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EUt. de l'Église, III

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déposer leur épée pour y vivre d'une vie de retraite et de silence. C'est là, parmi ces âmes maîtresses de leurs passions, élevées au-dessus de toutes les considérations mesquines de la terre, qu'Albéric et Ihij^ues pensèrent trouver l'arbitre impartial dont ils avaient besoin. Au pieux Bernon avait succédé, à la tête de l'abbaye, celui que l'Église devait placer un jour s«jBt Odon. sur ses autels sous le nom de saint Odon. Né au pays du Maine en 879, d'abord brillant officier sous les ordres de Foulques le Bon, comte d'Anjou, puis de Guillaume le Pieux, duc d'Aquitaine, Odon avait abandonné 1«^ métier des armes pour entrer chez les chanoines réguliers de Saint-Martin de Tours. Lh, un jour qu'il lisait Virgile, la gr.'ice le toucha. A partir de ce moment la lecture du poète latin, qu'il avait passionnément aimé, lui parut fade en comparaison de la méditation de la Règle de saint Benoit, dont il fit désormais ses délices. Entré au monastère de Cluny, ses vertus et sa science le désignèrent au choix de ses frères, qui, en 927, au moment où la puissance de Marozie s'étalait le plus impudemment sur l'Eglise, l'élurent pour leur abbé.

C'est à lui que le roi de Provence et le patrice des Romains s'adres.sèrent pour mettre fin à leurs querelles. Odon vint à SoQ «gceodaiii Rome en 93G ; il y revint en 938 et 942. Non seulement il rélar Aibénc jjjjjlil la paix entre les deux souverains, mais il sut gagner la confiance d'Albéric, qui se dirigea souvent d'après ses conseils. La mort de saint Odon de Cluny, en 942, fut un grand deuil pour l'Église, une grande perte pour le « Prince des Romains ». La présence et les avis du saint abbé eussent sans doute détourné, quelques années plus tard, le fils de Marozie, Albérie fait de l'acte regrettable qui fut la grande faute de sa vie. Aveuglé *miiTo'"énr''e" P»'' l'affection paternelle, Albérie persuada au bon Pape pape «ou flik Agapit II que le plus sûr moyen d'éviter des troubles quand s'ouvrirait sa succession au Siège pontifical, serait de faire acclamer dès cette heure par le peuple le futur Pontife romain ; et il désigna pour cette haute dignité son jeune fils Octavien. Rassemblé dans la basilique de Saint-Pierre, le clergé et le peuple jurèrent d'élire pour Pontife, à la mort du Pape régnant, le fils d'Albéric. Rien n'était plus contraire au droit canonique ; aucun choix ne devait être plus désastreux.

Quand, en 924, Albérie mourut, Octavien fut proclamé

Prince et sénatear de tous les Romains; l'année suivante, après le décès du pape Agapit, il fut acclamé évêque de Rome et chef de l'Église universelle. C'était un jeune homme de Portrait d'fv.seize ans, que rien dans sa vie ne désignait poi^ cette dignité, ""* que tout aurait dû en écarter. On le voyait peu à l'égli.se. Ses jours et ses nuits se passaient en compagnie de jeunes gens et de personnes perdues de réputation, dans les plaisirs de la tahie, du jeu et de la chasse, ou dans des voluptés plus coupables encore. On racontait même que plus d'une fois, au milieu d'une orgie, on avait vu le prince boire à la santé du diable. Elevé à la dignité pontificale, Octavien voulut changer de nom et s'appeler Jean XII. C'est le premier Pape qui ait J'-ai xn donné cet exemple. Mais le caractère pontifical ne changea rien à ses mœurs, et ne fit qu'y ajouter le sacrilège'. La Providence qui veille sur l'Eglise se contenta de préserver miraculeusement le dépôt de la foi, dont ce jevme débauché avait la garde. La vie de ce Pape fut le plus monstrueux des scandales, mais son bullaire est impeccable. Nous n'admirons pas assez ce prodige. Il n'est pas un hérétique, pas un schismatique qiii n'ait voulu légitimer dogmatiquement sa propre conduite : Photius cherche à justifier son orgueil, Luther ses passions sensuelles, Calvin sa froide cruauté. Ni Serge III, ni Jean XII, ni Benoît IX, ni Alexandre VI, Pontifes suprêmes, définiteurs de la foi, sûrs d'être écoutés et obéis par l'Eglise entière, ne tenteront de dire, du haut de leur chaire apostolique, un mot qui puisse confirmer leurs désordres.

Jean XII sut même se faire, à l'occasion, le défenseur de l'ordre social menacé, du droit canonique violé et de la vie religieuse compromise.

En 930, le marquis d'Ivrée, Bérenger le Jeune, petit-fils de l'empereur Bérenger qu'avait sacré en 901 le pape Benoît IV, s'était empairé du royaume d'Italie et y exerçait une domination tyrannique. Jean XII, répondant aux vœux de la population, implora le secours du roi allemand Otton, qui descendit en Italie, chassa Bérenger et donna la paix à Rome et à la péninsule. On accueillit le sauveur comme ua nouveau Charlemagne. Le 2 février 962, le pape Jean XII le couronna solen-

i. HMii, VI, 187 et 8. ; Màxbi, XVni, 465 ; H. G H., Seriptores, ni, 343.

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I»»a x:i cou- nellement empereur, avec Adélaïde, son épouse, qui fit monter empeieir la sainteté sur le trône impérial. Le sacre d'Olton fut suivi ^ycJij. d'un traité important, dont on conserve encore aux archives du Vatican une copie contemporaine authentique. C'est le L» « PrivUêg* célèbre l'rivilcgium Oitonis. Parle nouveau pacte, l'empereur reVi"r le"' garantissait au Souverain Pontife toutes ses possessions ou droit public revendications temporelles ; le Pape promettait de son côté Ctarioma^ae . que ses successeurs, avant leur consécration, renouvelleraient, en présence de l'empereur régnant ou de ses légats, « les promesses faites par le [)ape Léon », Cet acte, daté du 13 février 9G2. faisait revivre purement et simplement le droit du IX' siècle. Les successeurs d'Otton, Olton lui-même devaient bientôt abuser des clauses de ce traité et intervenir trop autoritairement dans l'élection des Paj)es. mais le rétablissement de l'empire fut. en somme, un bienfait pour l'Eglise et pour la société. Elle délivra la Papauté du joug odieux de la féodalité italienne.

Dès l'année suivante, en 963, le premier conflit éclata. L'empereur Otton, par un abus de ses pouvoirs et pour se venger d'un j)rocédé de Jean Xll, fit déposer le Pape par un synode et fit élire à sa place le protoscriniaire Léon, sous le nom d* Léon Vlll. Mais Jean XII réussit à réunir à son tour un concile régulier, qui cassa les décisions de l'assemblée tenue pai Otton. Elles étaient cnlacliées d'un double caractère de nullité : en condanmant et en déposant le chef suprême de l'Église, le prétendu concile avait violé le principe d'après lequel le Pape ne peut êtri' jugé par personne ; et en élisant le protoscriniaire Léon, f[ui n'était point dans les ordres sacrés, il avait contrevenu à une ancienne tradition, qui voulait que le Pape fut pris dans le clergé cnnlinal. c'est-à-dire dans le clergé attaché [incardinnliis] à une église.

- En défendant cette <!;iuse, le jeune Pape défendait, il est

Trai, celle de ses intérêts personnels ; mais elle était aussi celle de la justice.

Il défendait ses intiM-êls spirituels, lorsqu'il prenait fait et

cause pour les moini-s. liivuri.siiit j.urs progrès et leur

réforme, et les suppliait d'iiii|iliii'.'r |i(iur lui la miséricorde di-

)«aa XII et vine. En confirmant il:iii-- ses lucn^ ''t :.ms ses droits le mo-

Koudstiuu*. austère vénéré de Subiaco, il detuuiidail, par une bulle spé-

Ciupy.

tE SAINT EMPIUE ROMAIN 4CT

ciale. aua. religieux du couvent de « chanter chaque jour, pour la guérisoa de son âme, cent Kyrie eleison et cent Christe i^leison ' ». Sur seize bulles ou lettres qui nous restent de Jean XII, neuf ont pour objet de sauvegarder les droits et prérogatives des monastères. L'avenir de l'Eglise était là. Sous la direction de saint Mayeul, qui continuait les traditions de saint Odon et dont l'œuvre devait être poursuivie par saint Odilon et par saint Hugues, Tabbaj'e de Cluny voyait se grouper autour d'elle des prieurés, s'affiliait d'autres abbayes, englobait sous sa iuridiclion de nombreux monastères. Une L'Ordre de forme nouvelle de la vie monastique apparaissait dans l'Eglise. Au lieu de maisons individuellement autonomes, une fédéra-, tion de monastères, sous la direction d'une abbaye-mère et d'un Archi-abbé, un Ordre religieux proprement dit venait de naître, exempt au temporel de tout pouvoir civil comme alleu souverain, exempt au spirituel de toute autre autorité ecclésiastique que celle du Pope; puissance considérable, qui devait, par les vertus et par la science, acquérir sur les empereurs et sur les rois, sur les seigneurs et sur les foules, sur les simples clercs et sur les Papes, une influence réformatrice profonde '. L'institution monastique, que la Papauté, même défaillante, avait toujours encouragée et bénie, restaurera à son tour l'honneur de lu Papauté décadente ; l'Église saura ainsi trouver en elle-mêmo lu force régénératrice dont elle a besoin : d'un de cas monastères protégés par Jean XII, va sortir saint Grégoire VII.

1. P. L., CXXXIII, 1024. Faut 11 voir là quelqpie sentiment de repenllf N'était ce qu'une simplu formule de chancellerie î

2 E CuKJOs, L'ordre de Cluny et la réfortne de l'Eglise, dans La Franc* ^rèlienm dana Vk'uioire, g. Ifcl.

APPENDICE

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