CHAPITRE V
■Al>r NICOLAS 1"
6«int Ifio». Le nouveau Pape, que l'empereur traitait en ami ', était If *' * ■ fils d'im magistrat et se trouvait allié à la haute aristocratid
Son portrait, romaine. « Il avait, dit son plus ancien biographe, le port noble, les traits pleins de distinction, la parole docte et l'air modeste. Dur à lui-même, il aimait à vivre dans la prière et les jeûnes ; il était généreux envers les pauvres, et les intérêts du peuple trouvaient toujours en lui un ardent défenseur '. » En lui faisant cortège, de Saint-Pierre au Latran et du Latran à Saint-Pierre, au milieu d'acclamations enthousiastes, le peuple comprit qu'il avait obtenu de la Providence le chef énergique, le père bienfaisant, le saint, dont le monde chrétien avait besoin à cette heure.
Ud triple péril Au péril impérial, toujours menaçant, au péril féodal, sans
ehrétieuiA. cesse grandissant, était venu se joindre en effet, depuis l'élévation de Pliotius sur le siège de Constanlinople, un péril byzantin d'une gravité toute nouvelle.
Nicolas I" devait faire face à ces trois dangers.
1. Le Liber Ponti/taalis raconte qne l'emperear, après la cérémonie de 1* consécration, mangna arec loi, et qu'ils s'embrassèreut avec une grande aflecUon, t. II, p. ib2.
i. Lih. Pontif., U, IM.
LX SAIST EMPIllE ROMAJ» 3Ôf
Après tant de négociations, couronnées par plusieurs pactes Situations ressolennels, les situations respectives de la Papauté et de l'em- papânté e* «îe pire restaient en fait mal déterminées et prêtaient à des inter- l'empireprétations équivoques. Quand l'empereur tenait si ardemment à confirmer l'élection du Pape, quand le Pape réclamait si vivement le privilège de sacrer l'empereur, ce qui était en question, en déiînitive, c'était de savoir qui des deux était le vassal de l'autre ; et il semblait bien, sous les derniers Papes, alors que les fonctions de légat et d'apocrisiaire du Saint" Siège étaient exercées par une créature de l'empereur, que le rôle de souverain appartînt à celui-ci.
Dès les premiers jours de son pontificat, Nicolas P'', par sa Saint Nicolas seule manière d'agir, sans rien briser, en ménageant toutes '^ p™^iers *" les formes diplomatiques, prend une attitude indépendante, J".'?"- ^?^ ,'"' qui écarte toute idée de vassalité de sa part.
« Il semble, dit son dernier historien, que le passé ait laissé une vive impression sur son âme, et qu'en montant sur le trône pontifical, il ait juré d'en finir réellement avec l'équivoque dans laquelle on avait vécu jusqu'alors... L'empereur »st à Rome... c'est son influence qui a décidé de l'élection. Mais le Liber Pontificalis relève l'attitude supérieure et indéoendante prise aussitôt par le Pape. La ville se couronne de fleurs. Le nouveau Pape admet l'empereur dans son intimité, l'invite à dîner, le comble de marques d'affection et l'embrasse comme un fils bien-aimé. Tout le passé semble oublié ; il n'y a plus rien dans cette scène qui rappelle les relations de vassal k suzerain.
« Ou plutôt, s'il y a un vassal, c'est l'empereur. Non seulement il va au-devant du Pape, mais il tient son cheval par la bride, la distance d'un trait d'arc, au moment de son arrivée comme à celui de son départ. C'est la première fois depuis Hadrien l", qu'un Pape reçoit d'un empereur pareil honneur : toute la noblesse de Rome est présente et elle sait comprendre que ce Pape « beau de figure, grand de taille, de mœurs se-
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▼ères et d'habitudes géntîreuses » vient de prendre le rang qu'il veut occuper dans le inonde entier '. »
Ce n'est là pourtant que le geste initial, pour ainsi dire, d'une politique qui aboutira bientôt à des actes plus efficaces.
L'affsire do Lothaire, roi de Lorraine, fils de l'empereur Lothaire I" et ^°lhlit*.^° P^^ conséquent neveu de l'empereur Louis le Germanique, avait répudié sa femme Teutberge, fille de Boson, pour épouser Waldrade. 11 prétendit, pour justifier sa conduite, que soa premier mariage était frappé de nullité par suite de relations incestueuses de Teutberge avec un de ses frères. Rien n'était moins prouvé que cette accusation. Le roi voulait pourtant la L'emperenr faire triompher à tout prix. Lothaire gagne à sa cause une e«uM une par- partie de la noblesse franque. Un tribunal composé des grands "bi *^* '*t d*'^'^*^ royaume condamne, en 859, la reine Teutberge à l'épreuve l'épiicopaL de l'eau bouillante. Mais cette épreuve lui est favorable *. i Lothaire parvient alors à séduire par des promesses deux
évéques, Gunther de Cologne et Tietgand de Trêves, qui corrompent à leur tour plusieurs de leurs collègues. En 860, une assemblée é'^iscopale, réunie à Aix-la-Chapelle, arrache à la malheureusf, reine l'aveu de son prétendu crime et la condamne à la Pjclusion dans un monastère. Mais bientôt Teutberge réussit à s'échapper, rétracte son aveu, dénonce les manœuvres de pression qu'on a exercées sur elle et en appelle au Pape. Un bon nombre d'évêques indépendants s'honore en blâmant les procédés d'intimidation abusivement employés Couragenie al- contre la reine. Hincmar de Reims, dont on connaît l'attamM^de R«imi ^hement à la dynastie nationale, a le courage de porter la question devant l'opinion publique par la publication de son livre De divortio Lotharii, où il prend la défense de la reine Teutberge et déclare hautement qu'en une affaire de cette nature rien ne peut être décidé sans l'assentiment de l'Église