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S. Irénée, Hcereses, ix, a

HISTOIRE GENERALE DE h EGLISB

pour en arriver là, si la remarque de M. Le Blant est juste, le christianisme avait dû probablement s'établir dans la région provençale, ce qui fait remonter cet établissement à la plus liante antiquité. L'ancienne tradition, plusieurs fois constatée dans l'histoire, qui a toujours fait de l'Eglise de Marseille l'Eglise mère de la région, vient à l'appui de notre hypothèse*.

Organisation

primitive

des

communautés

chrétiennes

en Gaule.

La juiveric de Marseille, berceau probable du christianisme en Gaule.

La question commence à s'obscurcir lorsqu'on se demande quand et comment se constituèrent les Eghses primitives de la Gaule. Nous savons que Marseille possédait, à l'époque apostolique, une importante colonie de Juifs 2. C'est au milieu d'elle que dut s'organiser la première communauté chrétienne. Si saint Paul, eu allant en Espagne, fit escale à Marseille, comme tout l'indique, c'est au milieu de cette juiverie que, suivant son habitude, il fit entendre sa première prédication. Tout ce que nous venons de constater nous porterait à conclure que cette communauté fut, la première de toutes, érigée en Eglise particulière, ayant à sa tête un évcquc. Aucun document direct ne nous l'affirme cependant. Mgr Duchesne a émis l'opinion que toutes les chrétientés éparses depuis le Rhin jusqu'aux Pyrénées n'auraient formé, jusque vers 260, qu'une seule communauté, soumise à un chef unique, l'évêque de Lyon '^. Mais M. Harnack a combattu cette thèse dans une dissertation considérable, et a soutenu que la province lyonnaise comptait, au ni* siècle, plusieurs évêchés organisés*. L'opinion du savant français ne paraît donc pas, aux regards de la critique historique, scientifiquement incontestable.

1. « Les évoques de Marseille avaient gardé une certaine autorité sur ce que l'on appelait la Deuxième Narbouiiaise, le pajs situé entre la basse vallée du Rhdne et les hautes chaînes des Alpes. A la fin du iv^ siècle, tous les évoques de cette région recevaient l'ordination des mains de l'évéquo de Marseille, lequel d'ailleurs se considérait comme le fondateur de tous leurs sièges. Ceci était l'ancienne tradition. » DucHBSNE, les Fastes épitcoixiux, t. \, p. io3-io4.

2. Bouche, Essai sur ihisloire de Provence, 2 vol. in-4o, Marseille, 1786, t. I, p. lia.

■J. DucHEs.NE, Fastes àpiseopaux, t. I, p. 36 et s.

4. Harnaci, Die Mission und Atisbreituiuj des Oiristentuins, p. SiQ-SSa. Mgr Duchesne a répondu au savant allemand dans la a* éditiou de set Fastes épiseouauXt p. 43-/,6.

LA PREMIERE EXPANSION

Le principal argument de l'éminent prélat est le silence des listes épiscopales des Gaules, dont aucune, sauf celle de Lyon, ne remonterait au milieu du 11* siècle ; mais Mgr Duchesne lui-même nous donne les éléments d'une mise au point de cet argument : u On se figure communément, écrit-il, que les Eglises conservèrent avec soin les listes de leurs évêques depuis la première fondation. Cela est vrai de certaines grandes Eglises, comme celles de Rome, d'Antioche, d'Alexandrie. Mais combien d'autres n'ont point cherché à établir ces listes, ouïes ont laissées s'altérer 1... A Carthage, on ne trouve que trois ou quatre évêques antérieurs au iv* siècle... Dans les diptyques ou listes liturgiques, on faisait souvent des suppressions ou des additions arbitraires ^. »

A l'argument tiré du silence des listes épiscopales, on ajoute celui qui résulte du silence des Pères des premiers siècles, notamment de saint Irénée, qui, lorsqu'ils invoquent la tradition contre les hérétiques, ne font aucune allusion à la tradition des Eglises de Marseille et d'Arles. Il est vrai que nous ne rencontrons, dans les écrits qui nous restent des Pères des quatre premiers siècles, aucune allusion bien îiette aux Eglises primitives de la Gaule ; mais remarquons que ce silence s'étend aux communautés chrétiennes elles-mêmes ; et les critiques les plus exigeants, nous l'avons vu, n'hésitent pas, malgré ce silence, à admettre, au moins comme très probable, l'existence des communautés chrétiennes à Marseille et en ses environs dès la plus haute antiquité. Pour ce qui concerne particulièrement les écrits de saint Irénée, dont nous ne possédons, comme on sait, que des fragments, on comprend qu'il s'en soit tenu surtout, pour son argument de tradition, à l'autorité de saint Jean, qu'il connaissait si bien par l'intermédiaire de son maître Polycarpe 2.

C'était, dit-on encore, un usage à l'époque apostolique de n'établir des sièges épiscopaux que dans les très grands centres. Mais les villes de Marseille et d'Arles n'étaient-elles pas des cités de première importance ^ ?

I. DucHBsnE, les Origines chrétiennes, a* édit., p. ^Sg. Il est vrai que Mgr Duchesne déclare avoir éliminé des catalogues épiscopaux, qui lui servent à fonder son argument, toutes les listes suspectes.

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