‹ Histoire générale de l'Église (volume 5)Chapitre 34 sur 278 · Qaia. n Toeas. Hi^t. Frane.. X, i · texte numérisé non relu

Qaia. n Toeas. Hi^t. Frane.. X, i

L'iOLlSB DXS9- SOS CESTRE

est [.«jsti'ricur de plus «le deiix siècles ' aux événements, et

les auteurs contemporains, ne parlent point de ces faits mira-

r leux '. Aussi les Bénédictins de Saint-Maur, dans lov.r sa-

•tnte édition des œu\Tes de saint Grégoire, les regardent

lomme douteux '.

Cependant la nouvelle de l'élection du diacre Grégoire était parvenue à Constantinople. Elle y fut accueillie par l'empereur Maurice, par les membres de la cour, par le patriarche, avec une joie unanime. Seul Grégoire tremblait. Apprenant rrue ses lettres à l'empereur avaient été interceptées, il sfin^ea à se dérober par la fuite au fardeau du souverain ponlilicat. Les portes de la ville étaient gardées par une foule rint» d« sain vigilante : il gagna des marchands étrangers, qui l'enlevèrent L„'^^,5ûp\e"l9 dans uns manne d'osier ; il s'échappa ainsi, erra de grotte en "^^^^ ^ grotte dans les montagnes et dans les bois. Au bout de trois joiu-s, la foule le retreu^■a et le ramena à Rome en triomphe '.

11 faillit se résigner au pouvoir suprême. Le 3 septembre, avant été préalablement ordonné prêtre, Grégoire fut sacré évêque de la vUle de Rome. Un peuple immense, emplissant les. cinq nefs de la basilique de Saint-Pierre, acclama le nouveau Pape.

Grégoire avait oQ ans environ. Il était de taille moyenne, pori,aJt d*

i. Panl Diacre, qni s écrit au vm« siôcto, et .'enn Diacre, qui a composé la vie de saint nrégnire à la fin duix' siiV.le, à la soiJic.laLion dn pape Jean VIH (8T[2-??2), ainsi qu.'il le déclare lui-ménae {/'. L., LXXV, 61) ne parlent pas •ncore de ce tait nnracnisnx.

Z La diacre do saiat Grégoire dû Tonr». qni assistait à la procession, no parle pas de ce miracle,, on dn moins. Grégoire lie Tours, qui donne le récit de son diacre, est mnet sur ce fait; or, on connaît le soin avec teqnel l'auteur de VHistoi^e des Fra'ias s'enquiert des moiatlres uicà l«iii3 miraculeux et I empressement avec lequel U les raconle.

3. Quœ narrantur de visa angelo et sed'ata peste dubiee rldenttir /Hei, P. L., LXXV. 2?0. C est l'opinion adoptée dans la CivUra caltohca, série 16, vol. 'V. an 1890 : Il ponlificato di S. Gregcrio Magno nella, stor-a délia tivilta crii-tiana, ^ 29,30. L'article de la. ChiUa, non signé, est du R. P. Grisar, s. .T., professeur à l'université d'Inspruck. Cf. Civilla, du l" }anvicr l'^93. p. toi. C'est à tort que les Bénédiclins éditeurs des œuvr: s ds ♦aint Grégoire Tont remontera cette procession do F90 l'origine de la Crande litnnie ou procession de saint Marc. Lo premier docuibent concernant la fitande Litanie' est de 598 (jArFB, I, 1153). Cf. Decbbsss, Origines du culte lArtlien, 2« édition, p, 277.

■i- Saint Grégoire lait plusieurs (ois allusion Jt^ ta fuite. Voir Ep. VII, 4. P. L.. t. LXXVII, toi. S55. M. G. H., Ileg., VII, 5, p. 447 et P<utorai., ptéUet,

72 mSTOIRE GÉNcRALE DE l'ÉGLISE

Saiot Gt^ l'"S traits amaigris, le teint pftle. Il avait le front large et beau, goire. j^ ^^^ légcremcnt recourbé, le menton proiininf-nt, l'œil clair, une expression noble et douce dans tout son visage '. Conpd'œll *iir Si, par delà la foule qui le saluait de ses vivais joyeux, &a ôndechré- P^^^''*^ ^^ porta, en cc moment, vers le vaste champ q\ie la tien à l'avène- Piovidencf olTiail à son zMe apostolifiue, il dut sentir passer ment .U' Saint j . ■ . • r i ■

Grégoire, sur son front un de ces nuages de tristesse qui 1 assombrissaient qiiel(jue''ois. Le schisme des Trois-Chapitres agitant toujours les provinces de VéniHie et d'istrie, le nestorianisme persistant on Asie, le monopiiysisme en Egypte, le donatisme dans le nord de l'Africjue ; en Espagne les dernières secousses «le l'arianisme exjiirant sous le roi Leovigilde ; les Lombards r.iciiavant Rome et jetant l'éjiouvanle dans toute Tltalie ; sur < oui es les frontières du monde romain des flots de barbares, venant on ne sait d'où, débordant sans cesse, apportant avec f ux on ne sait quel avenir troublant ; au midi, des races soujiles, mais amollies ; au nord, des races fières, mais indomptables ; l'empereur manifestement incapal)le de dominer la situation ; une seule force debout et grandissant sans cesse, celle de révoque de Home, celle précisément qu'on venait de met- Ire entre ses mains, à lui, âme tremblante et corps chélif : q\ù n'eut été effrayé à ce spectacle ?

l(c «Dgoiss/î» L.e.s appréhensions et les craintes du nouvel élu se manifesdii uouveau (,,nl à chaque page de sa correspondance de cette époque. Api)ienant que le patrice Jean, de Constantinople, a encouragé l'empereur à conlirmer son élection : « Voilà, lui écrit-il, où votre protection m'a conduit ! Je me plains de votre amitié, je vous reproche de m'avoir tiré du repos que vous saviez que je cherchais. Dieu vous rende les biens éternels pour votre bonne intention, mais qu'il me délivre comme il lui plaira de tant de périls ' » ! Il écrit à André, du rang des illustres • « Sur la nouvelle de mon épiscopat, pleurez, si vous m'aimez car je trouve ici tant d'occupations temporelles, que je raesen.

i. Jcnn DiAcne, I. IV, c. lisxiii, ixxiit. Jean Diacre décrit ainsi, d'une manière fort pri''cir<e, lo pnrtrnil'de saint Orr^oire. qu'il avait vu au ix* eiècle, danit In inonn-l^re adc/irum Scan' ■ ('e |H<rliHit avait été (ait peu de tampt avant l'f'liWntion dn Gré^'oire au ponlidcat Voir dans Miaiii, i*. L, t LXXV, col 4i>l i'i6, la disserlatiuD d'Aogelo Rocci, Lie imagintbm S. Oregorii Magni.

t. Reg , I. 20, p. 43. P. L., LXXVil. col. 483.

l'église dans son centre 73

presque séparé de l'amoTir de Dieu '. » Et à Théotiste, sœur de 1 empereur : « On m'a ramené au siècle, sous prétexte de l'épiscopat... Encore que je ne craigne rien pour moi. je crains beaucoup pour ceux dont je suis chargé. Je me sens comme battu par les flots de tous côtés ; et quand, après les affaires, je veux rentrer en moi-même, le tumulte des vaines pensées m'en empêche, et je trouve mon intérieur loin de moi '. »

Si les âmes les plus propres à remplir une mission sont souvent celles qui en ont le plus redouté le fardeau, c'est sans doute parce qu'elles en ont mieux ^^l les difficultés et les périls ; c'est aussi, quand elles sont profondément religieuses, parce qu'elles s'abandonnent alors avec plus de confiance à la Providence de Dieu. Le nouveau Pape fut une de ces âmes.

Grégoire avait craint un moment de voir son esprit monas- Sts prpmièr"^ tique se perdre dans l'atmosphère delà cour pontificale ; le iuiniduii i«« monde put bientôt s'étonner de voir la cour pontificale péné- r;°""°*',^i'|f, trée par l'esprit monastique. Un des premiers décrets de Gré- «»'•• goire I" eut pour objet d'exclure les la'iques du cuhiculum pontifîcis. Il s'entoura des religieux les plus saints et les plus savants et en fit ses conseillers. Jean Diacre parle avec enthousiasme de cette cour de moines installés au palais de Latran '. Il faut bien reconnaître qu'il n'y avait pas de mesure politique plus opportune. L'heure viendra où les Papes rendront, de parti délibéré, aux laïques la gestion des afi'aires politiques. Mais en ce moment, une œuvre urgente s'imposait, qtii était de faire régner au centre de l'Eglise catholique le plus pur esprit du christianisme : où pouvait-on mieux le rencontrer que dans cette jeune famille bénédictine où l'esprit du patriarche de Subiaco vivait dans toute sa ferveur ?

Dès lors commença pour Grégoire cette vaste correspon- Sa »asi« cordance, dont les huit cent quarante-huit lettres qui nous restent ^^'^ ne sont que les débris *. Aucun Pape jusqu'à saint Grégoire VII ne nous a laissé un pareil monument de son activité.

i. Reg., I, 29, p. *2. P. L., LXXVII, col. 483. 2 Rej., I, 5, p. 6. P. t., LXXVII, col 448.

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