‹ Histoire générale de l'Église (volume 5)Chapitre 84 sur 278 · Vhruuiiixte de f'retlufjaire, c. xxii · texte numérisé non relu

Vhruuiiixte de f'retlufjaire, c. xxii

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HISTOIRE GÉNÊnALE DE l'ÉGLISK

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le roi Thierry n'osa pas poursuivre le saint « de peur de provoquer la colère de Dieu en offensant un de ses serviteurs ».

Pas plus que les instincts de violence, les habitudes de superstition n'avaient été abolies par la conversion de Clovis et de ses Francs. Grégoire de Tours raconte qu'un anachorète priait et jeûnait pour décider les gens du pays de Trêves à renverser tine statue de Diane '. L'auteur ancien de la vie de saint Waast rapporte que le roi Qotaire, reçu à dîner par un de ses leudes, aperçut d'un côté les vases de bière bénits pour les chréUens et de l'autre ceux qui étaient préparés pour les libations païennes '. II arrivait parfois, dit le biographe de saint Amand, qu'une chrétienté, frappée par un présage, une terreur panique, une inspiration du démon, quittait tout à coup le prêtre, l'église et retournait à ses anciennes superstitions '. Les sortilèges paraissent avoir été fréquents, les sorciers nombreux, même parmi les populations converties au christianisme. La Loi salique condamne à une amende de iOO sous celui qui aura fait périr une personne par un breu vage d'herbes magiques. Des chrétiens portaient en secret des amulettes, sacrifiaient au bord des fontaines, s'assemblaient sur les places en poussant des cris terribles quand la lune s'éclipsait. L'Eglise, patiente, lutta contre ces restes de barbarie comme elle avait lutté contre les vestiges du paganisme romain. Le culte des saints locaux, qu'elle propagea sur tout le territoire *, la dévotion à leurs saintes reliques, les pèlerinages multipliés au tombeau de saint Martin de Tours, la construction de basiliques et de chapelles, telles que la basilique de Saint-Denis à Paris, bâtie par les ordres de Clovis et iur les instances de sainte Geneviève, les splendeurs de la liturgie se déployant dans les églises et faisant demander à cea barbares « si ce n'était pas là le ciel qu'on leur avait promis », tel» furent les moyens principaux par lesquels évêques, prêtres et moines détournèrent peu à peu les fidèles de leurs pratiques superstitieuses. Gardons-nous cependant de croire que l'Eglise ait, le moins du monde, dans ces circonstances, aban-

1 Gnio Tcn.. fft't.

t Viia S. K^dand. 8 Vita S. A *'ia»di.

4 Saint Giiii.oiai di finria eonf'.»^'>run\.

frane., VIII. 16.

Bollind., 6 fiiv , t. I, p. 7«î.

nUand , 6 fev . l |, p X15.

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gloria mareyi'um, D*

l'église chez les peuples BÀRDAnES 147

donné son idéal primitif ou changé son orj^anisation traditiounelle. Elle fut condescendante, comme elle l'avait toujours été ; elle se résigna à voir ses fidèles s'élever peu à peu et par degrés à la perfection de la sainteté. Elle pardonna beaucoup à ceux qui avaient fait beaucoup pour venir à elle. Elle redit souvent cette parole qu'adressait saint Rémi aux détracteurs de Clovis : « Il faut beaucoup pardonner à celui qui s'est fait le propagateur de la foi et le sauveur des provinces ». liai oserait prétendre qu'en agissant ainsi, l'Eglise a répudié l'esprit de l'Evangile * ?

Un malaise social était venu s'ajouter, après la mort de Clovis, aux troubles intérieurs qui tourmentaient les âmes. Dans le désordre qiii suivit la disparition du grand conquérant, des mouvements divergents s'étaient manifestés parmi les populations qu'il avait rangées sous sa puissance. Par des- Rpdoul)leinent sus les petites rivalités de peuple à peuple, deux tendances <les troubies

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s'étaient surtout fait jour parmi ces barbares, les uns attirés litiques «près par l'éclat de la civilisation romaine, les autres retenus par ce •* '"°^'.^ • '^•'*" culte jaloux de leur indépendance individuelle qu'ils tenaient de leurs ancêtres germains. Et peut-être que la lutte terrible qui s'éleva entre la Neustrie et l'Austrasie, et où l'on vit deux femmes, Frédégonde et Brunehaut, jouer un rôle tristement prédéaonde et célèbre, ne fut si longue, si acharnée, que parce qu'elle se Bruoehiut. trouva être l'expression de toutes les haines sourdement suscitées par les deux tendances rivales. Or, à ces tendances dissolvantes l'Eglise apportait encore le remède suprême dans son principe d'unité spirituelle. « Fait glorieux et puissant, s'écrie M. Guizot : l'imité de l'Eglise a seule maintenu quelques liens entre des pays et des peuples que tout tendait à séparer. Du sein de la plus épouvantable confusion politique s'élevait l'idée la plus étendue et la plus piire qui ait jamais rallié le»

1. M. Mmienuf dans ses Etudes sur la eivilisation française, t. I, p. 13, 249 et passim, accuse l'Eglise d'avoir, & cette époçfue, abandonné ton idéal primitif et son organisation première. Elle serait devenue idolâlrigue et hirrarr.liique. « Non, réplique M. Kurth, la foi chrétienne, l'Eglise chrétienne restèrent ce qu'elle<4 avaient été dans les catacombes, sauf, bien entendu, ca qu'on peut appeler les progrès de croissance Le résiilu païen fermenta long- 1601114 encore dans les Imsfomls. .Mais ce n'est pas la barbarie relative des n-^opli) les qu'on est fondé & invojner, pour prétendre que l'Eglise se fit barlie>re comme eux. » Rrvue de-' auettto'tj ftUloriçues, 1900, t. L.XVI1I.

HR inSTOIl.E CtNCRALE DE l'ÉGUSE

HéoJéJfêppor- hoir.mes, l'idée de cette société spirituelle '. » L'idée de cette là fu I LhIkc. ...

société spirituelle était telle, en effet, qu'elle apportait à ces

hommes tout ce qui était de nature à satisfaire les deux grandes tendances qui les divisaient entre eux. : par son organisation, ses lois, son culte, l'Eglise leur donnait tout ce que la civili.sation romaine pouvait leur promettre de sagement et de grandement ordonné ; par son respect de l'âme individuelle, par sa doctrine sur l'indépendance de la conscience chrétienne, elle offrait à leur légitime souci des droits de la personne humaine, la plus sûre des sauvegardes.

Mais un simple lien des intelligences ne sufïît pas, quoi qu'en semble dire M. Guizot, à faire l'unité d'une société humaine. Tant que l'unité spirituelle ne s'est pas incorporée dans une coutume, Gxée dans une institution, elle ne peut créer qu'un groupement instable, à la merci de tous les hasards.

Rien ne pouvait être assuré, tant qu'on n'aurait pas donné à la nation nouvellement convertie, avec des habitudes de travail corporel et intellectuel, la fixité au sol des groupes familiaux et villageois. Les moines se chargèrent de cette tâche.

SBTre civiii- Us vinrent du sud de la Gaule, de l'Italie, et de l'Irlande. moiDCi. Les dures conditions imposées par la fiscalité romaine avaient rendu dilllcile la culture du sol : les incursions des barbares avaient achevé sa ruine. A la fin du y* siècle, les forêts, gagnant de plus en plus du terrain, avaient fini, ci et là, par se rejoindre. Des moines irlandais, formés à l'austère règle de

Lei moines ir- saint Colomban, venaient y chercher, dans une hutte de Mini Coloiii- braiicha^is, dans une grotte, à l'abri des ruines de quelque casirurn romain ', un endroit solitaire pour y prier. Ces moines trouvaient d 'jà sans doute, comme saint Bernard, « que la forêt parli- parfois à l'âme religieuse mieux qu'un livre, que l'arbre et le rocher ont des accents phi.s pénétrants

ban.

{ fio'«'>T IfiMinir- iif In ci'ilÎMnl'on en h'r'inr-e, UiniB I, p. 3*1. 2 Siti- I riiiifiiiniiii :• Hrr^la il iitxiril loi-iii^iui' ilnni ii-.h \<> ^0, en un Usa dll .\ii.ii(> >y, uù 3d iruuvtLicul loi iaiai-!> l'iui ''>• •un, ri'in.'iiu.

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que ceux des maîtres rhéteurs ' ». Un voyageur effaré, im paysan errant rencontraient l'anachorète, et, frappés de sa sainteté, lui demandaient la faveur de vivre sous sa conduite. L'anachorète devenait cénobite et abbé. Des hommes, des familles entières, craignant les attaques des brigands, venaient chercher auprès du petit groupement un peu de sécurité. Le moine se transformait en chef de village. Sous sa direction, d'humbles habitations s'élevaient, des clairières s'ouvraient au milieu des forêts, de grossières charrues défrichaient le sol. Le village devenait parfois une ville. Quand, à la fin du vu® siècle, la règle trop rude de saint Colomban eut été supplantée par la règle plus souple de saint Benoît, les moines multiplièrent et Les moine» varièrent leurs travaux ; le village s'entoura de jardins. On a " 'i:tin«compté que les trois huitièmes des villes et des villages de la France doivent leur existence à des moines ^. « C'est par milliers, dit M. Giry, que se chiffrent sur la carte de France les noms de lieux d'origine religieuse '. ». La plupart de ces lieux doivent leur nom au séjour des moines bénédictins. Le biographe de saint Théodulphe, qui, de grand seigneur s'était fait moine cultivateur et architecte, raconte qu'un village, fondé par lui, avait gardé sa charrue après sa mort, suspendue dans l'église comme une relique *. « Noble et sainte relique, dit Montalembert, que je baiserais aussi volontiers que l'épée de Charlemagne ou la plume de Bossuet ^ » .

Les biographies des saints moines de cette époque sont pleines de récits merveilleux, où le désir d'édifier et d'intéresser a pu faire ajouter quelques broderies, d'ailleurs charmantes, mais où se révèle, dans toute sa force, le prodigieux ascendant exercé par ces héros de la vertu et de la foi sur le monde barbare.

Saint Laumer, d'abord berger, puis étudiant, est venu cher- g^j^ Laume, cher dans les forêts du Perche « la paix et la liberté ». Mais la hutte de feuillage qu'il a construite a attiré l'attention des brigands qui hantent ces forêts. Sa présence les gêne. Ils

1. Atiguid amplius inventes in sylvis guam in libris. Ligna ac lapide» dûcebmit le quod a inafjisiyo audire non possis* S. EBan., Epist. GVI. :;. Abb<5 M*BTiii, Les Moines et leur influence sociale^ t. 1, p. 82,

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