On connaît la formule: lexorandi, lex credendi
LA PREMIERE EXPANSION
faire cela et de nous accorder encore de plus grands bienfaits ; nous le proclamons par le grand prêtre et le chef de nos âmes, Jésus- Christ, par qui soit à toi gloire et grandeur, maintenant, dans toutes les générations, dans les siècles des siècles. Amen ^. n
Telle est la belle prière qui montait vers Dieu des assemblées chrétiennes de Rome, comme un hymne de paix sereine et d'ineffable pureté, au lendemain de la persécution de Domitien, au milieu de cette société « corrompue et corruptrice », dont le burin de Tacite et la plume de Suétone nous ont raconté les turpitudes et les cruautés *.
Il faut, du reste, reconnaître que la chute des Flavîens fut suivie d'une réaction conservatrice, dont les chrétiens profitèrent. A la mort de Domitien, en 96, saint Jean revint d'exil et rentra dans Ephèse. Il y retrouva la société de fidèles où, pendant trente années environ, il avait vécu : tout ce monde de convertis, venus, les uns du judaïsme, les autres de la gentilité, mais tous plus ou moins imbus d'un même fonds d'idées philosophiques issues d'Alexandrie. Les lettrés en discutaient les systèmes abstraits, hardis et nuageux ; le peuple lui-même en parlait le langage ; et, par cette influence insensible qui, des sommets de la science spéculative descend peu à peu dans la pratique de la vie, des théories étranges s'insinuaient dans les croyances populaires. Plusieurs en étaient venus à distinguer le Christ de Jésus, ne voyant en ce dernier qu'un homme semblable aux autres.
Cette théorie avait été surtout enseignée par un personnage mystérieux, Cérinlhe, dont la vie nous est presque totalement inconnue, mais dont saint Irénée nous a conservé la doctrine ^. Cérinthe paraît originaire d'Egypte. Il était juif avant sa conversion. Devenu chrétien, il conserva ses vues étroites, se refusant à admettre le caractère
Après la mort
de Domitien.
saint Jean
revient à Ephèse (96).
Influence
de la philosophie alexandrrne
sur la communauté des chrétiens.
Cérinthe.
I. Ibid., Lix-Lxi. FuNK, p. 174-180. Celte lettre, d'abord très répandue et très fénérée dans l'antiquité clirétienne, paraît avoir été négligée en Occident à partir iu IV' siècle. Le moyen âge l'ignora complètement. On l'a retreuvée en partie au XVII® siècle dans le célèbre Codex alexandrinus. Le métropolite Philothée Bryennios en a reconstitué en 1876 le texte intégral. La belle prière que nous venons de citer fait partie des fragments récemment découverts.
3. Corriimpere etcorrumpi seculumvocatur. Tacite, Mœurs des Germains, 19.