‹ Histoire générale de l'ÉgliseChapitre 141 sur 413 · livre en trois · texte numérisé non relu

livre en trois

parties.

d'harmonieux et de grand. On pourrait s'en faire peut-être quelque idée en songeant à ce que les philosophes du xviii* siècle ont mis sous le nom de Raison, ceux du xix* sous le nom de Science, ceux du xx* sous le nom de Vie. L'apôtre s'empare de ce mot, — qu'il n'emploiera d'ailleurs que quatre fois dans l'ensemble de ses écrits, — et il déclare à ce monde alexandrin, séduit par toutes les grandes choses qu'une telle expression lui suggère, que son idéal ne s'est pleinement réalisé que dans ce Jésus, dont lui, Jean, est le témoin *. L'évangéliste d'ailleurs précise l'idée du Verbe ou Logos par les deux mots, plus clairs, de lumière et de vie. « Le Verbe était en Dieu... En lui était la vie, et la vie est la lumière des hommes *. »

Le merveilleux prologue qui contient ces mots dépasse tellement les conceptions ordinaires de l'esprit humain, qu'il l'éblouit et l'étonné. « Cet enfant du tonnerre, dit Bossuel, ne parle point un langage humain ; il éclaire, il tonne, il étourdit, il abat tout esprit créé sous l'obéissance de la foi, lorsque, par un rapide vol, fendant les airs, perçant les nues, s'élevant au-dessus des anges, il entonne par ces mots : « Au commencement était le Verbe ^. »

Mais une fois que le théologien a exposé la grande conception qu'on doit avoir de Jésus-Christ, le rôle du témoin commence. Saint Jean a évidemment pour but, en écrivant son Evangile, de prouver la foi, mais il veut la prouver par l'histoire, principalement par celle qu'il connaît d'une manière plus personnelle. Sans se préoccuper de mettre son récit d'accord avec celui de ses devanciers, « il ordonne, en général, les faits, d'après la suite des temps ; néanmoins, l'on peut reconnaître, dans leur marche, certaine progression de pensées, allant à diviser le Livre saint en trois parties. La première raconte l'accueil si divers fait par le monde à la lumière que lui apporte le Verbe incarné* ; la seconde décrit la résistance implacable que lui opposent les hommes de ténèbres ^ ; la troisième nous expose l'échec de la " lumière, échec apparent, toutefois, car Jésus en tire la plus éclatante manifestation de sa divinité : son amour, porté au comble par

I. Sur la comparaison du Logos de Philon avec celui de saint Jean, voir Lebrk- TON, les Origines du dogme de ta Trinité, t. I, p. 5i5-5a3.

a. Il sullit de consulter une Concordance aux mois lumièrf et vie, pour se rendre complo de la pliico (pie ces deux idées tiennent dans l'Ëvungile de suint Jean.

3. lk)S8Ui:T. l']li't'nlions sur les mystères, Mh' clévalion, édit. Lâchât, t. N 11, p. U07.

i. Jean, eh. i-iv.

Page 1