Brassac, Manuel biblique, i3° édit., t. IV, p
8. Ibid., p. 733. On y rencontre aussi des indications importantes sur Dieu, la Trinité, les Anges, l'Eglise, etc. Voir ibid., IV, p. 733-735.
iiisrninE gkmcrale de l église
cliristologie.
Son
eschatologie.
Sa grande inspiration liturgique.
« prince des rois de la terre », le « chef des Eglises », celui qui « sonde les cœurs », celui qui «juge », celui qui « triomphe », celui qui (I a pouvoir sur la mort et sur l'enfer », le Seigneur Dieu, objet d'adoralion pour le ciel et pour la terre.
Quant à ce monde visible, il finira après des catastrophes épouvantables. Le démon sortira de l'abîme, séduira les peuples et environnera d'ennemis la cité des saints. Mais Dieu et les siens triompheront. Les méchants seront, pour l'éternilc, la proie de l'enfer, où ils tomberont avec la bête, le faux prophète et le dragon ; tandis que les justes entreront en possession du ciel ; pour eux, Dieu créera des cieux nouveaux, une terre nouvelle, une nouvelle Jérusalem, où ils régneront éternellement. L'Apocalypse ne fournil d'ailleurs aucune donnée précise permettant de fixer la date de ces catastrophes. Il est évident que tous les chiffres qui y sont donnés sont des chiffres symboliques^. Le monde devait ignorer une date que le Christ luimême avait affecté de ne point connaître ou de ne vouloir point révéler à ses plus intimes confidents eux-mêmes.
Les magnifiques tableaux par lesquels l'Apocalypse représentait la gloire éternelle du Christ devaient, d'autre part, exercer une influence profonde sur le développement de la liturgie chrétienne. Cet agneau immolé, debout sur le troue, au milieu de la foule innombral)le des élus ; ces vieillards qui l'entourent, portant dans des coupes les prières des saints ; ce cri des martyrs qui s'élève de dessous l'autel ; ce chant d'actions de grâces qui monte de la foule vers Dieu, comme un a cantique nouveau », pour glorifier l'Agneau d'avoir « racheté par son sang des hommes de toute race et de toute tribu » ; ces anges, rangés autour des vieillards, qui « tombent sur leurs faces en disant : Amen » ; cet encens qui s'élève vers le trône ; toutes ces scènes grandioses devaient peu à peu inspirer les cérémonies liturgiques de celle « fraction du pain », qui, par l'adjonction de rites nouveaux, aîlait devenir la grand'messe solennelle, célébrée par révêque, entouré de ses prêtres, au milieu de la fumée de l'encens, devant un autel chargé de reliques des saints, et portant souvent
I. Il est visible, par exemple, que le cliltlre 7, cpii so trouve partout, csls^mboliqno. Après les sept Eglises, voici les sept sceaux, les sept trompeltis, lus sept signes, les sept coujies, les sept pré<licti(ins des Angles sur la grande Babjflouo, le* sept caractères du trioniplic iitial (Ch\mpom, la Sainte Bible, t. Vil, p. 434-435). Les mille ans de paix annoncée iridi(|iient sini(ilt'tiient une longue période de temps. Le cbilTre 7 indique partout quil(|tie cbose d'aclu-vé, do complot, ot lo chilTre 666, qui est le signe de la béto. indique l'iiiachové, l'imparfait, le mal, triplement, c'est-àdire absolument caractérisé.
LA PREMIERE EXPANSION
loi
l'image même de l'Agneau de Dieu immolé pour le salut des hommes *,
Ces visions sublimes et ces exhortations chaleureuses durent faire sur les Eglises d'Asie la plus grande impression. Tel détail, telle allusion, devenus obscurs pour nous, parlaient sans doute vivement aux âmes de ce temps.
VU
Mais l'Eglise n'est pas seulement une société qu'une inspiration commune dirige, c'est une organisation hiérarchique, dont une autorité souveraine doit régler le fonctionnement et juger les conflits. Précisément, à l'heure où la persécution et l'hérésie multipliaient leurs ravages, un pénible différend venait d'éclater dans la commuçauté chrétienne de Gorinthe. A la suite de troubles, dont on ne sait pas au juste la cause particulière, des membres du collège presbytéral avaient été déposés. Dans une cité comme Gorinthe, le désordre pouvait prendre des proportions particulièrement graves. L'esprit grec, naturellement particulariste et ondoyant, ne se prêtait qu'avec peine à la loi fondamentale du christianisme, qui établit la hiérarchie sur l'unité de doctrine et de gouvernement. Trente ans plus tôt saint Paul avait été obligé de morigéner vivement les Gorinthiens, qui disaient : « Je suis à Paul, ou à Pierre ou à Apollon ^ », comme ils auraient dit : « J'apj^artiens au Portique, ou au Lycée, ou à l'Académie. » Le schisme menaçait de déchirer l'Eglise ; et, pour l'empêcher de naître, il fallait autre chose que les exhortations d'un docteur ou d'un prophète ; il fallait la décision d'un chef suprême et d'un juge souverain. Voilà pourquoi on eut recours au successeur de l'apôtre Pierre, à Glémeut de Rome.
Le pontife romain intervint par une lettre où se révèle, en même temps qu'un admirable esprit de sagesse, la conscience d'une autorité incontestée.
Il commence par s'excuser de n'être pas intervenu d'une manière plus prompte. « Nous avons été affligé nous-mêmes, dit-il, par une
I. Yo'iT Dict. (Tarchéol. chrét., au mot Agneau. Cf. Olier, Cérémonies de la grand' messe, 1. VI, ch. n. L'office de la Toussaint est tout inspiré de l'Apocalypse. 3. I Cor,, I, 13.
Le conflit de Gorintbt.
Sa portée.
Intervention
de
saint Glémeat
de Rome.
Son épître
aux
Corinthiens
HISTOIRE GÉNÉRALC DE l'ÉGLISE
Doctrine <^e l'épître
sur
l'obéissance
aux autorités
Liérarchiques.
série de calamités qui sont venues fondre sur nous à l'improviste *. >» C'est là une allusion évidente à la persécution de Domitien. Puis le chef de l'Eglise romaine aborde nettement la question capitale : la nécessité de se soumettre avec humilité à l'ordre établi par Dieu en toutes choses et principalement dans son Eglise. « Frères, soyons h\imbles d'esprit, déposons tout faste et toute arrogance... Que le sage ne se glorifie pas de sa sagesse, mais que tous se glorifient dans le Seigneur en faisant ce qui est juste et droit ^. » Or, ce qui est juste et droit, c'est de s'incliner devant l'ordre et l'harmonie que Dieu a établis en toutes choses. « L'Océan lui-même a ses lois. Les diverses saisons se succèdent paisiblement l'une à l'autre... Le grand Ouvrier, le Maître du monde a voulu que tout soit réglé dans un accord parfait ^. »
Cette comparaison, tirée de l'harmonie du monde physique, que les Grecs avaient précisément appelé le Cosmos ou l'ordre par excellence, était particulièrement bien choisie. Clément pousse plus loin son argumentation. Il prend ses analogies dans le corps humain e\ dans l'organisation sociale. « Prenons notre corps pour exemple, dit-il. La tête n'est rien sans les pieds ; mais les pieds à leur tour ne sont rien sans la tête *. » Il rappelle qiie, dans l'Ancien Testament, Dieu, auteur direct de la loi, avait institué une hiérarchie composée de quatre degrés : les laïques, les lévites, les prêtres et le grand prêtre ^. Ainsi, les apôtres, « annonçant l'Evangile de la part de Jésus-Christ, qui parlait de la part de Dieu son Père..., ont institué des évêques et des diacres ^. » L'évêque de Rome n'hésite pas enfin à comparer la discipline ecclésiastique à la discipline militaire. « Voyez, dit-il, les soldats qui font leur service... Tous ne sont pas éparques, chiliarques, hécatontarques, pentécontarques, et ainsi de suite ; mais chacun, à son rang, exécute les commandements du basileus et des chefs ''. » Nous savons que saint Paul avait aimé ces comparaisons guerrières ®. Mais les fidèles ne sont pas seulement une
I. Clem. ad Cor.,i, i. Fuwt, Patres apostoUci, Tubingue, 1901, p. 98. L'adresse ne porte que le nom de l'Eglise de Rome, mais nul critique ne met en doute que l'auteur en soit le pape Clément.
a. Ibid., XIII, I. FuîiX, p. 116.