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DE L AVENEMENT DE TRAJAN A LA MORT D HADRIEN

La politique pacificatrice qui avait permis à l'apôtre saint Jean de L'emper«ur revenir à Ephèse, d'y publier son Evangile et d'y mourir en paix, , frajan au milieu d'une communauté toujours grandissante, s'était continuée pendant tout le règne de l'empereur Nerva, L'avènement de Trajan, en 98, sembla d'abord consolider la politique religieuse de son prédécesseur. Le premier acte du nouveau souverain avait été une longue lettre au sénat, dans laquelle il promettait de ne faire mourir aucun homme de bien ^ Rome accueillit avec une sympathie marquée. ce soldat, fils de soldat, couvert de gloire à quarante-deux ans, de tenue

I. XiPHiLiN, XLVIII, ap. Champagny, les Antonins, t. I, p. 227.

?-ii7).

lIISTOmE GÉNÉnAI.E DE l'ÉGLISB

Son caiBctère.

Le

christianisme

et l'empire

romain.

austère, malgré certaines faiblesses cachées *, à la parole nette, précise et forte, malgré l'insuffisance de sa culture littéraire *. La vieille aristocratie sénatoriale se reconnut en ce prince, au bon sens robuste, mais court ; au patriotisme ardent, mais étroit ; à l'esprit conservateur, mais peu perspicace ; prêt à tout sacrifier à l'ordre romain et à l'unité de l'empire, mais n'ayant nullement le souci des choses de l'Ame, ni le respect des libertés intérieures, ni le sens des délîcates'oos de la conscience ; bref, capable d'interpréter dans un esprit de judicieuse tolérance le devoir de rendre à César ce qui est à César, mais incapable de respecter et peut-être même de comprendre le devoir de rendre à Dieu ce qui est à Dieu. Tel fut Trajan. Pline lui fait gloire d'avoir, après les quinze ans de divinité de Domitien, refusé de se dire Dieu ^. S'il eut un dieu, ce fut celui de l'unité romaine, et, comme cette unité reposait, à son avis, sur l'unité du culte religieux, il fut possible de prévoir, dès le début de son règne, que les chrétiens auraient tout à redouter de l'étroitesse de son patriotisme.

Un esprit plus large et plus profond eût compris que le christianisme, loin de porter atteinte aux bases nécessaires de l'empire, pouvait les raffermir. Si les chrétien» n'étaient point disposés à donner à leurs souverains un hommago d'adoration, ils priaient pour eux d'un cœur sincère et ils leur obéissaient avec loyauté. Nous avons vu la belle prière pour l'empereur, communiquée aux chrétiens de Corinthe par le pape saint Clément au lendemain de la persécution de Domitien*, et nous connaissons les leçons d'obéissance données par saint Paul aux fidèles de Rome sous la tyrannie de Néron ^. Trajan n'e"ut pas assez de perspicacité pour voir dans l'Eglise la « grande école de respect ^ », qui eût peut-être sauvé contre des dangers plus réels l'unité de l'empire. Ni plus ni moins que Néron, il vit l'ennemi là où était l'auxiliaire ; le christianisme resta pour lui Podium generis humani ''.

I. TiLLEMONT, Histoire des empereurs, édit. de 1691, t. II, p. 118. a. Dion, LXVTI, 7 ; Aurbuus Victor, Epilome, i3.

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