‹ Histoire générale de l'Église (volume 5)Chapitre 30 sur 278 · L-EG · texte numérisé non relu

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sions particulières de joie la conversion de ce royaume à ses amis d'Orient. Mais Grégoire se lia surtout avec l'ambassadeur espa gnol, Lcandre, évèquedeSdville, venuà Constantinople enoSi pour demander l'appui de l'empereur en faveur de son neveu, le roi Herménégilde. La Providence, avant de confier à l'humble fils de saint Benoît le gouvernement de l'Eglise universelle, le mettait ainsi en contact avec toutes les grandes forces politiques et sociales qu'il aurait un jour à diriger ou à combattre.

L'apocrisiaire pontifical dut aussi se mettre en relations avec Reintiom de , ■ , . , . sailli Qr^Roirt

les grands personnages de la société byzantme. Théotiste et avec la baut«

Gurdia, sœurs de l'empereur Maurice, plusieurs autres mem.- laac*. bres de la famille impériale, le patrice Narsès, les médecins Théotime et Théodore comptèrent parmi ses amis. On vit ce moine pâle et maladif figurer dans le cortège impérial aux grandes fêtes officielles qui se célébraient à Sainte-Sophie. Il s'y rendait par devoir. Mais son cœur le portait vers une vie plus intime et plus calme. Dans une lettre écrite plus tard à son ami saint Léandre, il lui rappelle malicieusement le temps où, Sa yle intim»; pour échapper aux distractions mondaines, ils sortaient furtivement d'une église pleine de bruit pouraller pieusement s'entretenir de Dieu avec quelques frères. Grégoire avait en effet emmené avec lui quelques religieux, et c'était en leur compagnie et en celle du pieux évêque de Séville qu'il passait les meilleurs moments de sa vie. De plus en plus fatigué par son

existence surmenée, « souffrant sans relâche de cruelles dou- ^ comment» 1 i. . -11 .. . leLivr»' ^.îoi».

leurs d entrâmes, mmé par une nèvre lente et continue » ',

il prenait son livre préféré, le livre de Job, et, devant ses amis, il le commentait ligne par ligne, en laissant son cœur librement s'épancher dans une sainte intimité. De ces confé rences intimes naqiiit le livre des Morales sur Job, la première œuvre de saint Grégoire. Elle est dédiée à Léandre, évêque de Séville. Qu'on ne cherche pas dans ce commentaire des lumières sur le sens littéral du texte. L'auteur n'en a point cure. Sa préoccupation va, en un sens, plus à fond. A chaque phrase, presfjue à chaque mot, des \'ues mystiques surgissent de son âme, des élans d'amour, de joie, d'adoration s'échappent de son cœur

l. CrnbrU viscerum doIoHf>us crvc'or, Unds qi'îdetn sed tamen rontinuU febrihus anheto. Morales sur Job Epitre dcrticaloire à saint Léandre, évêqu» de Séville. ch. t. Miciii, P. L., LX.W, col. 515.

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Quelque», «iu- Quclqucs citations nous •feront mieux comprcudre la ma» iiom : niifre du pieux commentateur. « Que le Seijjneur, s'écrie Job,

(iir 1» yrir, exauce mon désir ' ». « Remarquez ce mot, dit saint Grégoire : iD rieurt, ^^^ désix. La Vraie prière n'est pas dans la voix, mais dans le cœur. Ce ne sont pas nos paroles, ce sont nos désirs qui Tont, auprès des oreilles mystérieuses de Dieu, la force de nos cria. Si nous demandons de bouche la vie éternelle, sans la désirer du fond du cœur, noire cri est un silence. Si, sans parler, nous 4a désirons du fond du cœur, notre silence est mi cri '. »

On ne s'élonne pas que ce moine ait été consulté, dès lors, par plusieurs monastères d'Orient connue un maître de la vie mysticjue.

Un autre passage nous montrera quels parfums de pureté et de charité devaient laisser les entretiens du moine diplomate en ce milieu raffiné du monde byzantin. Arrivé à ce verset de la Vulgate : Et scies quod pacem liaLeal labernaculum iuum, et, visitans speciem tuam, non peccabis. « Tu sauras que ton tabernacle a la paix, et, visitant ton image, tu ne pécheras pas » ', nn sens mystique s'ouvre à l'âme de Grégoire. « Le

•iirlapui.i« tabernacle, c'est le corps, dit-il, et le tabernacle dans la paix,

tt u cbtt-i-ie. g'gg^ ig corps dans la pureté. » « Mais, ajoute-t-il, il n'y a pas de pureté du corps sans qu'il n'y ail en même temps tendresse de l'ûme. Et voih'i pourquoi notre texte ajoute : tu visiteras ton •image, c'est-à-dire ton prochain. Notre prochain est notre image, car en l*" considérant nous voyons ce que nous sommes. Visitons-le. La visite corporelle se fait avec les pieds ; la visite spirituelle se fait avec le cœur. L'homme visite vraiment son prochain lorsque, d'un pas que la charité presse, il va vers son prochain comme vers un autre soi-même et prêle son aide à son frère soulTrant... ah! que nous servirait de contenir nos sens par la chasteté, si nous ne dilations pas noire âme par l'amour ? * »

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