LÉGUSE DANS SON CENTRE
Conslanlinople, auprès de l'empereur Tibère Constantin. Une lollc situation était, à cette époque, une des plus hautes et des pl'jb imporlautes de l'Eglise.
Le contraste dut paraître frappent au nouveau nonce entre
l.n Cour
l'humble cellule qu'il venait d'abandonner et le splendide pa- i vz-n'inf «n lais impérial qui lui fut assigné pour résidence '. Byzance brillait alurs de tout l'éclat que l'empereur Justinien et l'impératrice Théodora lui avaient donné. L'art byzantin, à son apogée, encouragé par les profusions des souverains, avait multiplié, dans des monuments gigantesques, l'or, l'argent, les marbres précieux, les émaux et les pierreries. La merveille de ces merveilles était l'église de Sainte-Sophie, rebâtie par Justinien, avec sa vaste coupole de 31 mètres de diamètre. On raconte que le jour de la dédicace, le 27 décembre 537, Justinien, ivre '
de joie, s'était écrié : « Salomon, je t'ai vaincu ! » Les cérémonies qui se déroulaient dans ces palais, dans ces temples, étaient en harmonie avec ces monuments antiques. Que de chefs barbares, venus à Constantinople pour traiter des af- '
faires politiques de leur pays, s'étaient trouvés fascinés par ces magnificences ! Quand le « divin Empereur » apparaiss;ait, aux jours des réceptions solennelles, trùnant dans le gr:?nil triclinium de la salle du trône, revêtu de la chlamyde de pourpre brochée d'or, le front éclairé du feu des pierreries de la couronne impériale, et que les courtisans, les princes barbares et les ambassadeurs étrangers, suivant un rite dont un cérémonial précis avait fixé les détails, courbaient trois fois leurs fronts aux pieds du Basileus oriental, et devait être le plus féerique des spectacles*.
I Le nonce était logé dans le palais de l'empereor. Moral, froef, c. 1 et t. P. L., LX.W. 5H.
2. Sur les raagnificencos de Conglantinople ou ti» siècle, voir Cli. Uikbi,. Justinien et la ci'ilisudoii. byianline au vi" siècle, na vol. gr. in-8", Paris, 1901 Voir lu détnil de ces cérémonies dans le livre des Cénnionits, Miriii. P. L . t CXII, col. 7'.' et suiv. el col 1047. c;f. M'>h. Germ. hUt., Scri/it., t. III, p. 333. M KcRin, /.m Origines de la civilisa tinn moderne, l. 1, ch. Ti, Bytaiice, eu a fiJ' le tubleau ; mais ceci dans deux mosaïques de l'époque
62 HISTOIRE r.ÉNÉRALE DE t.*ÉCLISE
Miièrsi pro- Mais ce décor resplendissant cachait des misères que l'apo-
rempire * crisiaire de Pelage ne tarda pas à découvrir. Les magnificences
de l'empereur Justinien avaient ruiné le trésor public. Lorsque u* «nobsrras •^ . '
Hotociars. son successeur, l'empereur Justin II, parut pour la première
fois au ciraue, il fut accueilli par le cri de la foule qui lui disait : Aie pitié de nous ! Justin remboursa les emprunts forcés que Justinien avait imposés, mais, en compensation, il refusa de paye» aux barbares les tributs accoutumés. Ceux-ci se retournèrenl t«» incursioD» alors contre l'empire. Les Avars, peuplade indomptée, de la ud* ë»rb»re». niême race que les Huns, avaient campé en Pannonie et multipliaient leurs incursions sur les terres impériales. Les Lombiirds ravageaient l'Italie; les Perses envahissaient la Syrie '. Quand, en K74, Tibère Constantin, ancien chef des gardes de Justin, monta sur le trône, à la mort de ce dernier, il comprit que ce serait une chimère que de vouloir maintenir dans son intéïrité l'oeuvre de Justinien. Il se refusa à toute intervention en Italie contre les Lombards, et se contenta de mener une vigoureuse campagne contre les Perses.
Une troisième plaie, conséquence des deux premières, désor^iiitieux de lait l'Orient, c'était le sj'stème hiérarchique de l'église orien-
la^erTiile- ^^"^1 H"'' P*^" ^ P^"' ^^'^'^ ^^^ tout l'épiscopat SOUS la domina- Bieriiduclergi' [[q^ Jh patriarche de Constantinople et le patriarche de Conslanlinople aux pieds de I empereur. Les guerres des Perses et les troubles intérieurs des provinces de l'est de l'empire, où l'on s'entre-déchirail dans les querelles dDgmati([ues du monophysisme, avaient ruiné le prestige du patriarche d'Alexandrie. La situation du patriarche d'Antioche était peut-être pire. Pour parvenir à ce siège, il fallait désormais, — les exemples d'Etienne 111 et de Gilandion en faisaient foi, — « passer, comme on l'a dit, sous les fourches caudines de l'approbatioi que donnait l'évêque de Byzance»'. Et celui-ci était l'iiomm» de l'empereur. Il l'était devenu aussitôt qu'il y avait eu, suivant les expressions de Mgr Duchesne, « une cour chrétienne et
qui «e trouvent & l'égllte San Vitale do Ravoone qu oa en trouve la saiiiUKaole évocation.
1. J LiDocitT. Le ehrittianisme dans l'empire perse, p. 177 et liUiv.Ch Dimi, Juti lien, p. i\h.
S. DcciKs», Kgliteâ tépmréet, f. 7t. R. P. Virini dîna le Dicl. de Théo- Ijgie, an mot Coiutmntinoplt.
l'égusb daks soi» centre 63
nnévêque de la cour. A celui-ci était naturellement dévolu le rôle de conseiller, de confident religieux des princes et des princesses. Son influence prit peu à peu le dessus sur toutes celles du monde ecclésiastique » '. Dès lors le patriarche de Coustantinople entraîna usa suite tous les évêques delOrient. « Pour donner à ce groupe épiscopal son nom véritable, dit encore Mgr Duchesne, il faudrait l'appeler l'épiscopat de l'empereur... Une soi-te de concile permanent, tantôt plus, tantôt moins nombreux, est constamment assemblé à portée du palais impérial. Si le souverain croit utile de le mettre en rapports directs avec les évêques occidentaux, comme il le fit pour le grand concile de Sardique, il l'expédie en bloc au lieu de la réunion, dans un long convoi de voitures postales, sous la protection d'iui officier général. L'empereur se déplace-t-il luimême ? son épiscopat s'ébranle avec lui ; on le voit s'assembler fort loin de l'Orient, à Sirmium, à Milan, à Arles. Il est difïicile d'imaginer un corps épiscopal mieux organisé, plus transportable, plus aisé à conduire ' ».
Une pareille situation avait ébloui l'empereur et le patriarche. La nouvelle Rome orientale avait déjà réclamé, au concile de 381, pour son évêque, les mêmes honneurs que pour celui de l'ancienne Rome '. De la prétention à l'égalité, on s'éleva L«g prétenk la prétention à la supériorité. On répétait le célèbre argu- tr'iarcbe"ei'*d« ment : « Ce n'est pas en Occident, c'est en Orient que le Sau- l'empereur, veur est né ». A quoi saint Grégoire de Nazianze avait déjà spirituellement répondu : « C'est aussi en Orient qu'on l'a tué ».
Le judicieux observateur qu'était Grégoire pouvait se rendre compte par lui-même de ces pgiroles, écrites quelques années auparavant par les évêques d'Italie aux légats francs, à la Teille du V» concile œcuménique, en 532 : « Les évêques grecs ont de grandes et riches églises... mais ils s'accommooent à la volonté des princes et consentent à exécuter sans débat ce que les grands leur commandent » *.