‹ Histoire générale de l'Église (volume 5)Chapitre 230 sur 278 · Lib. Ponlif., U · texte numérisé non relu

Lib. Ponlif., U

ehariUibleâ.

en sorte que la cité devint pour toute la contrée voisine uq refuge assuré contre toutes l?.s attatjues ennemies '. m

Saint Nicolas 1" n'oublia pas, au milieu des préoccupations n protège le»

Bciecrt>g et las

ans.

politiques de son pontificat, de protéjjer les progrès des sciences et des arts. « Il est certain, dit un historien allemand, que Nicolas conserva cet amour pour les arts et la science, qu'il tenait de son père. Comme en Grèce, on s'occupait sous son règne à enluminer et à orner de peintures d'or les magnifiques exemplaires des Saintes Ecritures. On peut citer un abbé du Mont-Cassin, Berthaire, qui a laissé des ouvrages sur l'Ancien et le Nouveau Testament, sur la grammaire et la médecine '. » Saint Berthaire, né, dit-on, de race royale, mourut martyr, tué par les Sarrasins, en SS4. Il fut une des lumières de son siècle, mais nous avons peu de détails sur sa ^•ie. Plus illustres furent Hincmar de Reinis, Ratramne Grand* de Corbie, Paschase Radbert et Scot Erigène. Saint Paschase ^hommes de Radbert précéda de deux années saint Nicolas dans la tombe. Ilincmar, Ratramne et Scot Erigène lui survécurent quelque temps. Par eux la Renaissance carolingienne se raviva.

Nous avons déjà rencontré Hincmar de Reims. D'abord Hincmar de

moine de Saint-Denis, puis élu archevêque de Reims en Sli, ï^^™'- àéfea- ' '^ ^ ' seur de la Ira-

il fut pendant près de quarante ans comme l'arbitre intellec- diUoa.

tuel de l'Eglise de France. On l'a comparé à Bossuet. Moins grand par le génie, il se fait, comme l'évêque de Meaux, le défenseur perpétuel de la tradition. La défense infatigable de la tradition sous toutes ses formes, est peut-être ce qui caractérise le mieux toute la vie et toute l'œuvre d'Hincmar. Qu'il découvre dans la doctrine d'un moine allemand, Gotlescalc, une doctrine empreinte d'un esprit de nouveauté, il poursuivra la doctrine et l'homme avec une ardeur parfois excessive, mais toujours sincère. Placé sur le siège de Reims, qui conserve

t. Lib. Pontif., n. 164.

2. BiXKÀ.'ii', Die Politik der Pûpste von Grrrjor 1 bU Crerjor VU,

410 nlSTOinE GÉNÉniLE DE L EiiLlsE

le souvenir de l'onction royale de Clovis par saint Rémi et du couronnement de Pépin et de Charlemagne par diuj Papes, il voudra perpétuer les traditions de son siège épiscopal en se faisant en (juelque sorte le tuteur de la royauté franque. Ainsi s'cxplique-tron qu'il soit tantôt, en Lice du Pape, le défenseur de l'Église, de France groupée autour le son roi, tantôt, en face du roi, le pasteur chargé de lui Adresser des admonestations salutaires au nom de l'Eglise. M écrit à Louis III : « L'empereur Louis n'a pas tant vécu pae son père Charles ; Charlemagne votre aïeul n'a pas vécu autant d'années que son père ; votre père a moins vécu que votre aïeul ; quand vous serez dans l'état où votre père et votre aïeul ont été à Coinpiègnc, inclinez vos yeux vers la place où est couché votre père. Vous et les vôtres disparaîtrez bientôt; et la sainte Église, avec ses cheft, continuera d'exister sous le gouvernement du Christ, conformément à sa prodimniM messe ». C'est par amour de la tradition qu'Hincmar défend léufe !il It ^* pénitence puhlique, en dépit des mœurs rjui l'abandonnent, péniieuce pn- gt cherche à justifier les ordalies contre saint Agohard de dlîli'eV «tdeB Lj'on, qui maudit ces épreuves sanguinaires comme étant U ''uipomaia.*' contradiction vivante de l'Évangile. C'est sans doute encore par un culte mal entendu de la tradition qu'Hincmar fait valoir contre le Pape les prétendus droits des évêques métropolitains ; mais c'est par un zèle louable en faveur des coutumes traditionnelles de l'Église qu'il réagit contre la décadence de la vie ecclésiastique. 11 nous reste cinq capitulaires de l'archevêque de Ueims. Ils ont ceci de particulier, qu'ils ont été promulgués après enquêtes et réunions de synodes. Hincmar passe à bon droit pour être l'auteur ou du moins le premier promulgateur des lois synodales en France '. BlDcmu r*- L,® renouvellement des é'udes, la réforme des mœurs, la formaunr de décence du culte, tels sont les objets principaux des règlements ■iuUqo». synodaux de l'archevêque de Reims, et son esprit éminemment pratique entre dans de tels détails, qu'il serait possible, à l'aide de ces règlements, de reconstituer la vie journalière d'un prêtre à cette époque.

Chac^ue matin, après les Laudes, les prêtres, qui rivent

t. Abbé ViDin, Binemar de Reims, Pmris. 1875, p. 167 «t IL

ordinairement sons la conduite d'un ancien, font chanter Ujoorats dans l'église les heures de Prime, de Tierce, de Sexte et de ix'^B'iècU." None. Ils célèbrent ensuite la sainte messe, puis s'en vont vaquer aux travaux des champs. Ils restent à jeun jusqu'à l'heure du repas qu'ils prennent au milieu du jour. Cette heure varie suivant les saisons. Ce jeûne est nécessaire, dit Hincmar, afin que le prêtre soit en état de secourir les malades, les pèlerins qui passent et d'enterrer les morts. Nous savons en effet, par des capitulaires antérieurs, que le prêtre devait être à jeun pour accomplir la plupart de ses fonctions, notamment pour administrer le baptême. Cette règle se relâchait cependant peu à peu à cette époque.

Les prêtres se réunissaient aux calendes de chaque mois iDBtitntion de» pour conférer entre eux. C'est l'apparition de la coutume des ''eociéiia*^* conférences ecclésiastiques. Hincmar veille à ce que ces tiquet. réunions ne deviennent pas l'occasion de repas, où « l'on viderait trop de coupes en l'honneur des anges et des saints ». 11 se préoccupe davantage des repas célébrés à l'occasion de l'anniversaire d'un défunt, où l'on représentait parfois des spectacles bouffons, avec un ours, des danseurs, et des figures de démons appelés ialamasques. De grandes difficultés surgissaient à propos des église^ qui avaient été bâties sur les terres des seigneurs. Ceux-ci avaient le droit d'élection. Il en résultcùt des abus, contre lesquels Hincmar proteste avec force. Les prêtres seront surveillés par leurs doyens, les doyens par les archidiacres, ceux-ci par les évêques, et les évêques parleur métropolitain.

Hincmar, mort en 882, n'est ni un philosophe, ni un grand écrivain. Son style est diffus, et sa méthode théologique consiste surtout à rattacher un certain nombre de notions à des textes patristiques. Mais, malgré ses défauts et ses erreurs, Hincmar est justement considéré comme une des gloires de l'Église de France.

Tout autre est son célèbre adversaire, Ratramne de Corbie. Ratramne da Esprit vif et aventureux, prompt à embrasser les opinions nouvelles, sa vaste érudition et l'élégance de son style lui valent l'amitié des hommes les plus célèbres, de Loup de Ferrières, d'Odon de Beauvais et d'Hildegaire de Meaux. On sait peu de choses sur sa vie. Toujours en lutte contre

Bill. gèu. de l'Egliae. 27

Corbie.

418 HISTOIRE G^ÉRALE DE L EGUSE

Ilincmar, à qui il reproche d'accepter sans critique toutes les vieilles traditions ', il abuse, dit-on, de son crédit à la cour de (iharles le Chauve pour y discréditer l'archevêque de Reims. Mais cette altitude, si elle a vraiment été la sienne, ne paraît pas avoir dctruit la confiance qu'on avait en lui. En 868, peu de temps avant sa mort, le pape saint Nicolas avait demandé à tous les évêques de France et même de l'Occident de réilii^er une réponse à Pholius, qui, dans un manifeste adressé aux Bulgares en 866, puis dans les actes du pseudo-co' ile de Constanlinople en 867, avait habilement résumé to^s ses Rairainne frpiels contre l'Eglise romaine. Ratramne, simple moine, est fi^use de l'or- désigné pour prendre la parole au nom de l'Occident. Soa tr°Pb^oiiu>^au ouvrage, divisé en quatre livres, est remarquable de verve, nom de l'Oc- j-^pudifion et de dialectique. II ne passe sous silence aucune des neuf accusations portées contre 1 Eglise romaine par Photius ; mais il s'attache avant tout au dogme de la processioi» du Saint-Esprit par le Père et par le Fils, qu'il démontre dans les trois premiers livres. II défend ensuite le célibat des prêtres, l'insertion du Filioquc dans le Sj-mbole et la primauté de l'évêque de Rome. Il termine ainsi : « Nous avons réjjondu comme nous avons pu à ce que vous nous avez écrit. Si vous en ête- content, rendons grâces à Dieu ; si cela vous déplaît, j'attends votre critique ' ». Photitis ne put relever le défi. Au moment où paraissait l'œuvre de Ratramne, il était exilé dans un couvent par Basile le Macédonien. Ratramne ne survécut lui-même que peu de temps à la publication de son ouvrage, et mourut la même année (868)'. Ratramne avait voulu rester simple moine pour pouvoir se livrer plus complètement à la science et à la piété. Son abbé, otint P«?.hase Paschase Radbert, s'était démis de sa charge en 8Sl pour la RaJipeii. jQ(5n,e raison. Dans la célèbre abbaye de Corbie, où, sous la direction de saint Adalard et de Wala son frère, s'étaient rencontrés Ratramne, le savant moine, Anschaire, l'apôtre des Scandinaves, Warin,rabbë de la Nouvelle-Corbie, Uildemanu et Odon de Beauvais, une ardeur égale enflammait alors 1«»

1. Par exeoiple la tradition delà Salote Ampoule, de Reims, dont il est bit mention pour lu iTi-n.Hire loii dans Iw écrilâ d'ilincmur. a /' L . CX.\1. 3>6.

' ,c Ui-r- aire, V. 332 et ».

LE SAI.vr EMPIRE ROMAIN 419

mornes pour la science et pour l'apostolat. Tliéolnsrîen pri*f'i<= p< Cnra i^re de pénétrant, écrivain sobre, clair, mais sans envolée, l'asch- .ae .-(loiiup Radbert est peut-être l'homme qui représente le plus exae- ".

tement la science théologique de son temps, science faite encore de compilations, de récapitulations et de soudures, qui s'appuie surtout sur l'autorité de l'Ecriture et des Pères, sans grand élan pour l'invention et pour la philosophie, mais où l'esprit interrogateur s'éveille parfois et poursuit avec avidité des problèmes pratiques. Les commentaires de saint Paschase Radbert sur saint Mathieu et sur le prophète Jérémie, ses traités Du corps et du sang de Jésus-Christ et De l'enfantement de la Vierge, ses biographies de saint Adalard el <iu Wala, sont marqués au coin d'un esprit solide, érudit et plein d'onction.

Un seul homme, au ix" siècle, ouvre la voie aux spécu- Jations métaphj'siques, et il le fait avec une impétuosité et une jiardiesse qui déconcertent les esprits de son temps et le conduisent lui-même sur les confins de l'hérésie : c'est Scot Eri- SotÉrigènp gène. Ce génie solitaire, qui ne fonde aucune école, construit un système dont la puissante originalité étonne encore aujourd'hui les penseurs.

Le début et la fin de la vie de Scot Ériugène ou Érigène sont pleins de mystères. Venu d'Ecosse ou d'Irlande, reçu avec faveur à la cour de Charles le Chauve, « auprès de ce prince instruit de bonne heure par une mère dont l'érudition étonne les évêques, à côté de ce Franc énergique et d'une imagination byzantine, qui se plaît aux subtiles discussion» de la théologie comme aux dessins des manuscrits enluminés de pourpre et d'or ' », le génie spéculatif, subtil et mystique de Scot Erigène se déploie librement. Il traduit du grec I-. > n ,,„œuvres du Pseudo-Denis l'Aréopagite ; et cette traduction 'i profond philosophe néo-platonicien du v* siècle', excite le inquiétudes du Pape saint Nicolas, qui réclame le contrAie de l'ouvrage, et qui n'ose pourtant sévir. Elle provoque l'i-tonnement des hommes les plus éminents de l'époque : « (3oniaxeat, dit le savant Anastase, un homme né sur les coaUus

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