Ibid., n. iG, p. i
4. Voir Batiffol, Orpheus et l'Evangile, 1 vol. in-ia, Paris, igio, p. i3a ; M. Lepi.n, au mot Evangiles, dans le Dict. apol. de la foi catholique, t. I, p. lOia. M. llarnack lui-même s'est rangé à l'opinion que nous venons d'émettre. nAnN^ck, Die ApostelgesclùclUe, 1908, p. aai. Quelques auteurs catholiques, se fondant sur un texte de saint Irénée {Hxres , 1. 111. c. 1, P. G., t. VII, col. 845) préfèrent placer la composition des évangiles de saint Marc et do saint Luc après le martyre (le saint Pierre et de saint Paul. Mais le texte sur lequel ils s'appuient est un texte tronqué et n'a pas le sens qu'on lui prête, uinsique l'a démontré le U. P. (]oknhlt, Introductio ad A'oi'um Testamenlum, t. III, p. 70-';8.
LA PREMIERE EXPANSIOI»
l'Eglise. On y admettra, suivant les lieux, un plus ou moins grand nombre d'épitres. Finalement on s'arrêtera au nombre de sept. Ces sept lettres seront les trois épîtres de saint Jean, les deux de saint Pierre, celle de saint Jude, enfin celle de saint Jacques. Avec l'évangile de saint Jean et son Apocalypse, dont nous allons bientôt parler, le canon, ou la liste officielle des livres du Nouveau Testament, sera fixé ; la Bible chrétienne sera complète * .
A côté de ces recueils, dont l'Eglise devait plus tard proclamer l'aut'uenticité, d'autres écrits avaient paru. De tous côtés, les fidèles s'empressaient de fixer les récils des anciens, de recueillir leurs enseignements. Saint Luc, au début de son évangile, fait allusion à cette abondante végétation littéraire. Elle devait se multiplier plus encore dans la suite. Les évangiles apocryphes, — c'est ainsi qu'on nomme les histoires de Jésus que l'Eglise écarte de son canon, — eurent tantôt le caractère puéril des légendes populaires, tantôt la tendance perverse de l'hérésie. Le seul contraste de leurs récits fantastiques et artificiels avec la grave et religieuse sobriété des évangiles canoniques suffirait à démontrer la véracité de ceux-ci ^. Certes, chacun des trois auteurs adoptés par l'Eglise a son style propre et son but déterminé. Le style de saint Matthieu est simple, uniforme, peu soigné ; et l'on voit bien qu'il a pour but de montrer à ses compatriotes, les chrétiens de Palestine, l'accomplissement des prophéties en Jésus-Christ. Saint Marc est vivant, pittoresque, et ne perd jamais de vue le monde romain, à qui il veut rappeler la toutepuissance de Dieu dans ses nombreux miracles. Les récits de saint Luc révèlent une culture littéraire très supérieure à celle de ses prédécesseurs, et son intention de répandre les idées universalistes de son maître saint Paul est manifeste. Mais les trois écrits se ressemblent par leur caractère vivant et précis. C'est toute la Galilée et toute la Judée d'avant la ruine de Jérusalem qui ressuscitent aux yeux de celui qui les lit. Sadducéens sceptiques, hypocrites pharisiens, timides disciples de Jésus, défilent tour à tour, sur les bords de ce lac de ïibériade, si pittoresque avec sa population de pêcheurs, sur ces routes que le soleil brûle, au milieu des moissons blanchissantes, et dans cette grande Jérusalem, où les scribes discutent sous les portiques. Quant au portrait de Jésus, que tracent ces illettrés,
Les évangile' apocryphe s.
Caraclères spéciaux des trois premiers évangiles.
Ce qu'ils ont
de
commun
et
d'inimitable.
1. Sur la formation du canon du Nouveau Testament, voir Batiffol, Orpheus et ^Evangile, p. 55-8o.
2. Cf. Lepim au mot Apocryphes, dans le Dicl. apol. de la foi cathol.
HLst. géa. de l'Eglise. — I g
l3o HISTOIRE GÉNÉUALE DE l'kGI.ISE
il est si parfaitement inimitable, que le cri arraché au philosophe incrédule s'échappera toujours des lèvres de quiconque lira ces Evangiles avec un cœur sincère et droit. Leurs paroles « parlent au cœur », et « les inventeurs en seraient plus étonnants que le héros ^ ».
I. J -J. RovssBxv, Emile, \. IV, Œuvres complètes, édit. Didot, in-4o^ t. H, p. Sg-y. Quant à l'ordre de compoiition des trois évangiles, le P. J Lebhbton résume ainsi les dernières conclusions de la critique, lesquelles reviennent simplement aur positions traditionnelles : « La catéchèse primitive prend corps dans l'évangile araméen de saint Matthieu, et, en grec, dans la prédication de saint Pierre Cette dernière est suivie par saint Marc, tandis que le recueil de saint Matthieu nous est conservé dans l'évangile de saint Luc et, plus fidèlement, dans l'évangile grec de saint Matthieu. Ces deux autres évangiles utilisent aussi les récits de saint Marc et quelques sources secondaires. » J. Lbbrbtoh, les Evangiles synoptiques, dans les Recherches des sciences religieuses, 19 lo, p. 5o5. Cf. V. H. Stantor, The Gospels as histo'ical documents, Part. 11. The synoptic Gospels, Cambridge, 1909.