CHAPITRE V
ephese et alexandrie, l'église naissante et le monde oriental
Le mystérieux personnage dont Papias invoque si fortement le témoignage, et qu'il appelle Jean l'Ancien, a de tout temps excité la sagacité des historiens et des exégètes. Pour notre part, nous n'hésitons pas à y voir saint Jean l'apôtre. Le texte de Papias nous paraît assez clair. Eusèbe, il est vrai, en fait un personnage différent ; mais l'interprétation qu'il donne du texte cité par lui, nous semble inspirée par l'unique désir d'enlever à l'apôtre Jean la paternité de l'Apocalypse. L'évêque de Césarée repoussait la doctrine de ce livre et désirait pouvoir l'attribuer à un écrivain de moindre autorité *.
I . Voici a traduction littérale du fameux texte de Papias. tel qu'il est rapporté par Eusèbe : « Pour toi, je n'hésiterai pas à ajouter ce que j'ai appris des anciens et dont j'ai fort bien conservé le souvenir, pour confirmer la vérité de mes explication». Car ce n'était pas auprès des beaux parleur» que je me plaisais, comme le font la plupart, mais auprès de ceux qui enseignent le vrai. Je n'aimais pas ceux qui me rapportaient des préceptes étrangers, mais ceux qui me transmettaient les commandements imposés par le Seigneur à notre foi et nés de la vérité même. Et si parfois aussi je rencontrais ceux qui avaient été dans la compagnie des anciens, je cherchais à savoir les propos des anciens : ce que disaient André, ou Pierre, ou Philippe, ou Thomas, ou Jacques, ou Jean, ou Matthieu, ou quelque autre des disciples du Seigneur ; ce que disent Aristion et Jean l'Ancien, disciples du Seigneur. » (Eusèbe, Hist. ecclés., 1. III, c. xxxix, n. 4.) Si Jean l'Ancien, disciple du Seigneur, est nommé deux fois, une fois parmi ceux qui ont parlé (au passé) et une fois parmi ceux qui parlent (au présent), c'est que seul il survit aux autres apôtres, c'est que seul il parle encore. D'ailleurs l'intention de montrer qu'il s'agit du même personnage apparaît dans l'identité des titres qui sont accolés aux deux noms. Il s'agit toujours de « Jean l'Ancien », de Jean, « disciple du Seigneur ». Eusèbe, dont on connaît l'antipathie pour l'Apocalypse de Jean, et qui tient de Denys de Gorinthe que ce livre serait l'œuvre d'un certain Jean, distinct de l'apôtre, se hâte de saisir
iSa HISTOIRE GÉNÉRALE DE l'ÉGLISB
Saint Jean Nous Qvons à peine rencontré jusqu'ici le nom de Jean l'apAtre*. " ' ' Jusqu'aux dernières années du siècle apostolique, la tradition, comme l'Ecriture, est à peu près muette sur les travaux du second fils de Zcbcdée. L' v Enfant du Tonnerre » n'avait point encore pris l'essor que faisaient présager l'impétuosité de son caractère et la Sa vie dopuis vivacité de son amour. Le « disciple que Jésus aimait », celui dont u Sauveur '* ^^^^ ^^^^^ reposé sur le cœur du Sauveur à la dernière Cène, avait dû, pour obéir à une divine mission de son Maître *, mener, dans l'humble logis où il avait recueilli la Vierge Marie, une vie de silence, de prière et de recueillement. Cette ardeur, dont Jésus avait refréné plus d'une fois la fougue indiscrète, s'était employée à creuser les fondements d'une vie intérieure dont la profondeur se révélerait un jour. Dans l'intimité de la Vierge Mère, l'âme de l'apôtre vierge s'était enrichie d'onction et de charité, sans rien perdre de sa puissance. Le tonnerre de sa voix devait se faire entendre, mais à l'heure et de la manière marquées par Dieu.
Après la mort de Marie, dont il ferma les yeux ^, après la disparition successive de chacun des apôtres, mis à mort pour leur foi. Les regards Jean restait seul survivant du groupe intime qui. avait reçu les con- ..,- ,-^^ ,-. fidences du Sauveur. Les re^^ards de rEa:lise entière se portèrent
i r>guse entière c^ o r
se tournent alors vers l'apôtre bien-aimé. Tous pressentaient en lui on ne sait
vers m. quelles mystérieuses destinées. « Si je veux que celui-ci demeure
jusqu'à ce que je vienne, avait dit le Sauveur en parlant de Jean,
que vous importe * ?» Et le bruit avait couru que ce disciple ne
dans la double mention de Jean, faite par Papias, uri argument pour sa llièsc. « Il est indispensable de faire attention à ceci, dit-il, car il est vraisemblable que ce soit le second Jean qui ait compose l'Apocalypse » [Ibid., n. 5) ; et, dans son désir de fortifier l'opinion qu'il veut faire prévaloir, il invoque deux arguments bien peu concluants, à savoir : i'' que le second Jean est appelé l'Ancien ; c'est vrai, mai» le premier n'a-t-il pas également ce titre ? 3* qu'Ephèse possède deux monuments de Jean, laissant entendre qu'il s'agirait de monuments funéraires ; mais le nom même de ces monuments, qu'Eusèbe ne peut s'empêcher d'employer, [ivt)[iito(, n'indiquet-il pas des monuments « commémoratifs » i* Et quoi d'étonnant que deux monuments de ce genre aient été élevés en l'bouneur d'un même personnage i*
I . Il n'en est plus question depuis le jour où saint Paul ^ int à Jérusalem exposer son évangile devant « Pierre, Jacques et Jean », qu'on tenait alors pour «. les colonnes de l'Eglise ». Gai., ii, i, 3, 9.