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Inopia rapax, metu sœvus. (Suétone, Domil

LA PREMIERE EXPANSION

revenir les plus mauvais jours de Néron. L'opinion publique ne se trompait pas. Comme sous Néron, l'Eglise chrétienne allait être la première à souffrir du déchaînement de la tyrannie. Le développement du christianisme, ralenti en Judée, allait s'arrêter également à Rome.

Par bonheur, en ce moment-là même, l'Asie s'ouvrait toute grande à la propagation évangélique. Après la ville d'Ephèse, la ville d'Alexandrie semblait lui promettre le plus brillant avenir.

Gomme Ephèse, devenue métropole de la province romaine d'Asie en 129 avant notre ère, la ville bâtie par Alexandre le Grand et dépositaire de son tombeau, était tcmbée à son tour, un siècle plus tard, sous la puissance de Rome. La vieille Egypte était devenue province romaine et sa grande capitale était désormais le centre et comme le point de ralliement de tout ce qu'il y avait par le monde de philosophes, de penseurs, de poètes, d'artistes et de mathématiciens. Mais, sous l'autorité des Romains, Alexandrie gardait jalousement son autonomie religieuse. L'immense temple de Sérapis, dominant du haut de sa colline artificielle toute l'agitation commerciale de la ^ille, semblait symboliser cette indépendance hautaine. Là se trouvait la grande bibliothèque de 200.000 volumes, qu'Antoine avait apportée de Pergame pour remplacer celle du Muséum, brûlée quand Jules César fit incendier la flotte égyptienne. Cette bibliothèque fut le rendez-vous de l'hellénisme alexandrin et de la culture juive. Les Israélites étaient depuis longtemps établis en Egypte. Ils formaient à Alexandrie une communauté importante, qui, dans cette ville, peuplée d'un million d'âmes S atteignait le chiffre de plus de trois cent mille, environ le tiers de la population totale ^. Un de nos livres canoniques, celui de la Sages-se, paraît avoir été écrit à Alexandrie vers le milieu du ii* siècle avant Jésus-Christ 3. La Bible y avait été traduite en grec sous les premiers Ptolémées, de l'an 280 à l'an 280 avant notre ère. L'influence des livres juifs s'était fait sentir

Le

cbrislianisnie en Asie.

Alexandrie.

Fusion

de l'hellénisme

alexandrin

et de la culture juive.

I . Dict. de la Bible, t. I, col. 354. 3. DucHESKE, op. cit., p. 829.

3. Dict. de la Bible, t. I, col. 356. J. Touzard, dans Où en est l'histoire des reli" yions, La religion d'Israël, § 7, n. 1 48-1 53.

J qO HISTOIRE GÉNÉRALE DE L ÉGLISE

sur les conceptions de la philosophie grecque. D'autre part, le judaïsme alexandrin, sans cesser de vénérer à Jérusalem le centre de la religion théocratique, s'était renouvelé au contact de la civilisation hellénique. De celte influence réciproque était née l'œuvre de Philon.

PLilon le Juif On a peu de renseignements sur la vie de cet écrivain juif, con- J -C *V) temporain de Jésus-Christ. On sait seulement que son frère, ou plutôt le fils de son frère, fut alabarque, ou fermier général des impôts d'Alexandrie, et qu'il fut lui-môme député par ses coreligionnaires auprès de Caligula, en l'an 4o, pour fléchir la colère de cet empereur, irrité contre les Juifs qui avaient refusé de l'adorer comme un Dieu ^ Philon d'Alexandrie fut avant tout exéyète, mais il appliqua à l'interprétation des livres saints l'idéalisme de Platon. Pusieurs Pères de l'Eglise parlent de lui avec un respect voisin de l'admiration. Philon n'a rien de l'étroitesse du pharisien attaché à la lettre de la loi. Il est homme de mysticisme et de culte intérieur. Chez lui, l'idée de la philosophie et celle de la révélation, loin de s'exclure, s'appellent l'une l'autre*. Mais ce qu'il importe, au surplus, de remarquer, c'est que les idées que Philou expose dans ses livres sont bien moins des idées personnelles que des idées lentement et profondément élaborées dans Je milieu alexandrin et qui, hors du cercle restreint des savants, ont pénétré dans le peuple lui-même ^. Dans de telles conditions, la philosophie alexandrine, mal dirigée, pouvait contribuer à pervertir le mouvement chrétien, l'orienter vers

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