Jean, ch. v-iii
LA PREMIÈRE EXPANSION 169
l'Eucharistie et par le sacrifice de la croix ^ 11 n'y a que Dieu, en effet, qui puisse aimer jusque-là 2. »
Le quatrième Evangile semble avoir été coulé d'un seul jet. Les faits et les discours s'enchaînent, s'expliquent et se complèlent dans une magnifique unité. Tout y est vivant, tout y rayonne ; les scènes racontées sont entremêlées de dialogues, de reparties animées, d'interruptions prises sur le vif ; les personnages semblent revivre. Les idées abstraites elles-mêmes y prennent un corps, et les faits les plus matériels y évoquent des réalités surnaturelles. La physionomie du Sauveur y apparaît elle-même plus vivante que dans les Evangiles précédents ; des profondeurs plus intimes de son âme s'y révèlent ; car, si l'apôtre, rédigeant son récit après un long intervalle, a pu, « en reproduisant des entretiens ou des discours qu'il n'avait pas sténographiés, faire subir à ces entretiens et à ces discours certaines transformations » purement littéraires par l'adjonction d'un cachet personnel dans « la construction des phrases et le groupement des idées 3 », il est tout naturel de penser que le disciple bien-aimé a pu atteindre des réalités plus profondes que ses trois devanciers, soit par les confidences plus intimes que son divin Ami avait pu lui faire entendre, soit par ce qu'un amour plus ardent lui avait fait plus facilement comprendre et retenir, soit par ce qu'un demi-siècle d'une vie mystique particulièrement intense lui avait révélé de clartés dans une parole d'abord imparfaitement comprise *.
Son caractère littéraire.
Gomment
cet Evangile
donne une
connaissance
plus prof'ontla
de l'âme du Sauveur^
1. Jean, ch. xu-xx. Le dernier chapitre, ajouté sans doute après coup, est rédigé dans des vues vin peu différentes.