‹ Histoire générale de l'Église (volume 5)Chapitre 221 sur 278 · Joies Rot, Saint Nicolas /•', p · texte numérisé non relu

Joies Rot, Saint Nicolas /•', p

2. L'épreuve de l'eau bouillante coasistait & plonger le doigt, on Is main, on le bras dans une cliaudière d'oao chaude, pour en retirer une bague on tout autre objet qu'on y avait jeté. On pouvait faire subir l'épreuve par un autre. Ce (ut le cas de Teutberge, qui trouva un répondant. Ces épreuves, que CharlcmoKne recomniandalt pour m>-ttre (in aux guerres et aux querelles, dont Hincmar se lit le champion, mais qn'Agobard attaqua vi;.'OureB- •ement, lurent ncllcmont condamnées par les Papes au xii° siècle. VACiiiDuia, VÉglùe et Ut Ordalies, diaa Ktudes de critt'jue et d'hist. rel., p. 191-215.

romaine m^re et maîtresse de toutes les églises *. Le Pape en elTet envoie deux légats, qui prennent part au concile national, réuni à Metz par Lolhaiie pour trancher la question. La tactique de pression gouvernementale, qui a fait plier presque tous jusqu'ici, a raison des légats eux-mêmes. Ils font cause commune avec les évè(|ues. Le jugement prononcé à Aix-la- Défectloo d«* Chapelle est confirmé. La cause de la morale publique semble eaux, perdue.

On avait compté sans l'énergie du Pape Nicolas. Le Sou- ^^q,^"'!'*'" verain Pontife évoque la cause à son tribunal et réunit un que la cause concile à Rome, qui casse les décisions de celui de Metz. Les ciaioas dM évêques de Cologne et de Trêves, Gunther et Tietgand, sont ôv^Iom, déposés. Ni les instances de Lothaire, à qui l'ardeur d'une passion coupable inspire les supplications les plus pressantes, ni l'arrivée à Rome d'une armée que l'empereur Louis commande en personne et qui bloque la ville, n'ébranlent l'inflexibilité du Pontife. Lothaire renvoie Waldrade et reprend son épouse légitime.

Mais, hélas ! bientôt c'est la malheureuse Teutberge ellemême qui, abreuvée d'injures et de mauvais traitements p»i son époux, demande au Pape de prononcer la rupture d'un lien qu'elle juge insupportable. Nicolas se souvient que ce Énergie pen»n'est pas pour la tranquilhté d'une reine, naais pour la sauve- salui" Nfcola*. garde d'un principe supérieur de justice, qu'il a pris la défense du lien conjugal de Lothaire. 11 ne cédera pas. Jusqu'à sa dernière heure, il combattra. 11 mourra dans la lutte. Et après sa mort, Lothaire viendra faire amende honorable au Mont- Cassin.

Dans l'affaire du divorce de Lothaire, le Pape avait eu pour L'nffairn d* lui la partie la plus saine de l'épiscopat, notamment l'illustre " *' Hincmar de Reims, la gloire de son siècle : c'est contre ce grand évéque qu'il va avoir à lutter dans l'alfaire de Rothade.

En 861, dans un concile provincial, l'archevêque de Reims saint Nieotai

avait suspendu de ses fonctions l'évéque de Soissons, Rothade, 'e'ontr!<°Hinî;"'^

son sullragant, coupable d'avoir déposé injustement un prêtre maf '«• uruiit

, ..,.•. i.T^ 1- r, XL j .1 . T^ ou SaiQl-Siège

et mal gère les biens de 1 hghse. Rothade en appelle a Rome, »ur le» evlh

Nicolas 1", icalgré une défense très habile et très savante **"*** l. P. L., cxxv, usa.

Uiat. H«u- de l'EglIi*. U

408 nisTOinE géSl;rai.e de ltclisk

d'Hincmar, malgré l'appui pr^lé à l'arclievôrjue de Reims par Charles le Chauve, non seulement ohlige Hincmar à réintégrer Rothade, mais le force à proclamer qu'un évdque ne peut jamais être déposé sans l'assentiment du Saint-Siè-ge. En rédigeant dans ses Annales le récit de cet incident, Hincmar ne peut se défendre d'un ressentiment plein d'amertume '. Mais une fois de plus la cause de la Papauté et de la justice a triomphé.

On a parfois appelé Hincmar de Reims le p^re du gallicaoisme et le Bossuct du ix" siècle. Ne pourrait-on pas considérer l'issue de ces deux affaires du « divorce de Lothaire » et du « procès de Rotliade », comme la victoire de la Papauté sur les deux premières manifestations du gallicanisme? Ne reconnaît-on pas le gallicanisme ccsarion dans l'aU'aire du divorce royal, le gallicanisme épiscopal dans le procès de l'évêque de

1,'iDsrchie Soissons ?

féuJatA eD Italie. Plus près du Pape, en Italie, les seigneurs féodaux laïques et

parfoisles seigneurs féodaux ecclésiaslirjues profilaient de l'anar-

ji^n'i rf« na- chie pour terroriser le pa3-s, se battre les uns contre les autre

et rançonner les pauvres gens. Le plus redoutable de tous étai

Ses abu» de ce Jean, archevêque de Ravcnne, qui avait plutôt les allures pouvoir. j, . 11 j' /i ■ Il ' Il

d un guerrier que celles d un prélat. 11 s emparait suivant son

caprice des biens des clercs et des laïques, dépouillait les bénéficiaires de leurs titres, déposait les ecclésiastiques sans aucune forme de procès, faisait main basse sur les biens du Saint-Siège, refusait obstinément de se rendre aux conciles et narguait l'autorité du Pape en se vantant de l'appui de l'em-

n «it eicom- pereur. Nicolas n'hésite pas à se mesurer avec ce potentat.

"""pape.*"^ * S^"" '^ refus réitéré de celui-ci de se rendre à un synode, le Pape lance contre lui l'excommunication majeure. Le Liber Pontificalis nous a laissé de la ville de Ravenne, au lendemain du décret pontifical, un tableau qui nous montre quelle était alors l'autorité morale du Souverain Pontife et le respect des peines spirituelles infligées par le Saint-Siège. Chacun s'écarte de l'excommunié et lui ferme sa porte ; ses fournisseurs lui refusent leurs services ; d'aussi loin qu'on t^aperç^it, dans une rue ou sur une place, escorté des gens de

1. Rnthadum a Nicolao papa non eanonict t*d potentialiter rettitulum. Annales b*rt., ann. 865, p. 144.

LE SAirci EMPIllE KOMAIN l03

sa suite, on s'écrie : « Voici les excommuniés ' ». Jean recourt alors à l'empereur qui « l'invite d'abord à s'incliner devant le Pontife, à qui l'Eglise entière obéit ». Louis II consent pourtant, sur les instances de Jean, à intercéder pour lui auprès du

Pape. Mais c'est en vain. Jean feint alors de se soumettre. Vil SoumissloB

.,,,.. ,v. 1 hypocrite du

et rampant, comme tous ceux en qui 1 ambition a étoutle la prélat.

conscience, il fait, en des termes d'une exagération calculée, une soumission que le Souverain Pontife daigne accepter j Mais on apprend bientôt que rien n'a été changé dans le gouvernement de Ravenne. De nombreux groupes de Ravennates opprimés viennent porter leurs doléances à Rome. C'est alors Répresilon que Nicolas prend une décision énergique. Il se rend en per- eiercéé^par sonne à Ravenne, et là, usant de ce droit de directe et immé- '*''" NicoU». diate intervention que l'Eglise a toujours reconnu aux Papes sur les divers diocèses, il écoute les plaintes des laïques et des clercs, juge en dernier ressort les causes portées devant lui, ordonne la restitution des biens volés, change le personnel administratif là où il le juge utile, bref, commande en maître dans Ravenne. Accablé par ce coup d'audace, Jean se soumet encore une fois. Mais il paraît bien que cette seconde soumission ne fut pas plus sincère que la première. La déposition solennelle de Jean de Ravenne par le concile da Latran eut seule raison de sou obstination.

En même temps qu'il faisait trembler les indignes princes de „ ,, ^.j, . l'Eglise, saint Nicolas devenait de plus en plus cher aux fidèles. Pape. Le peuple, comprenant que l'amour de la justice était la seule inspiration des jugements du Pontife, accourait de partout pour lui exposer ses griefs ou pour lui demander une direction. Saint Nicolas fut un grand justicier, comme saint Grégoire le Grand et saint Louis.

Mais il semblait dit que ce saint Pape verrait se dresser devant lui toutes les grandes puissances du monde. De récents

L Lib. Pontif., U, 156.

404 niSTOIRE GÉNÉRALE DK L ËGUSE

"«"o'Wiii- ^'■3'^'a"^ sur l'empire byzantin ont montré comment, à mesure lirure d« que Icmpire carolingien se désagrégeait, celui de Coiistanti-

|l» tu )!• «iè- nople hrillait d'un nouvel éclat. Quand, en 856. après la paci- •*•• Gcation de la querelle iconoclaste par la grande impératrice

Théodora, Michel l'Ivrogne, son fils indigne, lui succéda sur le trône, une véritable renaissance politique, littéraire el .«rtistique donnait à l'empire byzantin comme un élan nouveau. Tandis que les polili(|ues rêvaient, à la faveur de la décadence occidentale, de ressaisir l'empire du monde, les lettrés prétendaient restaurer la haute culture de l'hellénisme antique. Le César Bardas, frère de Théodora, se Ct le protecteur des éludes savantes. Platoniciens et aristotéliciens se livraient d'ardents combats. Le plus brillant, le plus actif des habitués de ces joutes littéraires était, à l'avènement de Michel III, un jeune diplomate de 39 ans qui s'appelait Photius. Fils d'un officier de la garde impériale, petit neveu du patriarche saint Taraise, allié à la famille de l'empereur par un de ses oncles qui avait épousé la sœur de Théodora et de Bardas, Pholius jouissait par sa famille et par ses relations d'une influence considérable. Mais il était beaucoup plus fier kmmmïniL du prestige que lui donnait sa science. Les ouvrages qui nous restent de lui, cette prodigieuse Bibliothèque des dix mille livres, comme il l'appelait, analyse sommaire, générale et critique de tous les ouvrages qu'il lisait, sorte de journal littéraire qui a servi de modèle à bien des savants et qui n'a jamais été dépassé, nous donne une idée de l'étendue de ses connaissances, de la puissance de son travail et de la pénétration de son esprit. Les circonstances l'engagèrent dans la politique. Lei infinies ressources que devait y déployer son intelligence souple et tenace ont pu faire dire que la politique et l'ambition avaient été les grands ressorts de son existence. 11 ne paraît pas qu'il eu soit ainsi. Photius est l'homme qui se considère avant tout comme le savant infaillible, l'esprit supérieur, dont l'admiration s'impose à tous. On peut croire qu'il a été sincère lorsqu'il a dit n'avoir jamais ambitionné le patriarcat. La grande passion de son âme est un besoin d'être estimé ct admiré, mais pour ses qualités personnelles, et non pour l'éclat ipù lui peut venir du dehors. Il est si convaincu qu'il honore le siège patriarcal, bien plus que le siège patriarcal ne l'honore ! Si

LE SÂDiT EHPinE ROMAIN 405

cet homme a menti impudemment, s'il a falsifié les textes, s'il Caractériel a fait entrer l'hypocrisie dans ses moyens d'action, c'est plus homma : !"«» pour justifier tous ses actes et toutes ses idées, pour éviter une *'»•"• humiliation à son amour-propre, pour ne pas perdre une parcelle de l'admiration qu'il juge lui être due, que pour gravir un échelon dans la carrière des honneurs : incommensurable et irréductible orgueil de l'esprit, qui n'opère pas moins de ravages dans une âme, ni de troubles dans les sociétés, que les folies de la passion sensuelle ou les âpres convoitises de l'ambition • !

L'homme vraiment perdu de mœurs, le vulgaire ambitieux, Le Q^aar Bi» ce n'est pas l'eunuque Photius, c'est le César Bardas . Intelligent, mais sceptique, doué de vraies qualités d'homme d'État, mais vindicatif, haineux, et poussant la débauche jusqu'au cynisme, il se donne pour mission de corrompre son royal neveu. La cour de Constantinople devient le théâtre d'orgies im possibles à décrire '. Bardas, élevé par Michel aux plus hautes dignités, afBche publiquement ses relations incestueuses avec sa belle-fille. Le jour de l'Epiphanie de l'année 837, le patriarche de Constantinople, saint Ignace, nouA'eau Jean-Baptiste, lui reproche son crime, et lui refuse, suivant les règles de l'Eglise, la sainte communion. La vengeance de Bardas éclate. Il arrache au jeime empereur un décret d'exil contre l'impéra- D^posHS»* «t

trice mère Théodora, qu'il accuse d'être de connivence avec le ignaca *« courageux patriarche, obtient la relégation de saint Ignace C<>°**^**«*" dans ime île de la Propontide et fait désigner, pour prendre sa place, Photius. Celui-ci a toujours protesté qu'il avait fait tout au monde pour se dérober à cette dignité. Comblé d'honneurs, protospathaire, c'est-à-dire officier supérieur dans la garde, conseiller intime de l'empereur, universellement honoré pour sa science, Photius savait en outre, en sa qualité de canoniste exercé, que son élection à un siège non légalement vacant serait frappée de nullité. Les démarches faites auprès d'Ignace latroîilaatta* pour obtenir de lui sa démission se heurtaient à un refus f "«hMobstiné. Finalement Photius consentit. Il était simple laïque, ,

1. Cette iwyehologie de Photins, an pen ditférente de celle <ni'on lai At- Wbae oriiinairement, semble résulter de l'étude minutiengt faite enr sa t1« et ses écrits par le P Lapôtre. Voir L'Europe et It Saint Utége é l'ipofut carolingienne, p. 65-6).

2. L'abbé Rohrbacher y a fait allusion dans la première édition de SM Butoir* <4 VÈglite. On a dû eUacer le passage dtuu \at éditions ■uivanlea.

i06 HISTOir.E GËMÉnALB DB L ÉGLISE

il est vrai ; mais on avait déjà \m plusieurs fois des laïques <^le vés par les empereurs au sièj^e patriarcal '. Le successeur dL^signé d'Ignace fut tonsuré le 20 décembre 8.ï7 et reçut, les jours suivants, successivement tous les ordres. L'avant-veille de Noël, il fut ofTiciollement élu patriarche par un conciliabule tenu dans le palais impérial. On trouva, pour le sacrer, le jour 6ricolr« Ai- de Noël, un évéque interdit qui s'appelait Grégoire Asbesta. Fils de l'ancien empereur Léon l'Arménien, ce Grégoire Asbesta faisait plutôt remarquer en sa personne la hautaine fierté du grand seigneur que l'humilité de l'apôtre. Archevêque de Syracuse, il avait abandonné son poste à la suite des invasions des Sarrasins. Retiré à Constantinople, il fut froissé de voir Ignace lui interdire de coopérer à son sacre. En pleine église de Sainte-Sophie, on l'avait -vti jeter violemment à terre, par dépit, le cierge qu'il tenait à la main. A partir de ce moment, Grégoire Asbesta ne fit plus que conspirer. Chef d'im petit clan de mécontents, dont Photius faisait partie ', il n'avait plus cessé de faire opposition au gouvernement du saint patriarche ; d'où son interdiction ab officio par le pape Benoît 111 '. Le prélat révolté profita d'une occasion nouvelle qui s'offrait à lui, de se venger de son ancien patriarche en consacrant l'usurpateur.

Une fois sacré, Photius, s'il est vrai qu'il eût accepté sa nouvelle dignité à son corps défendant, changea complètement de tactique. Nul homme n'a soutenu ses prérogatives avec plus d'acharnement, nul n'a poursuivi ses desseins avec plus d'hypocrisie et un plus grand mépris de la probité et de la justice. La majorité des évêques, si l'on en croit Métrophane ', se déclara d'abord contre le nouvel élu. Les droits d'Ignace étaient trop évidents pour qu'il n'en fut pas ainsi. Mais par toutes sortes de moyens on les gagna l'un après l'autre. Cinq opposants lut- ^ . . taient encore. Photius désarma leur opposition en proclamant r^rkotlu». et en déclarant par écrit qu'il tenait Ignace pour le plus irréprochable des hommes, et qu'il ne ferait jamais rien contre luL

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