Saint IdÉNÉE, Hseres., i
universaliste du christianisme. Il organisa même autour de saint Paul, s'il faut en croire saint Epiphane *, une sorte de contre-prédication ayant pour but de maintenir la religion chrétienne sous la dépendance stricte du judaïsme. Mais le judaïsme auquel Cérinthe s'attachait était celui dont Philon s'était fait l'interprète, synthèse de sagesse païenne et d'enseignement mosaïque. Après avoir parcouru la Palestine, la Syrie et la Galatie, Cérinthe était revenu en Asie. Il paraît Sa doctrine, même, pendant l'exil de saint Jean, s'être établi à Ephèse. Pour lui, le Dieu suprême est si élevé au-dessus de tout, que les anges euxmêmes ne le connaissent pas. Il n'est ni le créateur ni le législateur du monde. Ce rôle appartient à des anges. Quant à Jésus, il est le fils de Joseph et de Marie. Au moment de son baptême, une vertu du Dieu suprême descendit sur lui et y demeura jusqu'à la Passion exclusivement. Cette entité divine était le Christ. Par son union avec cette entité divine, Jésus devint Jésus-Christ. La vertu du Dieu suprême l'abandonna pendant sa Passion, mais il ressuscita néan-
Négalion
de la divinité
du Christ.
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Saint Jean voit dans cette
doctrine le grand péril
de l'Eglise,
Germes du docétisme.
La première
épître
de saint Jean.
Cérinthe se borna- t-il à un enseignement oral ? Consigna- t-il ses idées dans un écrit ? Les témoignages des contemporains sont trop vagues sur ce point pour nous permettre de rien affirmer. Nous savons qu'il se fit, parmi les chrétiens, des disciples dévoués. Bref, au retour de saint Jean à Ephèse, l'hérésie des cérinthiens était le grand péril de l'Eglise. Polycarpe racontait que Jean, le disciple du Seigneur, entrant un jour dans un bain à Ephèse, y aperçut l'hérésiarque, et sortit aussitôt en disant : « Fuyons ; cette maison pourrait s'écrouler, puisqu'elle abrite Cérinthe, l'ennemi de la vérité ^. t
Y avait-il, à côté de Cérinthe, des précurseurs du docétisme, qui devait plus tard s'affirmer avec Saturnin, Basilide, Valentin et Marcion, c'est-à-dire de l'erreur qui ne donnait à Jésus-Christ que l'apparence de la chair? Ou bien Cérinthe lui-même enseignait-il cette hérésie ? On ne sait. Il est certain que plusieurs passages des écrits de saint Jean semblent viser une pareille doctrine *.
Quoi qu'il en soit, pour réfuter les rêveries qui circulaient au sujet de la personne adorable du Maître, rien ne valait le témoignage
I. Saint Epiphase, Hxres., xiviii, a-4 ; P. G., t. \LI,col. 38o-38i.
a. S. Irénée. Hœres.. 1. III, ch. xi. n. 8 ; P. G., t. VU. col. 884-885. Sur Cérinthe, cf. ibid., I. I, ch. xxvi, n. i ; P. G., t. VII, col. 684 ; Psbudo-Tertullies, Praescr., 48 ; P. L., t. II, col. 67 ; Philosophoumcna, I. VII, ch. v, n. 33.