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des apôtres *. Ces prétentions sont de valeur inégale. On ne peut demander à une histoire générale de l'Eglise de les discuter une à une. On n'en saurait dire autant de la tradition provençale, qui fait remonter aux temps apostoliques l'évangélisation de Marseille et des environs de cette grande ville. Par le retentissement des controverses qu'elle a soulevées, et par son importance même, la question des origines apostoliques du christianisme en Provence s'impose à notre histoire.
Est-il vrai, ainsi que l'Eglise nous le fait lire en son Martyrologe, à la date du 29 décembre, que l'évangélisation de la Provence par des disciples du Sauveur ait été comme la source d'où « les ruisseaux de la foi chrétienne se sont répandus dans toute la
I. Les principaux personnages apostoliques invoqués comme fondateurs des Eglises dos Gaules sont : saint Front, honoré à Périgueux, saint Martial à Limoges, saint Georges au Puy, les saints Savinien et Potentien à Sens, saint Altin à Orléans, saint Avenlin à Chartres, saint Mansuy à Toul, saint Sixte à Reims, saint Siniée à Soissons, saint Memmie à Châlons-sur-Marne, saint Flour à Lodève, saint Génule à Cahors, saint Aphrodise àBéziers, saint Clair à Albi, un autre saint Clair à Nantes, saint Ursin à Bourges, saint Eutrope à Saintes, saint Julien au Mans, saint Crescent à Vienne, saint Sainlin à Meaux, saint Taurin à Evreux. saint Nicaise à Rouen, saint Exupère à Bayeux, saint Saturnin à Toulouse, saint Gatien à Tours, saint Austremoine en Auvergne, saint Paul à Narbonne, saint Eutrope à Orange, saint Pérégrin à Auxerre, saint Lucien à Beauvais, saint Géry à Cambrai, saint Spire à Bayeux, saint Nicaise à Rouen, saint Latuin à Séez, saint Amator à Autun, saint Rieial à Sentis, saint Restitut à Saint-Paul-Trois-Châteaux, saint Amadour à Cahors, saint Valère à Trêves, etc. Beaucoup de ces saint fondateurs sont identifiés avec des personnages ayant rempli un rôle actif auprès de Notre-Soigneur ou des apôtres. Saint Amator d'Autun serait un serviteur de l'Enfant Jésus et de sa sainte Mère ; saint Martial de Limoges, l'enfant présenté par le Sauveur comme modèle d'humilité ; saint Restitut, l'aveugle-né ; saint Gatien, l'homme à la cruche qui conduisit les apôtres au cénacle ; saint Ursin, le lecteur de la dernière Cène ; saint Aphrodise, l'hôte de la sainte Famille en Egypte; saint Julien ne serait autre que Simon le Lépreux, et saint Amadour ne serait autre que le publicain Zachée. Quant à saint Joseph d'Arimathie, il aurait traversé toute la France, lorsqu'ilportadans la Grande- Bretagne le Saint-Graal, ou vase du Précieux Sang, recueilli sous la croix.
Comme on le voit, c'est la France du Nord, tout aussi bien que la France du Midi, qui, dans des traditions de valeur très inégale, s'est réclamée d'une origine apostolique. C'est donc bien à tort, semble-t-il, et par un singulier oubli des faits, que des critiques ont cru pouvoir parler plaisamment à ce propos d' « imagination méridionale » et de « prétentions de Marseille et de Tarascon ». Le premier devoir d'un historien ne serait-il pas, après avoir constaté le fond commun de ces traditions locales, de se demander si une telle concordance s'explique suffisamment par le concours de « vanités de clocher », si elle ne suppose pas, au contraire, une tradition authentique primitive, dont ces croyances ne seraient que les traductions populaires plus ou moins déformées ? Les légendes les plus étranges, — et l'on sait que les brumes du Nord sont aussi favorables à leur éclosion que le soleil du Midi, — ne sont-elles pas souvent l'indice d'un grand fait historique qui en explique l'origine ? « Il y a plus d'histoire qu'on ne pense au fond des légendes », a écrit Ozanam {les Poètes franciscains, p. 466). Les poètes eux-mêmes n'embellissent d'ordinaire de leurs fictions que les croyances profondes des peuple».
Position
ilu problème
historique.
L'origine apostolique
du
christianisme
en Provence
est prouvée ;
1° Par les
inductions
de l'histoire
générale ;
a° Par des témoignages
positifs de l'archéologie ;
Principalement par l'inscription de Volusianus et le sarcophage de la Gajoic ;
Gaule* » ? Les recherclies hisloriques les plus ini[)arliales nous permettent de répondre hardiment par raflirmative à celte question. Mais, pour la précision et la clarté des conclusions qu'il y aura lieu d'en tirer, le problème historique doit être divisé en trois questions subsidiaires: i" celle de l'origine apostolique du christianisme en Provence ; 2 ' celle de l'organisation d'Eglises locales sur le territoire provençal ; 3" celle des premiers apôtres de lu ProNPnce.
L'origine apostolique du christianisme en Provence ne peut guère faire de doute. « En dehors de tout témoignage positif, écrit Mgr Duchesne, il serait déjà vraisemblable que le pays voisin du Uhône a été évangélisé de bonne heure. Les relations commerciales de Marseille s'étendaient à toute la Méditerranée... Il est naturel de supposer que, parmi tant de navires qui vinient, aux temps les plus anciens du christianisme, jeter l'ancre dans le port de Marseille, il s'en est trouvé qui auront débarqué des évangélisles 2... Que, dans ce grand port si fréquenté des Grecs d'Asie Mineure et des Syriens, il y ait eu, dès les premiers temps du christianisme, je dirais volontiers dès le temps des apôtres, un petit noyau de fidèles, c'est ce qui est, en soi, très vraisemblable. De là l'Evangile se répandit à l'intérieur du pays ^. »
Les inductions du savant critique se trouvent pleinement confirmées parles témoignages positifs de l'archéologie. Deux monuments, qui semblent bien remonter au milieu du 11* siècle *, une inscription actuellement conservée au musée de Marseille et un sarcophage trouvé à la Gayole, dans les limites du territoire d'Aix, montrent que le christianisme était solidement implanté en Provence à cette époque, et qu'il y avait même peut-être donné des martyrs.
L'inscription marseillaise, dite de Volusianus ^, est, suivant ^I. EdmondLe Blant, l'épitaphe de deux chrétiens, Volusicn et Fortunat, qui auraient péri dans les flammes, probablement martyrs de leur fo] ^. Cette inscription, provenant des fouilles qui furent faites
l.Arelate, sancti Trophtmi, cajas meminit sanctus Paulus ad Titnotheum scribens ...ex cujus prxdicatioiiis fonte {ul saiictiis Z(>:iiiuis pupa scribit) tota Gallia Jide rivulos accepit. Martyr, rom., U Kal. Jan.
a. Duchesne, Fastes épiscopaux de l'ancienne Gaule, ae édit., 1907, t. I, p. 75-76.