Docaiam, Egliut lépartti, p
L CULlsE CHEZ LES PEUPLES BARBARES 169
battre monnaie. Sa juridiction civile s'étendit sur certains (quartiers de la ville et sur plus de dix paroisses rurales. Ainsi, sous l'influence des mêmes caiises, la féodalité ecclésiastique naissait sur le sol de l'Angleterre comme sur celui de la France et de l'Italie. Peu de temps après, Augustin reçut du Pape le pallium qui le constituait primat de l'Angleterre, avec la mission d'organiser la hiérarchie dans le royaume *,
Dans la joie que leur causait la conversion de la grande nation anglo-saxonne, Augustin et Grégoire lui-même se firentils illusion sur les difficultés qu'allait rencontrer la civilisation chrétienne de ce peuple? La lettre du Pape, chargeant prématurément Augustin d'organiser la hiérarchie dans tout le royaume, le donnerait à penser. Ces instructions ne purent être appliquées. L'attitude d'Augustin allait montrer mieux encore une ignorance, bien naturelle d'ailleurs chez le missionnaire romain, des dispositions du peuple anglo-saxon. Ce n'est que peu à peu et en profitant des leçons de l'expérience, que l'archevêque de Cantorhéry, conseillé par le Pape, parviendra à appliquer à l'œuvre de la civilisation de l'Angleterre cette piudence et cette discrétion, qui, inspirées par la charité la plus pure, devaient en assurer le succès le plus complet.
Malgré l'unité de foi désormais acquise, une antipathie pramièrf dif sourde subsistait entre la race vaincue des Bretons et la race ^g'^g^gret "us*^ victorieuse des Anglo-Saxons. Le premier tort d'Augustin fut de méconnaître cette opposition. Pour achever la conversion des Angles, il n'hésita pas à s'adresser aux prêtres de cette église galloise, qui, réfugiée dans ses âpres montagnes, ne pouvait avoir oublié le souvenir des sanglantes invasions. Il semble bien aussi, d'après la manière de parler du Vénérable Bède, qu'Augustin n'ait point assez tenu compte du caractère uu peu lier et susceptible des rudes montagnards gallois.
1. M. G. H. lUg. Oreyor , XI, 65. Sur le palliam, voir iom Càbihi, LMn» gUterre eKretitnnt, Paris, I9d3, p. 317-313.
170 HISTOIHE GÉNÉIULE DE L'ÉGLISE
Une première conférence, tenue sur les bords de la Severn, entre l'archev^-que de Cantorbérv et les délégués de l'église galloise, ne donna aucun résultat. Les Bretons gardèrent un frilence méfiant. On se donna rendez-vous pour un nouvel entretien. Les Bretons avaient-ils cru découvrir dans l'attitude imposante du prélat romain, qui les dépassait tous de la tête et des épaules, un air de fierté ' ? Le fait est qu'ils ne voulurent pas se rendre à la seconde entrevue sans avoir pris conseil d'un vieil ermite vénéré pour sa sainteté. <- Devons-nous écouter l'envoyé de Rome? lui dirent-ils? — Oui, répondit l'ermite, si c'est un homme de Dieu. — Mais à quoi lui reconnaîtrons-nous ce caractère? — A ce signe, qu'il sera doux et humble de cœur. — Comment savoir s'il est doux et humble? — A ceci, qu*^à votre approche, il se lèvera pour vous recevoir. S'il reste assis en votre présence, ne l'écoutez pas. » Or, le jour de la conférence étant venu, et sept évêques bretons, accompagnés de plusieurs moines du couvent de Bangor, s'étant présentés, Augustin, qui était arrivé le premier au rendez-vous, soit par négligence, soit parce qu'il ne reconnut pas qu'il avait devant lui des évêques, ne se leva pas au premier moment. « Aussitôt, dit Bède, les évêques et les moines bretons d'éclater on reproches. » Les propositions d'Augustin ne firent qu'aviver le dissentiment. Cette vieille église de Grande-Bretagne, si séparée du continent, avait Le. Bretors laissé s'introduire dans sa liturgie, notamment pour ce qui baniioDuer coucemait la célébration de la Pàque et l'administration du Jor"(ine»eid? l)aptême, des usages particuliers. Augustin leur demandait, oooiribuer à non seulement de l'aider à prêcher le christianisme aux Anglo- Uoo (ift Ad- baxons, mais de se conlormcr au nie romam dans 1 admmis- ■Jo- MOU». jpgjjQj, jy baptême et de célébrer la Pâque à la même date que les catholiques des autres pays. A chacune des demandes de celui qu'ils appelaient Vévêque des Anglais, c'est-ù-dire l'évêque des oppresseurs, les fiers Bretons répondirent par un refus énergique. Ils ajoutèrent même, dit Bède, qu'ils ne reconnaissaient à Augustin aucune autorité sur leurs églises
1. Beall Augu^tini foymam et personam patriciam, itaturam prrceran tt arduam adeo ut a scopulit populo supereminertt. Vita tancti Augiuiitr •lonacAt, auctore Gocelino monachù, cap. xlt.
t. Tiejue t* illum pr» arckitpucop» haiituros. Bit», P. L., t. XCV eLSS.
l'église cmeï les peuples barbares ni
Alors, continue le vieil historien de l'Angleterre, Augustin se
leva et leur adressa ces paroles : « Sachez que, si vous ne
voulez point m'assister pour montrer aux Saxons le chemin
du salut, ces Saxons, par un juste châtiment de Dieu, seront
pour vous les ministres de la mort. » Huit ans plus tard, ua
•oi païen de Northumbrie fondait avec une armée sur le pays
ie Galles et massacrait plus de huit cents de ces moines de
Bangor, qui avaient été l'âme de la résistance à l'autorité
d'Augustin '.
Nous avons raconté longuement cet incident, parce que les Vraie port*» ° , ■ , • de cel mci-
protestants se sont plu bien souvent a voir, dans ces vieux deaU
Bretons, des ancêtres. Augustin, ce serait l'église de Rome, dure, tj-rannique et envahissante ; la petite église galloise, ce serait la conscience chrétienne se révoltant contre les empiétements de l'église romaine. Des catholiques, d'autre part, ont parfois voulu trop atténuer, jusqu'à l'elTacer presque, la portée de ce regrettable incident. L'histoire impartiale nous parait déhientir également ces deux opinions excessives. Le récit de Bède, si on l'éclairé par tout ce que nous savons par ailleurs de la vie de saint Augustin, ne permet pas de douter de l'esprit évangélique du missionnaire. Rien, d'autre part, dans ce que la science a découvert des origines de l'Eglise galloise, ne nous a révélé chez elle une organisation essentiellement différente de l'Eglise de Rome. L'attribution à cette Eglise des doctrines presbytériennes, ne repose sur aucun fondement '. L'intransigeante raideur de cette race galloise, qm élevait comme une barrière infranchissable entre les âmes des Bretons vaincus et celles des Saxons conquérants ', une altération réelle de la foi de ce peuple par l'influence de superstitions locales, quelque reste, si l'on veut, chez ces rudes Bretons, de l'hérésie pélagienne *, puis, delà part de saint Augustin, une
1. et. LiRGARD. Les antiquités de l'Eglise anglo-saxonne. Trad. française, Pari» 1828. A. TeisRRT, Bist. de la conq. de l'Anglet., t. I, p. 82 et suiv.
2. Kraus, Histoire de l'Eglise, Trad. Godet et Verschalfel, t, II, § 65, n» *, p 32-37.