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DEUXIÈME PARTIE

La lutte

« Je ne suis pas venu apporter la paix, mais le glaive * », avait dit le Sauveur. Aucune époque n'a mieux réalisé cette prophétie que celle des deux siècles qui ont suivi la mort du dernier apôtre. Des persécutions, des hérésies, des schismes, des controverses : c'est tout ce qu'on y aperçoit du premier coup d'oeil. Avec Trajan, Hadrien, Dèce, Dioclétien, c'est la puissance formidable de l'empire romain, qui se rue sur l'Eglise naissante. AvecLucien, Celse, Marc- Aurèle, c'est le vieil esprit païen, dans ce qu'il a de plus délié et de plus captieux, qui cherche à dissoudre ou à capter l'esprit chrétien. Dans le vaste syncrétisme de toutes les aspirations religieuses exallées et de tous les instincts débridés, la formidable hérésie de la Gnose menace d'entraîner le monde à sa suite. Presque en même temps, le montanisme semble sur le point de faire dévier le christianisme dans un ascétisme farouche et révolté. D'autre part, les schismes d'Hippolyte, de Mélèce et de Novatien, les controverses ardentes qui s'élèvent sur le baptême, sur la pénitence et sur la Pâque, troublent les fidèles, divisent i'épiscopat, mettent en cause la suprême autorité elle-même.

Telle est la première vue que présente l'histoire de l'Eglise, de la mort de saint Jean l'Evangéliste à l'édit pacificateur de Milan. Cependant un regard plus attentif fait constater que, pendant cette période tragique, la foi s'est affermie. Au milieu des persécutions, d'innombrables martyrs ont versé leur sang, avec un héroïsme dont l'exemple restera la preuve la plus frappante de la divinkéde notre religion. Les attaques de l'hérésie ont amené l'Eglise à préciser ses

Vue générale

de l'histoire

de l'Eglise

pendant le ii«

et le me siècle.

Caractère général de

cette période la lutte

contre la persécution,

l'hérésie et le schisme.

Bienfaits

que l'Eglise

retire

de cette lutte.

i.Malth., X, 3.'».

HISTOIRE GÉNÉRALE DE l'ÉGI.ISE

Division générale

de l'histoire des

persécutions.

Division

générale

de l'hisloiic

de l'hérésie.

croyances en des formules dont la foi chrétienne vivra désormais. Dans la tourmente, les fulèles ontcléamenés à se grouper plusétroitement auprès de leurs prêtres et de leurs évoques. Ceux-ci, dans leurs controverses ou dans leurs incertitudes, ont eu si fréquemment l'occasion de recourir à l'autorité souveraine du pontife romain, qu'ils en ont fortifié la prééminence. En face d'adversaires qui les attaquaient au nom de la philosophie et de la science, les chrétiens se sont montres polémistes, savants et philosophes. L'apologétique et la théologie se sont affirmées dans des œuvres de la plus haute valeur. Finalement, quand les vieilles religions antiques se sont efibndrées par leur propre insuffisance dogmatique et morale, l'Eglise, dans sa puissante vitalité, a su empruntera ceux de leurs rites qui exprimaient les vraies aspirations religieuses des âmes, les éléments d'une liturgie pompeuse et touchante à la fois.

Bref, au début du iv* siècle, l'édit de Milan et le concile de Nicée auront moins à fonder une autorité ou à créer un dogme, comme on l'a trop souvent affirmé, qu'à constater et à confirmer une situation conquise au milieu de la lutte.

Au point de vue des persécutions extérieures subies par l'Eglise pendant cette période, on a pu distinguer trois phases distinctes. Lu première comprend les dernières années du i" siècle et tout le ii*. Le seul fait de professer le christianisme est alors un délit ; mais le seul fait de l'abjurer libère de toute poursuite. Pendant la seconde phase, qui comprend tonte la durée du ui* siècle, la situation juridique des chrétiens ne change pas au fond, mais leur insécurité s'aggrave. Leur sort est désormais soumis au bon plaisir des empereurs, qui lancent contre eux, à des intervalles iiréguliers, des édits de persécution. C'est moins alors l'hostilité latente des premiers temps qu'une guerre ouverte, précédée d'une déclaration régulière. Pendant la troisième phase, celle que voient les douze premières années du iv* siècle, alors que l'empire romain a plusieurs têtes, la persécution, d'abord générale, devient bientôt locale, et sa violence, souvent extrême, s'amortit ou se ranime, suivant les provinces et au gré des circonstances particulières*.

Quant aux crises intérieures qui, parallèlement aux persécutions, bouleversent l'Eglise par l'hérésie, le schisme ou la controverse, elles

I. Cf. Paul All\iu), Dix leçons sur le martyre, i vol. in-u, l^ari», lyoCi, p. 85ii5.

LA LUTTE l83

ont trois principales sources. La première n'est autre que cet esprit judaïque ou judaïsant, étroit, jaloux, borné par les perspectives nationales et par les espérances temporelles, que Jésus avait déjà rencontré sur son chemin. Les sectes ébionite, nazaréenne, essénienne, elkésaïte, tels partis gnostiques, n'ont pas d'autre origine. Le paganisme, sous les formes multiples qu'il avait revêtues, tant en Orient qu'en Occident, devient, par sa pénétration dans les milieux chrétiens, une autre source d'hérésies ; à certain point de vue, le gnosticisme n'est qu'un monstrueux compromis entre la vérité chrétienne et les erreurs païennes. La troisième source des troubles intérieurs qui désolent l'Eglise du n' et du m* siècle doit ôtre cherchée dans cet esprit d'individualisme exagéré, d'autonomie exclusive, qui, de Simon le Magicien à Novatien et à Mélèce, provoque tant de rébellions, sourdes ou déclarées, suscite tant de partis réfractaires à la loi du dogme et à la direction de la hiérarchie.

Tels sont les faits que nous allons raconter, en suivant autant que possible l'ordre des temps, dont nous ne nous écarterons que dans la mesure où la clarté de l'exposition nous paraîtra le demander.

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