu'amour et reconnaissance. Chaque château fort était le salut d'un canton '. »
C'était la naissance de la féodalité. L'Eglise favorisa le L'ÉgllM «amouvement de toutes ses forces : elle y voyait le salut de ceux "uoS^u^ qu'elle aimait entre tous, des pauvres des faibles, des opprimés. Elle y entra elle-même (!cs le début, et pour une grande
1. FosTti, 01 ConLA.iGis, l.ef oi-igines du régime fi'odal, Rev, des Deuit- Uondei, i" août liJ74, p. 575-j7S
Hi^t. géu lie l'Egiiee t4 ■ . i
370 HISTOIRE GÉNÉRALE DE l'ÉGI.ISE
part. Cest à elle que les pauvres se recommandaient ' de préférence. « Il faisait bon vivre sous la crosse. » C'est aux évoques et aux abbés que les rois avaient accordé le plus d'immunités. Les plus grands sci;jneurs féodaux furent d'abord des prélats. On a pu dire que l'Eglise « a contribué à faire la féodalité plutôt qu'elle ne l'a subie toute faite ».
..^•. '•'KO''"'' Pourtant les orifrines du mouvement féodal n'eurent pas touléii.fal eil p»r- . . ^ . • . rr^ i
foii> uD usiir- jours ce caractère bienfaisant. Saint Grégoire de Tours parle
opprefseur. ^^ ce Cautinus « qui mettait la main sur toutes les terres qui touchaient aux siennes ' » et de ce Pélagius « qui ne cessait de voler, d'envahir les propriétés et de tuer ceux qui lui résistaient ' ». Cliarleniagne dut, par plusieurs capitulaires, interdire aux puissants, potentiores, « d'opprinier les hommes libres qui sont pauvres, au mépris de toute justice, de manière à les forcer à vendre ou à céder leurs propriétés * ». A côté du seigneur protecteur était le seigneur spoliateur ; et souvent la recommandation faite à un seul grand personnage fut le moj'cn d'échapper à l'oppression des autres '.
La formation de tous ces petits groupes autonomes, résultat de l'impuissance de l'empire, devint à son tour une cause de désagrégation ; et, l'empire une fois désagrégé, les ambitions, les convoitises, les rivalités de ces petits États, déchaînèrent l'Étiiicn rfagii l'anarchie. L'Eglise essaya alors de sauver l'ordre social menacé, abus. Par l'unité des croyances qu'elle prêchait, par la hiérarchie . fortement disciplinée qu'elle maintenait parmi ses membres, elle contrebalança les influences dissolvantes de ce mouvement spontané ; par sa prédication, par les idées de justice et d'équité qu'elle répandait dans les âmes, elle s'efforça de
1. On a conservé do8 formules de recommandation. Elles éta'ent comtes ordinairem«Qt ca uetla (orme : c Le vUluge paiera au vicomte cinq sols k tilro de comrmn'ia'i'in. et moyennant cette somme le vicomte s'engage h sauver partout et toujours les hommes du villnge », ou sons cette autre forme : « Je vous reçois disait le guerrier, en mon sanvement et défense, vous et vos biens ». Kt lo laboureur dtSclarait « qu'il se rcoonnai'fail être BOUS la protTtiin et garde du seigneur ••. Dans tel village, lo sei^rneur stipule qu'il lui seia donné « sur cliiique maison ayant charrue un sctier d'avoine >. FcsnL dk Coolàugis, Rec. du Deux Mondes, i*' août 1874( p. 578 579
2. Gttio To«., /fis«. Frrnc , Vf, (2. a l'imo. ToR , llist. Franc , VIII, 40. 4. Capll de 8 '5. a t. !•>. lUuzi. I. 427.
5 C<»sar avilit 'lAjh '''^ ''"' G'i"loi« : « Chacun se donna h l'un des granda pour ne pas 6tre à la merci de tous les grands >.
plier, de discipliner les forces dispersées de cette féodalité bouillonnante et tourmentée. C'est dans le libre jeu de ces forces anarchiques avec les idées morales du christianisme, que devait s'élaborer la société nouvelle, se former la puissante structure du régime médiéval. Mais les transformations sociales les plus bienfaisantes s'opèrent rarement sans de douloureuses con\'ulsions.
De ces crises la Papauté devait être elle-même la victime dans des épreuves que nous aurons bientôt à raconter. Mais ces épreuves se comprendraient difficilement, si l'on n'ajoutait au sommaire tableau que nous venons de tracer, un rapide aperçu des événements politiques de cette époque.
Ciiarlemagne était mort en 814, après avoir, suivant la cou- r«rUg« 4m tume germanique, fait le partage de ses États entre ses fils, uLlil^"" Louis, Pépin et Charles. Pépin et Charles étant morts, il avait fait un second partage entre le fils de Pépin, Bernard, à qui échut l'Italie, et Louis, qui eut le reste, avec future succession à l'empire. « Si des contestations s'élèvent, disait le testament, on les tranchera par lëpreuve de la croix ' et non par la guerre. On se gardera bien de tuer mes petits-fils ou de les mutiler ou de les tonsurer par violence ». L'esprit pacifique du grand empereur se révélait jusque dans ses dernières volontés.
Les désordres prévus ne tardèrent pas à se manifester. En lodI» !• D*prenant possession du trône de son père, Louis, dit le Pieux bonnaire. ou le Débonnaire, se trouva en présence d'une noblesse turbulente, jalouse et divisée. Pieux, sobre, modeste, généreux, irréprochable dans ses mœurs, Louis cachait, sous les dehors d'une fermeté apparente, une âme faible et mobile. Il n'était pas de taille à soutenir l'œuvre de Charlemagne, au moment où cette œuvre était menacée de tous côtés.
1. Eût. da Gaules. V, 77? 77 i. Vous avons vn que Charlemagne avait toujours maintenu les pprpuvus ju liriaires par le jugement de Dieu. L'épreuve de la croix non^isiail i -^mr- i^-» • iir;i3 éteiilua le plus longtemps possible pendant le service ilivin
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Une réforme, bien intentionnée, mais maladroite, du palais impérial provoqua l'irrilation de la noblesse ' La dispràce et l'exil des principaux conseillers de Charlemagne, entre autni de Wala et d'Adalard, l'exaspérèrent' La révolte et la mort tragi(]ue de Bernard, roi d'Italie, portèrent le désordre à son comble. La pénitence publltjue de l'empereur au concik d'Alti^ny eut surtout pour el'i'et de discréditer l'autorité impériale. Son mariage avec Judith de Bavière, les intrigues de la nouvelle impératrice, en faveur de qui Louis brisa la constitu-
^' ^*7°1''" tion de 817 pour doter son fils Charles, amenèrent trois rédei fils de ^ . ' .
LouiB le Dé- voltes successives de ses autres fils. Louis le Débonnaire
mourut le 20 juin 840, au cours d'une campagne contre son iils
Louis le Germanique, en disant : « Je pardonne à mon fils
Louis, mais qu'il sache qu'il est l'auteur de ma mort. »
Ce fut alors une lutte sans merci entre les trois frères. Lo-
thaire, roi d'Italie, associé à l'empire par l'acte de 817, non
content du titre d'empereur qui lui revient après la mort de
son père, veut s'emparer des Etats de Louis le Germanique et de
> bstatlU de Charles le Chauve. Ceux-ci, ligués contre leur frère, lui livrent, Fonlaoet , ., . . .
(841). le 2'6 juin 8 il, la sanglante bataille de Fontanet, près
d'Auxerre. C'est la première fois cjue des Francs se battent contre des Francs dans une grande guerre. Lothaire est vaincu. ▼* i"'*fgî''v Deux ans plus tard, en 8i3, est signé à Verdun le traité qui rend définitif démembre définitivement l'empire de Charlcmagne. Charles ■•Dt de l'em- le Chauve obtient la partie occidentale, qui sera la France ; •"'•• Louis a la partie orientale, qui deviendra l'Allemagne ; Lothaire a l'Italie, et, en plus, une bande de territoire, réservée entre les possessions de ses deux frères, qu'où nommera de son nom la Lotharingie ou Lorraine.
*"f''n?''*'° ^^^ événement, heureux à certain point de vue, parce qu'il dnite par cet peiincttait à trois races différentes de se développer désormais suivant des lois plus appropriées à leur génie et dans des limites qui semblaient indiquées par la géographie physique, mettait fin à un état de choses sur lequel les contemporains avaient bùti de grands rêves. Aussi ne faut-il pas s'étonner de trouver dans les chroniques du temps, de la part des lettré», que hante encore la vieille idée impériale, des cris de désespoir